Inger Nordvik

Hibernation

Sortie le 1er septembre 2023

Asta Records

Son premier album Time était sorti un mois jour pour jour avant le début de la pandémie. Désormais, Inger Nordvik cherche à rattraper les deux années perdues avec la sortie de son nouvel album, Hibernation.

 

Elevée au son des chants populaires nordiques et formée au prestigieux Barratt Due Institute d’Oslo où elle a initialement suivi un cursus en chant classique, il était évident qu’avec des influences comme Joni Mitchell, Jeff Buckley ou les Beatles, Inger Nordvik allait s’épanouir ailleurs que dans un environnement strict académique. Après avoir achevé ses études, Inger s’est rendue à Berlin, une ville qui l’a énormément inspirée et où elle a trouvé des musiciens dans le même esprit pour travailler. C’est ainsi qu’est né son premier album, Time, sorti en février 2020.

 

Tous les projets autour de Time ayant été annulés, Inger s’est retrouvée seule dans une petite cabane au bord de la mer, dans le nord de la Norvège. Prenant conscience au bout d’un certain temps que la pandémie n’allait nulle part, elle a décidé d’utiliser l’isolement pour travailler à une nouvelle musique.

 

Mais la Norvégienne s’est d’abord trouvée paralysée, lorsque l’effervescence d’un lancement d’album à Berlin-Neukölln s’est muée en un spectacle tout autre, à travers la fenêtre de sa cabane, – une mer d’un bleu glacial et des montagnes enneigées, avec pour seule compagnie la faune et la flore du Grand Nord. « J’ai fini par trouver une routine dans tout ça : me baigner dans l’eau glacée le matin, puis écrire, explique Inger. J’ai aménagé un petit espace de travail dans la cabane et j’ai eu la chance d’utiliser le piano à queue d’une petite église à proximité. Ici, j’ai eu le privilège de travailler dans le calme et la tranquillité, – à l’exception de quelques tempêtes hivernales qui faisaient rage à l’extérieur de temps en temps et faisaient trembler les vieux murs en bois de l’église ! »

 

Alors qu’Inger écrivait les chansons qui allaient former Hibernation, la Norvège s’est suffisamment ouverte au cours de l’été 2020 pour que l’artiste puisse faire une petite tournée dans le nord du pays, où elle a joué dans des villages et des villes devant des publics dévoués prêts à respecter les distanciations sociales pour venir l’écouter. Cela a incité Inger à terminer les chansons auxquelles elle travaillait. Elle a fini par réunir un groupe de musiciens talentueux des scènes jazz et pop norvégiennes pour aboutir à un album.

 

Plutôt que de rejeter le modèle de Time, Hibernation s’appuie sur le couple piano-voix qui caractérise Inger, en associant sa pop intimiste à une production plus élaborée. « Je me suis inspirée du son organique des groupes des années 60-70, explique-t-elle. J’ai fait de la place pour des synthés rétro, un orgue Hammond, des guitares et des cuivres, en plus du dispositif plus acoustique et plus jazzy déjà là avant. J’ai aussi écrit des arrangements de cordes pour certaines chansons, j’avais envie de donner à l’album une couleur plus expressive et plus onirique. »

 

Les influences d’Inger sur Hibernation prennent place pour l’essentiel dans les années 60 et 70, qu’il s’agisse des arrangements des Beatles, de l’écriture classique de Kate Bush ou de Joni Mitchell, mais aussi d’artistes plus cultes et un peu plus bizarres à l’époque, comme Judee Sill et Linda Perhacs. En mariant ces sources d’inspiration avec sa propre éducation musicale et une production moderne et pétillante, Inger invente un style contemporain bien à elle.

 

Hibernation, dans sa conception sonore, ne se contente pas de rimer avec musique des années 60 et 70, mais questionne des problèmes pas si éloignés de cette époque et que le nouveau millénaire a remis en lumière. « Notre lutte en tant que femmes pour être traitées avec respect et dans un esprit d’égalité, notre lutte pour les opprimés contre un pouvoir qu’on appelle “eux”, c’est toujours autant d’actualité », déclare l’artiste norvégienne.

 

Inger a commencé à travailler sur l’album avant la pandémie, et beaucoup des questions qu’elle soulevait à l’époque se sont confortées avec les confinements. « Pendant la pandémie, c’est comme si une bulle s’était formée autour de nous et s’était étendue à tous les domaines possibles. C’était comme une chambre d’écho, une bulle “totale” », dit-elle. Inger écrit dans la chanson « Echo » :

 

“I look back at myself ‘cause I am looking for a fool / Every minute of my life’s design / Though I’m looking for the truth, I don’t care much for surprises / I’m reflecting in a pond of you” (« Je me retourne sur moi-même / Je me regarde en face parc’ que je cherche un imbécile / Chaque minute de mon chemin de vie / Bien que je cherche la vérité, je me soucie pas trop des surprises / Je me reflète dans un étang de toi »).

 

Les paroles contemplatives ondulent comme des vagues, et la mélodie se réverbère tout au long du morceau ; la basse et la voix se déplacent en tandem, et la guitare tombe en cascade, hypnotisant l’auditeur. C’est un morceau très évocateur, à la frontière de la nostalgie et de l’avenir.

 

Le premier single, « Secret », raconte l’histoire malheureusement trop commune d’une femme sous l’emprise d’un homme qui est allé trop loin. Le son de « Secret » adopte une approche musicale plus légère et plus enjouée pour contrebalancer la cruauté des paroles. Cette chanson touche au cœur. Avec son arrangement impeccable et la sincérité qui en émane, ce titre est d’une pertinence sidérante.

 

Au cœur de l’album se trouve le titre « Hibernation ». C’est le fil rouge tissé tout du long. « Hibernation », comme les autres chansons de l’album, comporte des vers intimes et universels, en un dialogue avec soi-même et avec le monde extérieur. C’est le reflet d’une société surstimulée, à une époque de grande solitude.

 

“If you wake up in a lonely winter, where’s your tribe?” (« Si on se réveille dans la solitude de l’hiver, où est notre tribu ? »)

 

C’est la question que pose Nordvik. C’est une question sincère, et dans notre silence respectueux, dans notre état d’anesthésie, la solidarité se perd parfois dans la rêverie. Hibernation prend place dans le cycle de la vie, cet album est un voyage à travers elle et au-delà. Nordvik sort de son hivernage isolé, comme la neige fond au printemps.

 

L’album a été enregistré et mixé par Christian Engfelt au Studio Paradiso (Pom Poko, Sondre Lerche, Jaga Jazzist) à Oslo. Le groupe principal était composé du bassiste Bárður Reinert Poulsen (Espen Berg Trio, Wako), du batteur et percussionniste Ola Øverby (Fieh) et du guitariste Torstein Slåen (Damata). Inger a également fait appel à un trio de cordes et à un ensemble de cuivres pour parfaire la production.