M . Lucky

Good Entertainment

Sortie le 10 avril 2026

LAB Music

À Amsterdam, ville en mutation permanente, où les canaux historiques côtoient une transformation de plus en plus spectaculaire, presque artificielle, M. Lucky observe, capte et transforme l’époque en musique. Leur nouvel album Good Entertainment naît précisément de ce sentiment : celui de vivre dans une réalité qui ressemble de plus en plus à un parc d’attractions.

 

Duo électro indépendant formé par Marcia Savelkoul (Bells of Youth) et Sam Verbeek (Bob uit Zuid, Parker Fans), M. Lucky façonne une pop nerveuse, déjantée, à la fois ironique et profondément lucide. Pour eux, Amsterdam « est en train de devenir Disneyland ». Certains semblent faits de plastique. Une faune de riches excentriques cherche toujours plus de distractions pour anesthésier le vertige du pouvoir et du luxe. C’est cette tension étrange que reflète Good Entertainment.

 

Le morceau phare, ‘Good Entertainment’, imagine un abonnement à la Black Mirror : vous payez chaque mois une entreprise chargée de transformer votre existence en rêve fiévreux et absurde ; simplement pour que la vie ne soit pas trop ennuyeuse. Une scène résume cette logique : vous rentrez chez vous, traversez le salon, et découvrez votre voisin nu, allongé sur votre table. « Voyez ce qui se passe. » Laissez la situation se déployer. Peut-être est-ce, au fond, plus excitant que cette course permanente vers la richesse, avec son lot d’angoisse, de stress et d’étrangeté.

 

L’album s’est construit de manière nomade, presque accidentelle. Faute de lieu fixe, le duo a travaillé sur ordinateur portable, partout où cela était possible : dans une voiture, dans les bois, au Japon, à Amsterdam, en France, à Berlin. Leur batteur leur a prêté un local. Un peu d’argent a permis d’enregistrer un temps à Gand. Rien de parfaitement cadré, rien de trop propre, et c’était précisément l’idée. Le désordre, dans le bon sens du terme, laissait la vie s’infiltrer dans les morceaux, loin d’une production stérile menée à coups de caféine.

 

Good Entertainment parle à la fois de tout et de rien. En cessant de vouloir absolument « dire quelque chose », les grands thèmes surgissent d’eux-mêmes. Le duo ne cherchait ni la grandeur ni la posture. « Essayons simplement de ne pas être nuls », résument-ils. À partir de là, tout s’est ouvert : Trump, l’amour, Zuckerberg, les grands rêves, la difficulté de trouver un logement, l’absence d’avenir, Netflix ; et bien d’autres absurdités contemporaines.

 

L’inspiration, chez eux, ne vient pas d’un bureau bien rangé avec crayon derrière l’oreille et page blanche intimidante. Elle naît plutôt d’un détour dans un magasin de jouets délirant, d’une immersion dans un lieu absurde, d’un sentiment étrange presque purgatorial. Ensuite, ils retournent en studio, écrivent trois chansons à toute vitesse, avant d’aller faire du yoga pour redescendre.

 

Au moment du mixage, ils ont même acheté une vieille Volvo V70 bon marché pour écouter les morceaux en roulant. Mauvaise idée : traverser Amsterdam en voiture est un cauchemar. Mais cette expérience a confirmé une chose essentielle : la musique devait être un peu folle.

 

Amusante et folle. Écrasante, même. Une pop crunchy, nerveuse, légèrement déjantée. Sérieuse et pas sérieuse à la fois.

 

Quant à savoir s’il faut écouter l’album d’une traite ? Ils en doutent eux-mêmes. « De toute façon, personne ne le fera. » À l’ère des vingt secondes percutantes, autant jouer le jeu, ou faire semblant. Le prochain album sera différent. Comme toujours.