Pigeon

OUTTANATIONAL

Sortie le 1er mai 2026

Memphis Industries

Exploration cosmique, transformation spirituelle, spontanéité débridée : tels sont les principes fondateurs de Pigeon, un quintette psychédélique originaire du littoral anglais, mais dont la musique dépasse largement les frontières. Leur premier album, OUTTANATIONAL, est une collection foisonnante de chansons festives et affranchies de toute limite. On y croise l’ombre de William Onyeabor propulsé dans l’espace ou celle des débuts de Hot Chip jouant un afrobeat nocturne dans un loft new-yorkais des années 70. Fort d’une série d’EP acclamés, largement diffusés sur BBC 6 Music, et de places très convoitées dans des festivals britanniques comme Glastonbury, Pigeon a progressivement évolué de l’afro-disco vers un son plus sombre, plus motorik. Album ample et ouvert, OUTTANATIONAL doit autant à la puissance du groove qu’à une réflexion sur la notion de « chez soi », mêlant krautrock enivrant, post-punk et punk-funk.

 

Pigeon réunit Falle Nioke (chant, percussions), Graham Godfrey (batterie), Josh Ludow (basse), Steve Pringle (claviers, synthés) et Tom Dream (guitare) : cinq musiciens venus d’horizons différents, tous échoués à Margate, dans le Kent. Ensemble, ils ont collaboré avec des artistes tels que Little Simz, Michael Kiwanuka, SAULT ou Saul Williams, tandis que Ludow fait également partie du duo de production Make A Dance et que Godfrey officie au sein du duo alt-soul Thandii. La légende raconte que les cinq membres de Pigeon se sont retrouvés après avoir regardé l’Angleterre perdre un match de football dans un pub local, avant de rentrer chez Dream pour évacuer leur déception en jouant de la musique. Malgré des influences très diverses, l’alchimie du groupe s’est imposée d’emblée. « Elle était immédiatement indéniable », se souvient Godfrey. « Nous savions que nous tenions quelque chose de spécial. »

 

La rencontre entre la musicalité de Falle Nioke, profondément ancrée dans la tradition griot d’Afrique de l’Ouest, et les références pop occidentales des autres membres du groupe donne naissance à une énergie singulière. La voix de Nioke, d’une polyvalence rare, élève l’ensemble du son de Pigeon et l’affranchit des carcans de genre. Le musicien guinéen chante instinctivement dans les langues qui lui viennent à l’esprit — français, anglais, susu, fulani, malinké ou coniagui — et accompagne sa voix d’instruments traditionnels africains tels que le gongoma, le bolon ou le cassi. « On sentait une véritable liberté dans le chant de Falle, il n’y avait aucune limite », explique Tom Dream. Si l’improvisation, captée en direct et sur le vif, nourrit le processus créatif du groupe, c’est avant tout l’intuition de son chanteur principal qui guide les sessions. « Je ne chante pas si je ne le sens pas », confie Nioke. « La magie est notre boussole », ajoute Godfrey.

 

Enregistré entre les Albion Rooms à Margate et les Big Jelly Studios à Ramsgate, OUTTANATIONAL explore l’idée de foyer, à la fois physique et spirituel. « Ça ressemble un peu à Margate », explique Godfrey. « Pour moi, le son de l’album, c’est comme un jour venteux et couvert, puis l’entrée dans une salle de jeux où les machines à sous s’illuminent : une surcharge sensorielle. » Le projet dégage un charme décalé et résolument DIY. Cinéaste de formation, Dream construit des accessoires ambitieux pour les clips du groupe, tandis que les synthétiseurs faits maison de Steve Pringle apportent une dimension spatiale à l’ensemble. Par moments, l’album donne l’impression d’un véritable laboratoire sonore, d’un voyage interplanétaire, comme sur ‘Mirror Test’, une disco mutante inspirée de Gang Of Four. « Ses lignes de synthé atteignent ces limites extérieures, ces horizons que nous essayons d’atteindre sans savoir où ils mènent », poursuit Godfrey.

 

Pour Falle Nioke, le studio est devenu un refuge, un espace où échapper à la pression liée à la notion de foyer. « Quand nous avons écrit cet album, j’étais en pleine procédure pour obtenir la nationalité britannique », explique-t-il, après avoir quitté la Guinée-Conakry en 2018. « Je pensais constamment à ce que cela signifiait d’être à la fois africain et britannique. La plupart des chansons viennent de là. » Épuisé par la préparation des examens et tiraillé entre deux mondes, il raconte avoir dû s’y reprendre à plusieurs reprises. « J’ai passé ces examens quatre fois », sourit-il. « La cinquième fois, j’ai réussi. Aujourd’hui, je suis heureux de faire partie des deux pays. D’un côté, il y a l’Afrique. De l’autre, il y a ici. »

 

Cette tension intérieure s’exprime dans le gothique afrobeat de ‘NRG’ ou dans ‘Hype Prototype’, morceau à la Kraftwerk-by-sea qui pourrait évoquer un remix signé DFA. Le magistral ‘Black James Dean’ traduit quant à lui un désir de liberté entravé. Dans ce titre post-punk aux accents ancestraux, porté par des couplets incantatoires, Nioke se met en scène en cow-boy errant, chevauchant entre deux pays : « All my ancestors was travellers / I am black gypsy and I’m proud of it » (Tous mes ancêtres étaient des voyageurs / Je suis un gitan noir et j’en suis fier).

 

OUTTANATIONAL regorge d’images puissantes et évocatrices. Sur ‘Miami’, morceau de synth-pop lumineuse, Nioke imagine la silhouette peu glamour de Margate se transformer en Magic City. « If you close your eyes it’s just like Miami / Pink hotel palm tree / Leisure ice cream » Si tu fermes les yeux, c’est comme Miami / Un hôtel rose, des palmiers / Des glaces de loisirs). » Plus loin, ‘Future Country’, titre saccadé et punk-funk, propulse le groupe dans une machine à remonter le temps cosmique, imaginant les processus d’immigration dans les siècles à venir, au rythme de percussions cliquetantes. « Will they want me in the future country? » (Me voudront-ils dans le pays du futur ?), chante le groupe en chœur. « Will they need me in the future city? » (Auront-ils besoin de moi dans la ville du futur ?).

 

OUTTANATIONAL, c’est avant tout le son de cinq musiciens qui jouent avec une joie totale. Sans restrictions. Sans rails de guidage. Simplement à l’écoute les uns des autres, concentrés sur l’essentiel. « Quand on est musicien de session depuis longtemps, il est très facile de se lasser, surtout avec l’évolution de l’industrie musicale ces vingt dernières années », explique Godfrey. « Il devient difficile de rester connecté à la musique. » Travailler avec Nioke lui a pourtant permis de retrouver cette foi. « À Glastonbury, la première chose qu’il faisait chaque matin en sortant de la tente, c’était chanter. C’est un rappel fondamental de l’importance de respecter le processus de création. Je pense que c’est ce qui est au cœur de ce groupe. »

 

Au centre de OUTTANATIONAL, il y a l’espoir. L’album se referme sur ‘Caramel’, une prière au piano dans laquelle Nioke remercie les ancêtres et leur demande de veiller sur nous. L’avant-dernier morceau, ‘Today Is Another Day’, est quant à lui un disco spatial lumineux, traversant le désert comme un western spaghetti, les éperons cliquetant à chaque pas. Il renvoie à la devise du groupe, « Pigeon must fly », héritée d’une croyance de la terre natale de Nioke, où les pigeons sont des êtres spirituels symbolisant la liberté et la prospérité.

 

« C’est cette idée d’avancer sans regarder en arrière », explique Dream. « Autant dans notre manière de composer que dans notre façon de vivre. »

 

« Peu importe les obstacles, conclut Nioke, nous devons voler. »