Turzi Gage

Drop!

Sortie le 03 avril 2026

Record Makers

En plein tourment existentiel, Oliver Gage reçoit un jour une nouvelle des plus étonnantes: une vieille tante adorée, excentrique et folle de musique, lui lègue un château dans le Sud Ouest de la France. L’Anglais a peu de doutes sur ce qu’il souhaite faire de ce cadeau du ciel, véritable rêve 70’s. La propriété, renommée Château Rock Bottles, devient un lieu de résidence artistique et d’enregistrement, un refuge hors du temps pour créer la musique de la manière la plus libre qui soit. C’est à cet endroit au milieu des tableaux et des vieilles pierres, entourés de leurs instruments et de leurs amis qu’Oliver Gage et Romain Turzi donnent naissance au projet Turzi Gage, l’apothéose de plus de deux décennies d’amitié.

 

Depuis leur rencontre déterminante, le Français Romain Turzi et l’Anglais Oliver Gage n’ont eu de cesse de rassembler autour d’eux toute une communauté effervescente. C’est d’abord devant un disquaire parisien où travaille Oliver que se rencontrent les deux musiciens. La boutique possède une cave que le duo s’empresse de transformer en local de répétition et d’enregistrement. Le lieu devient rapidement le centre névralgique d’une micro-scène salvatrice. S’ils s’amusent avec des reprises de leurs héros (Modern Lovers, Velvet Underground et Ramones), ils ont envie de voguer chacun de leurs côtés. Romain Turzi se débarrasse de son prénom et lance avec brio un projet solo qui navigue entre musique électronique, psychédélisme, esprit punk, noise et kraut rock. En frappant à la porte de Record Makers avec sa démo sous le bras, il trouve la maison idéale pour l’accueillir. Le label publiera quatre albums qui l’imposent comme le pape underground de la musique française non formatée. Il construit sous le regard de son ami Oliver, une œuvre foisonnante et libre qui le voit collaborer avec Sébastien Tellier, Brigitte Fontaine ou Bobby Gillespie (Primal Scream). Sa force de frappe s’exprime aussi sur scène, en solo ou en groupe, où ils côtoient certains de ses héros : Aphex Twin, Hawkwind, Spacemen 3, Sonic Youth. Il avale des kilomètres de musique, compose sans cesse et échange visions, bribes de morceaux et nuits sans sommeil avec Oliver. L’Anglais de son côté fonde avec la même bande de potes plusieurs formations qui marquent la vie musicale souterraine parisienne, Kill For Total Peace et One Switch To Collision, dont les disques sont publiés par le label Pan European, cofondé par Romain Turzi et Arthur Peschaud. Dans le 18e à Paris, il ouvre la cave Rock Bottles, un autre lieu de rassemblement pour les diggers de la ville.

 

S’ils se voient quotidiennement depuis 20 ans, Turzi et Gage n’ont pas encore concrétisé une collaboration de manière concrète. Alors qu’Oliver traverse une période de dépression et de profonde mélancolie, Romain lui propose de se raccrocher à la musique. Il lui offre des morceaux comme une lumière au bout du tunnel sombre de cette période. Sur les instrumentaux de Turzi, Gage écrit les paroles les plus cathartiques de sa carrière, pourfend la dépression dans un grand geste de vie, de quête de lumière, de célébration des forces de l’amitié.

 

Installé au château Rock Bottles, le duo compose et enregistre alors un disque en forme d’aventure intime et salvatrice. Turzi et Gage y convoquent de manière spontanée des influences totalement digérées, ombres bienveillantes plutôt que cadres d’un cahier des charges rigide. On y croise les maîtres de la musique de films (Goblin, Angelo Badalamenti) comme les ténors de la musique électronique anglaise (808 State, Dopplereffekt), l’esprit hédoniste du brit rock 80s (Happy Mondays, Stone Roses), les mélodies ciselées des folk singers intemporels (Woody Guthrie, Neil Young) et la puissance sonique de My Bloody Valentine ou des productions de Andrew Weatherall. Turzi Gage s’inspire aussi de la liberté et de l’esprit d’expérimentations d’électrons libres et indépassables comme Don Cherry, Terry Riley ou Funkadelic.

 

C’est un des miracles de l’album de Turzi et Gage: il dégage une excitation pure et quasi-adolescente du bonheur de créer ensemble, de renouer avec la beauté primale et un esprit punk de la musique. Romain Turzi a composé et produit ses 13 morceaux, offrant autant d’écrins à la voix d’Oliver qui s’impose avec aisance, toute en morgue et mélodies. Album à parcourir d’une traite, narratif et truffé d’arrangements surprenants, Drop ! se balade entre les obsessions des deux musiciens, baggy sound et rave pour Oliver, musique électronique cosmique et rock’n roll bruyant pour Romain. Le résultat est un parcours truffé de pop songs obliques et de clubs songs réconciliant punks et danseurs. ‘Chevauchée’, évident premier single et ses basses langoureuses, ressemble à un slow crépusculaire quand ‘Tripping (The right way)’ écrit un giallo rétro-futuriste. ‘Holiday’ ravive l’esprit de la mythique Haçienda quand le bien nommé ‘Summer of Love’ fait résonner une new-wave solaire. ‘Maybe’, tout en arrogance britannique et en disco noire, redonne un peu de fierté aux dancefloors. ‘Peace In Every Garden’, premier morceau composé par le duo, réminiscent d’une folk aux accents gothiques, évoque la force créatrice derrière cet album, véritable avancée vers la lumière pour s’arracher à une réalité dure et oppressante.    

 

Disque d’amitié et de liberté créative folle, Drop ! réinstalle Turzi et Gage comme deux artisans essentiels de la musique d’aujourd’hui. Leur vision au-delà du réel est une invitation à échapper à la pesanteur du présent pour toucher des doigts une forme d’extase totalement nécessaire.