Mansion’s Cellar

Sh*tshow

Sortie le 06 février 2026

Dionysiac Records

Mansion’s Cellar, c’est un quintet garage/rock psychédélique qui parvient à mêler rythmes dansants, riffs énergiques et morceaux aériens. Une musique patiemment tissée dans les fibres de la famille DZcity Rockers et métissée par les sonorités glanées à travers le monde. La cave de la demeure, la Mansion’s Cellar, n’est pas celle d’une bande d’initiés. Elle ouvre sur des mondes insoupçonnés. Le genre de cave qui vous fait passer par l’étranger pour vous mener au grenier. Et sur la route, qu’est-ce qu’on rapporte ? Quelques trésors de lutheries ottomanes et des cuivres à l’américaine. Ils ont été aperçus à travers le monde à surfer des vagues sahariennes, à célébrer des fêtes teutoniques ou à courir des archipels lointains.

 

Un groupe doté d’une ouverture maximale de compas dont l’une des pointes sèches est toujours plantée au même endroit : 88, rue Louis-Pasteur, 29100 Douarnenez — Les Loco’s. Point de départ de l’aventure du sens (et du non-sens): un sous-sol électrique et des radiances souterraines. Cette adresse est la seule indication géographique dont on soit à peu près sûr. Pour le reste, établir la cartographie de Mansion’s Cellar requiert plus qu’un doigt mouillé. C’est parce qu’ils fréquentaient les bagads, qu’ils baragouinent dans tous les sens, qu’ils poncent leurs planches à vagues sur tous les cailloux de leur baie et qu’ils connaissent jusqu’aux coordonnées GPS de leurs troquets préférés, que ces gars-là arrivent à se repérer. Chérir un chez-soi, pour Mansion’s Cellar, c’est être déjà traversé par l’ailleurs. Loin d’un localisme perclus d’entre-soi, savoir d’où l’on part permet de se perdre où l’on veut. Cette singularité, ils la construisent en digérant certains codes du rock psyché — musique avec un fort sens de la mélodie, qui s’ouvre à d’autres instruments, qui sait déstructurer des morceaux voire même les faire durer — tout en se rapprochant du post-punk actuel, voire même d’accents pop. Le tout est ancré dans un psychédélisme assumé, inspiré par les grandes libertés ouvertes par King Gizzard et leurs expériences microtonales, avec une touche de l’énergie brute des Oh Sees. Du Nord, on rapte un peu de flegme british avec un goût éclectique pour The Last Shadow Puppets et Fontaines D.C. Du Sud australien, on s’inspire du psychédélisme de King Gizzard. De là, on fait logiquement le détour par le Proche-Orient et les Balkans, pour en rapporter des solos de saz et cette clarté insondable qui nous fait tendre l’oreille et chalouper le bassin. Et enfin, on emprunte à l’Ouest américain l’énergie brute des Oh Sees mais également des nappes hypnotiques de saxophone façon brass band qui entérinent le décollage. Une touche rock électro aussi, dans la vibe Acid Arab ou Fat Dog — grosses prods + grosse énergie = gros shows live. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, cette belle profusion kaléidoscopique, cette signature musicale unique produit un effet garanti comme 2 et 2 font 5.

 

Formés au bout du monde, dans un bled sur la route de rien, c’est le monde qui est venu à eux. Et ils savent le recevoir. Devant des vieux gréements venus des quatre coins du globe, sur les scènes de fanfarons cosmopolites ou pour célébrer le cinéma des peuples opprimés, Mansion’s Cellar donne à profusion, comme on leur a appris au pays. Cette générosité scénique n’est pas un folklore : c’est un principe actif. Leur live, c’est du pur yac’h — cette vitalité débordante, cette santé contagieuse qui fait office de startijenn. Un savant foutoir commis à destination d’un public qu’on fait guincher, exploser, circuler. Une centaine de dates déjà au compteur, et à chaque fois cette même urgence festive et cette énergie contaminatrice qui transforme les concerts en célébrations collectives.

 

Malo, Louka, Axel, Lény et Thomas forment Mansion’s Cellar en 2022, avec l’ambition de délivrer un rock solaire et psychédélique aux accents orientaux. Premier jalon : la sortie en mai 2024 de l’EP Faces Sag Like Melted Wax. S’ensuivent un dispositif d’accompagnement du Run ar Puns (Châteaulin) et un parrainage par les Trans Musicales de Rennes, qui leur permettent de se produire une centaine de fois déjà, avec à la clé une représentation remarquée au Liberté à Rennes en décembre 2024. Ces gars-là se suivent depuis l’adolescence, avec en partage une connaissance intime de leur paradis (artificiel ou non) et l’envie de jouer (au con ou pas — le sh*tshow, ça les connaît). En bref : un lieu (Douarnenez), une méthode (prendre du plaisir et le partager). Le sérieux est venu plus tard, par la bande, en réalisant combien les complicités cristallisées étaient productives.

 

Le 6 février 2026 sort Shtshow*, leur premier album. Il porte la marque d’une liberté acquise et panachée, en optant pour une démarche multidirectionnelle : ils testent, ils sondent, ils tentent. C’est le laboratoire un peu foutraque, le bordel finement organisé d’une bande de gars qui ne se refuse rien a priori. Un opus résolument chaleureux et festif où le groupe assume son goût du boxon, de l’expansif, du contagieux. Des morceaux plus standardisés aussi, avec des refrains très identifiables qui arrivent au bout de 30 secondes.

 

Des textes qui disent le bonheur et les difficultés d’être ensemble et de créer cette précieuse harmonie toujours encore à retrouver, mais dont le saz et les synthés nous font deviner les joies profondes. Une énergie contaminatrice qui traverse chaque piste. Ces touche-à-tout nous font passer d’un rock sans détour avec ‘Sh*tshow’ et ‘Mid Mid’ aux méandres émotionnels plus tortueux de ‘Rendez-vous’ et ‘Wide Awake?’, et achèvent le voyage par la case dancefloor avec ‘Disko Paulig’. Le morceau ‘The Branch’ sonne comme une synthèse polymorphe et polyphonique du projet : c’est le morceau mis à l’épreuve du chant collectif, l’émouvant test de robustesse de cinq rameaux qui se révèlent solidement noués les uns aux autres. Car si la beauté est de nature accidentelle, l’amitié et le travail, eux, ne le sont pas. Et malgré la solide envie partageuse de faire la fête, les Mansion’s Cellar mènent leur barque sans ménager leurs efforts, prouvant ainsi qu’on peut avoir la tête sur les épaules tout en se la mettant à l’envers.