
Ronnie

Cheveux décolorés, regard bleu et franc, la jeune compositrice et interprète à la voix claire et argentée avait été repérée l’an dernier avec son premier EP La Romance.
Depuis, elle a traversé une année d’incertitude – de celles dont on sait qu’elles marqueront un avant et un après. De cette année de transition, de cette fin de l’insouciance, elle a six morceaux, aux mélodies irrésistibles et aux envolées généreuses. Six musiques à la fois folk et rock, pleines d’allant et d’élans saturés, de synthétiseurs analogiques et de textures expérimentales. Six tracks avant tout composées de guitare, instrument fétiche de Ronnie et que l’on retrouve ici, tantôt shoegaze tantôt délicat, et d’instruments nerveux qui s’inquiètent, rugissent, et à la fin, pourtant, semblent nous prendre dans leurs bras.
Pour écrire ce nouveau disque, envisagé comme une barre de téléchargement, un travail en cours, bref une tentative de faire encore et mieux, Ronnie a d’abord travaillé en résidence, loin de Paris, seule avec ses guitares et ses carnets, dans une maison tranquille au bord d’un lac. Ensuite, elle s’est entourée de Kofi Bae, Marin Zannad et Lumio, qui ont proposé des arrangements aux maquettes, avant de parfaire le tout en studio, en collaboration avec le réalisateur Michael ‘Mitch’ Declerck (Fishbach, Voyou, Gaspard Augé…).
Autre rencontre importante pour cet EP : Safia Nolin, figure incontournable de la scène indie québécoise, qui partage avec Ronnie le single tendre et triste ‘Une minute encore’, ayant déjà rencontré de belles retombées, intégrant plus de 10 playlists éditoriales en début d’année.
C’est qu’avec le printemps, la musique de Ronnie bourgeonne et s’affirme.
Ses mélodies pop se tordent et se distordent, sa voix fragile et maîtrisée – très précise – se dédouble, se fait chorale, et gagne en ampleur.
Ses morceaux semblent toujours dans le sillage des chanteuses Clairo ou Pomme, mais, désormais, les spectres de musiciens indie comme DJO ou Royel Otis, que Ronnie reconnaît volontiers comme des influences majeures, planent aussi sur sa musique.
C’est un crépuscule à la fin de la journée : une lumière rouge qui rase un paysage d’enfance désolé. C’est un ‘Ailleurs’ possible, et la voix de Ronnie nous le répète : « Je ne veux pas savoir ce que font les autres, je veux rester ‘Encore un peu’ ».
Tandis que le monde menace, les morceaux de Ronnie ont, en ce sens, été imaginés comme des refuges, des petites maisons où s’abandonner à vivre, des lieux où l’on peut encore s’autoriser à s’avouer, à changer, à ‘Perdre son temps’ (« regarder les gens qui passent, parler des autres, perdre son temps…»), et puis à prendre le risque d’aimer l’autre et d’y croire – oser, encore, croire à l’amour (« j’ai pas tout compris mais ce que je sais, c’est que j’ai envie de continuer », chante-t-elle dans ‘Juno’).
Essayons, attendons, abandonnons-nous à vivre, semble nous dire Ronnie à travers ses chansons à la fois vulnérables et puissantes.
Nous sommes peut-être en sursis, mais la musique, elle, nous ravive et momentanément nous console, alors écoutons-la, juste une minute encore, quand tout tombe autour.