
EXPO
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Sortie le 06 février 2026
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Full Time Hobby



« Grande exposition internationale. »
« Ensemble d’objets (marchandises, œuvres d’art, etc.) destinés à être montrés au public. »
Si le monde entier est une scène, notre performance, elle, reste solitaire. Désormais reflétée non plus dans le regard d’autrui mais à travers d’innombrables écrans, notre audience — réelle ou imaginaire — n’est plus un fardeau, mais un besoin. Attention, reconnaissance, validation : nous troquons notre monde intérieur contre le frisson de l’exposition publique. Dans cette ère d’hyper-individualisme, EXPO, le quatrième album d’Ulrika Spacek, se veut un antidote.
Malgré les trajectoires divergentes de ses cinq membres, Ulrika Spacek demeure un symbole d’art collectif. Leurs activités quotidiennes — qu’ils soient physiciens expérimentaux, graphistes ou producteurs — nourrissent une quête commune, perceptible dans la logique onirique de leur musique : mélodies bancales, guitares abrasives, atmosphères aériennes. Cette unité se manifeste autant dans ce qui se dit que dans ce qui reste tu, au fil des processus d’écriture, de production et de mixage partagés. Et si chacun suit sa propre évolution, c’est dans la vision d’ensemble, celle d’Ulrika Spacek, que leurs individualités s’accordent le mieux.
De Oysterland, leurs soirées mêlant musique et arts visuels, au Total Refreshment Centre — studio de l’est londonien dirigé par le producteur et bassiste Syd Kemp (caroline, Thurston Moore, Spiritualized) — en passant par leurs collaborations avec Crack Cloud ou caroline, l’existence du groupe s’enracine dans sa communauté. Même lorsque Rhys Edwards, chanteur et multi-instrumentiste, s’installe à Stockholm, la cohésion reste totale. Ensemble, ils s’investissent corps et âme, quitte à sacrifier leur vie personnelle pour le bien commun. Sur la mélodie glaciale et fiévreuse de ‘Picto’, le manifeste d’EXPO proclame : « It’s back to strength in numbers, count in fives. »
« Tout comme l’hyperindividualisme isole le monde, créer seul est une expérience solitaire », confie le groupe. « Travailler en groupe permet de s’appuyer sur les forces de chacun. Il y a un réel réconfort à prendre des risques créatifs collectivement. » À l’heure de la prévisibilité algorithmique, EXPO revendique le frisson de l’inconnu et la magie propre à la création humaine.
Les paroles d’Ulrika Spacek, tournées cette fois vers l’extérieur, agissent comme un miroir déformant du monde. Écrites au gré d’une tournée américaine et des questionnements de Rhys, futur père, elles sondent l’avenir avec inquiétude. Dans ‘I Could Just Do It’, les leçons oubliées du passé reviennent hanter le présent : « What prefab story leads you wrongly? / An old world warning, you don’t learn surely » (Quelle histoire préfabriquée vous induit en erreur ? / Un avertissement du vieux monde, vous n’apprenez pas, c’est sûr). Le morceau brouille la frontière entre apocalypse et réalité, offrant une condamnation lucide de la corruption du monde.
Musicalement, EXPO explore la tension entre l’analogique et l’électronique. Ancrés dans l’art-rock mais fascinés par le glitch qui relie ces deux univers, Ulrika Spacek jouent sur le contraste entre chaleur humaine et isolement numérique. Leur musique, à la fois accueillante et aliénante, reflète la dualité de la vie moderne. « Notre son a toujours eu quelque chose de patchwork », expliquent-ils. « Mais cette fois, nous sommes allés plus loin : nous avons créé notre propre banque de sons et nous nous sommes, en quelque sorte, samplés nous-mêmes. »
Le groupe se dédouble ainsi dans un monde quasi réel, comme dans une galerie des glaces. Les batteries numériques s’entremêlent aux percussions réelles, créant une impression de naissance inversée : arrachée à l’éther pour retrouver le tangible.
Jusqu’ici, le son d’Ulrika Spacek s’était défini à travers trois albums, apportant à la fois confort et claustrophobie. ‘Picto’, première chanson écrite pour EXPO, ouvre un nouveau cycle : des instruments inédits ont suscité d’autres manières de penser et d’écrire. Le groupe compose en enregistrant, et la magie du live se réinvente à chaque tournée. ‘Build A Box Then Break It’ résume cet esprit : longtemps réticents à réutiliser la guitare, ils la réintègrent avec des sonorités floues et modulées, équilibrées par le mythique synthé Roland SH-101. De cette tension naît le son EXPO, singulier et libéré.
‘Square Root of None’, écrit durant un hiver rigoureux à Stockholm, aborde la création collective comme une équation: « It’s slump or climb / In divisions of five » (C’est soit la chute, soit l’ascension / Par divisions de cinq). Les paroles, inspirées du langage mathématique, traduisent la fragilité du travail à distance.
Mais c’est avec ‘Weights and Measures’ que le processus atteint son paroxysme. Le morceau, né dans la difficulté, devient le triomphe du groupe : un objet sonore imprévisible, où l’organique affronte le numérique dans une danse euphorique. Juste au moment où tout semble défini, un pont façon James Bond surgit, et la chanson se réinvente encore. C’est l’incarnation même de la joie qu’ils éprouvent à créer ensemble, cette légèreté retrouvée face au poids du monde.
Si l’art doit être exposé, Ulrika Spacek veille à ce que ce soit leur art, celui qu’ils façonnent collectivement. Dans un monde de plus en plus hostile à la communauté, leur cohésion devient un acte de résistance. « Nous prenons des décisions pour le bien commun », affirment-ils. « Ensemble, nous sommes plus grands que la somme de nos parties. »