
Coin Collection 3
—
Sortie le 27 mars 2026
—
Full Time Hobby



C’est dans son abri de jardin à Nashville, dans le Tennessee, que Spencer Cullum a trouvé un refuge contre le bruit du monde, contre le flot de haine et de vitriol qui accompagne désormais le quotidien.
Dans ce studio d’enregistrement improvisé, la discorde se faisait plus sourde. Le tourbillon de la vie semblait suspendu, ne serait-ce que pour un instant. C’est là que son album Coin Collection 3 a pris forme.
« Beaucoup de choses me frustraient dans les informations que je lisais, que ce soit chez moi ou ici », explique le chanteur, compositeur et virtuose de la pedal steel guitar, né en Grande-Bretagne et installé à Nashville. Face au cycle incessant de mauvaises nouvelles, Spencer Cullum a cherché à construire un récit capable de dépasser la violence et la cupidité.
C’est ainsi qu’est née ‘Easy Street’, écrite après qu’il a vu une image d’un agent de l’ICE fumant un cigare pour célébrer une journée passée à arrêter et expulser des personnes. Cette chanson langoureuse, à la croisée d’un blues traînant et d’un folk assoupi, imagine l’agent rongé par le remords, détruit par le mal qu’il a causé au nom de la « liberté ». En inversant les rôles, Spencer Cullum a trouvé une forme de justice.
Tout l’album Coin Collection 3 n’est cependant pas aussi explicitement politique. La majorité des morceaux restent ancrés dans l’actualité, les neuf titres fonctionnant comme un remède à la réalité. « J’essaie d’être très attentif à ne pas être trop politique, confie-t-il, mais la manière dont nous traitons les autres et la Terre est une préoccupation majeure. »
Pour donner du sens à l’ensemble — de la crise climatique au capitalisme tardif — le musicien s’est tourné vers le folklore de son Angleterre natale. Il y a trouvé réconfort et réponses, préférant les récits occultes de reliques anciennes et de rites nocturnes aux interprétations chrétiennes extrêmes qui imprègnent parfois le sud des États-Unis, sa terre d’adoption.
« Je me sentais plus à l’aise avec ça », explique-t-il à propos de ces histoires qui nourrissent aujourd’hui sa musique. « J’adore lire des récits sur les menhirs et les vieux contes populaires, où des hommes sont attirés dans les bois et assassinés par une sorte de sorcière. J’adore ça, c’est génial. »
Ancrées dans le respect — voire la crainte — de la nature, ces histoires ont offert à Spencer Cullum un exutoire pour exprimer sa frustration face au monde moderne et imaginer un ordre plus juste. Plusieurs morceaux, comme ‘Gavon’s Eve’ ou ‘Old Paul Hill’, s’inscrivent dans ce prisme folklorique où la nature finit par triompher des maux humains. « J’ai réalisé mon propre film d’horreur A24 », résume-t-il.
L’album s’ouvre sur ‘Rowan Tree’. Portée par des cordes virevoltantes et des rythmes souples, la voix douce et caractéristique de Spencer Cullum y raconte un conte folk sombre, dans lequel un arbre attire des hommes cupides vers ses racines pour les dévorer.
« She killed us all, quite rightly so / We deserve our fate for how little we’ve known » (Elle nous a tous tués, à juste titre / Nous méritons notre sort pour notre ignorance), chante-t-il. « Never chop down her, never disagree / ‘Cause I waged my war on a Rowan Tree » (Ne l’abattez jamais, ne la contredisez jamais / Car j’ai déclaré la guerre à un sorbier).
Ce voyage macabre s’achève avec ‘Music on the Hill’. Riche et luxuriant, le morceau déploie des notes rondes et des riffs mélodieux, offrant une nouvelle vision où la nature tente de rétablir l’harmonie en attirant les fauteurs de troubles dans les bois, pour les engloutir parmi épines et lianes.
Si ces chansons relèvent du conte de fées teinté de magie noire, elles ont permis à Spencer Cullum de canaliser sa colère. « Frustré par le monde, j’ai pris beaucoup de plaisir à inventer une histoire de vengeance de la nature », explique-t-il. « C’était une manière plus saine d’exprimer cette colère que de dire simplement : “Tu as tort. Je te déteste.” »
Coin Collection 3 ne se limite toutefois ni à la sorcellerie ni à la noirceur. Tout au long de la création de l’album, Spencer Cullum a aussi trouvé du réconfort auprès de son entourage. « Certaines chansons parlent du bonheur que je ressens ici, dans ce jardin, avec ma femme, mes chiens et cette communauté qui nous soutient », confie-t-il.
S’éloignant du folklore, il a composé des titres comme ‘Jackie Paints’ et ‘Look at the Moon’ comme des passerelles vers l’apaisement et la gratitude. Le premier est un voyage nostalgique vers l’atelier artistique de sa mère, outre-Atlantique, célébrant l’amour inconditionnel qui l’accompagne malgré la distance. Le second le montre ancré dans le présent, en sécurité dans la vie qu’il s’est construite à Nashville.
« Tout le monde ressent une forme de solitude, dit-il, mais je crois sincèrement que le meilleur remède reste l’amour d’une communauté. » Une richesse qu’il a trouvée en abondance. À bien des égards, Coin Collection 3 est d’ailleurs un projet profondément collectif.
Il a invité plusieurs amis musiciens à participer tels qu’ils étaient, là où ils se trouvaient. L’auteur-compositeur-interprète Oisin Leech a enregistré sa voix depuis l’Irlande, tandis que la banjoïste Allison De Groot a capturé ses parties sur un iPhone, en coulisses, entre deux concerts.
« Tout le monde est très occupé, mais j’aime l’idée que chacun apporte sa contribution depuis le tumulte de son quotidien », explique Spencer Cullum. Il décrit l’album comme un collage, réunissant les voix d’Erin Rae et d’Annie Williams, les rythmes de Dominic Billett et les envolées de flûte de Jim Hoke. L’ensemble a finalement été rassemblé et mixé sur cassette.
C’est précisément l’essence de la série Coin Collection. Née d’un besoin de se reconnecter à ses origines et aux influences qui l’ont façonné, cette trilogie est autant une vitrine pour son cercle de talents qu’une affirmation de sa propre identité artistique.
Ce projet a nourri les cinq dernières années de sa carrière solo. Le 27 mars, Coin Collection 3 en marquera le dernier chapitre.
Musicien accompagnateur de Miranda Lambert, Spencer Cullum s’est imposé comme l’un des instrumentistes les plus sollicités de sa génération, traversant les genres sans contrainte. Il a prêté sa pedal steel à des artistes aussi variés qu’Angel Olsen, Caitlin Rose, Dolly Parton ou Kesha. La création de Coin Collection lui a appris à accepter la vulnérabilité inhérente au rôle de leader, tout en restant fidèle à sa vision artistique.
Avec cette série, il n’a jamais cherché à « devenir américain » ni à imiter un musicien country, mais simplement à puiser dans les sons et les styles qui l’ont construit. « Écrire ma propre musique me donne une identité plus affirmée dans ma façon de jouer, que ce soit comme musicien accompagnateur ou comme compositeur », explique-t-il.
Fort de cette clarté nouvelle, Spencer Cullum se sent prêt à refermer ce chapitre. Coin Collection 3 ne signe pas la fin de ses projets solo, mais celle d’un cycle consacré à la découverte, à la collecte et à la préservation.
« Il y a énormément de bruit dans le monde, et j’ai le sentiment d’avoir dit tout ce que j’avais à dire sur moi et sur ma vision de la vie », confie-t-il. « Faire le point est libérateur. Je suis prêt à passer à autre chose, à explorer de nouvelles aspirations musicales et des projets toujours nourris par cette communauté, mais peut-être moins personnels. Je prépare quelque chose de nouveau pour 2026… Restez à l’écoute. »