
Iggy Swaggering Ungrateful Incessant Little Peeeaaaaaaaa
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Sortie le 27 février 2026
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Radical, intelligent, complexe : la performance de l’artiste pop KABEAUSHÉ est un grand jeu joyeux. Chanteur, rappeur et producteur, il crée un tourbillon de styles et de références, à la fois déconcertant et captivant. De sa ville natale de Nairobi à son domicile actuel à Berlin, il mêle musique baroque française, bandes originales, rock, hip-hop et pop. Tout semble discordant, et pourtant tout s’assemble quand il laisse ses influences – issues de la musique, du cinéma et de la peinture – s’intensifier dans un extravagant Gesamtkunstwerk pop-culturel.
« Ça devrait piquer un peu les oreilles », sourit-il, chaleureux dans la conversation mais profondément en colère sur scène. Explorateur des notions de beauté, de douleur et d’identité, ce génie hyper créatif repousse les limites aussi loin que le titre de son troisième album : Kabeaushe Presents: Iggy Swaggering Ungrateful Incessant Little Peeeaaaaaaaa.
Kabochi Gitau, de son vrai nom, a inventé KABEAUSHÉ pour vivre et savourer son art sous toutes ses formes. De ce processus éblouissant est né un personnage central qui domine désormais son nouvel album : M. Iggy, chef de l’empire fictif The Doerf Kingdom. Ce despote narcissique refuse de céder le pouvoir malgré la révolte de son peuple. Dans ses chansons et ses vidéos, KABEAUSHÉ raconte son ascension et sa chute.
Dès l’ouverture, ‘Pride Begets A Fall’, il installe le ton du drame : orchestre, sons de marche, chœur hymnal… une atmosphère épique traversée de mélancolie et de douceur, une véritable construction du monde en mi mineur. Comme Hitchcock, KABEAUSHÉ pose d’emblée l’ambiance, « pour que l’âme soit marinée », dit-il.
Dans ‘I Don’t Need You, So You Could Tell Me If I’m Gud’, Iggy se rebelle avec mégalomanie contre son peuple. Un monstre funky, gonflé de cuivres et d’effets grandiloquents. La voix multicouche de KABEAUSHÉ s’y frotte aux sonorités majestueuses d’une épinette, entre falsetto agressif, beatboxing et échantillons ciselés. Une simultanéité hypnotique. « J’ai utilisé mon falsetto de manière très agressive pour cet album », confie-t-il. Encore une façon de repousser les frontières, dans une agitation traversée d’une catharsis permanente.
Ce morceau ouvre aussi une série de vidéos racontant l’histoire d’Iggy dans le style intense des films muets en noir et blanc. Cinéphile passionné, KABEAUSHÉ s’inspire du cinéma allemand des années 1920 et 1930 (notamment Le Cabinet du docteur Caligari ou Dr Mabuse, le joueur), admirant « leur art fascinant, créé avec peu de moyens, jusque dans les typographies et les couleurs ». Il y ajoute sa touche personnelle : des décors anguleux, imposants et fragiles à la fois. Devant le drapeau du Doerf Kingdom, Iggy prononce un discours exalté dans un uniforme fantaisiste couvert de médailles. Il sourit, s’applaudit, gesticule — caricature parfaite du pouvoir qui se glorifie lui-même.
KABEAUSHÉ se sert-il de ce personnage pour commenter le monde actuel ?
« En fin de compte, nous avons tous intériorisé des expériences de pouvoir », répond-il.
Son œuvre rejoue ainsi un cycle éternel : grandeur et décadence, orgueil et chute, excès et humilité. Il cite Barry Lyndon de Stanley Kubrick comme une influence majeure : « La manière dont Kubrick utilise la musique classique pour élever puis détruire son héros, je voulais la retrouver dans mon album. » Il a donc collaboré avec le compositeur berlinois Rui Rodrigues pour en traduire l’esprit en version pop contemporaine.
Sur scène, KABEAUSHÉ imagine sa musique comme une pièce de théâtre vivante : postures, danse, lâcher-prise. « La performance physique est essentielle, mais je veux garder la spontanéité du moment. » Il teste régulièrement ses morceaux face au public, ajustant selon les réactions.
Les percussions envoûtantes de ‘We Have Ourselves A Shekdown’ font ainsi marcher la foule avec fougue, tandis que des sons grinçants traduisent la paranoïa d’Iggy, dans une dramatisation inspirée d’Eisenstein (Ivan le Terrible). À l’inverse, ‘Life’s Waaaaay Too Fleeeeeteen’ célèbre le chaos et la brièveté de la vie : Iggy y danse jusqu’à l’épuisement, selon un cycle d’immersion et de respiration.
L’art de KABEAUSHÉ agit à la fois sur l’instinct et la réflexion. ‘Untitled 1981’ rend hommage aux films blaxploitation des années 1970 et aux peintures de Basquiat, mêlant rap et gospel déconstruit. ‘Clams Are Just Shells’ fusionne la fougue d’une pop-rock des années 1990 avec le rythme d’un twist des années 1950. Toujours portée par une voix fiévreuse et habitée, sa musique construit un son unique, à la fois personnel et universel.
Loin d’être prétentieux, KABEAUSHÉ est un passionné curieux, presque geek, qui nourrit son art de tout ce qu’il découvre. Enfant au Kenya, il baignait déjà dans un univers musical foisonnant : country, gospel, lingala, benga, R&B, hip-hop. Depuis 2015, il produit du rap et de l’électro. À Kampala, il collabore avec le collectif Nyege Nyege, sortant The Coming Of Gaze en 2023 sur le label Hakuna Kulala. La même année, Hold On To Deer Life, There’s A Black Boy Behind You! paraît chez Monkeytown Records à Berlin, acclamé par la critique. En 2024, il reçoit le Polyton Music Prize et le VIA VUT Award, tandis que ses morceaux figurent dans des séries comme Queenie et How To Sell Drugs Online.
Avec ses performances brutes et flamboyantes, KABEAUSHÉ s’est produit dans toute l’Europe et l’Afrique : Roskilde, Colors of Ostrava, Reeperbahn Festival, Rock en Seine, The Great Escape… Sa collaboration avec le Komische Oper Berlin l’a rapproché de la musique classique.
Son quotidien berlinois l’inspire sans cesse : « J’adore explorer la créativité de cette ville. Entre une rétrospective Nan Goldin et une expo d’affiches de films, il y a toujours quelque chose à découvrir », s’enthousiasme-t-il.
Son grand jeu de stimulations continue, mais KABEAUSHÉ reste avant tout une chose : profondément humain.