Sparklehorse

Bird Machine

Sortie le 8 septembre 2023

ANTI-

La musique a toujours été un langage commun entre Mark Linkous et son petit frère Matt, et lorsque Mark a commencé à travailler sur ce qu’il prévoyait être le cinquième album de Sparklehorse en 2009, ils parlaient tous les deux de ses projets pour l’album. Matt se souvient très bien de leurs conversations, de l’enthousiasme de Mark pour les influences qui le nourrissaient et de la façon dont les chansons commençaient à prendre forme.

 

« A l’époque, il écoutait les Kinks, MF Doom, Grandaddy et les Beatles, se souvient Matt. Il disait qu’il voulait faire un pur album pop comme Buddy Holly. “Ce serait super, je lui avais répondu. Prends la meilleure section rythmique que tu puisses trouver et enregistre.” » Lors de la dernière visite de Mark à Matt et à sa belle-sœur Melissa, ils ont fait un tour dans la voiture de Melissa en mettant à fond les albums qui inspiraient Mark pour son nouvel album tout en chantant.

 

C’est à ces expériences et à ces conversations que Matt et Melissa – qui ont tous deux travaillé avec Sparklehorse – sont revenus des années plus tard, lorsqu’ils ont commencé à passer au crible des cartons de cassettes et de CD pour répertorier et préserver les enregistrements inédits de Mark et donner vie à son album posthume, intitulé Bird Machine.

 

Au fil des quatre albums surnaturels et magnifiques de Sparklehorse et de deux projets de collaboration, Mark s’était forgé une réputation d’auteur-compositeur parmi les plus singuliers et influents du rock alternatif. Son mélange de ballades fantomatiques et de génial rock distordu est vénéré par des musiciens tels que Thom Yorke, PJ Harvey et Tom Waits, avec lesquels il a enregistré, et profondément chéri par ses fans.

 

Mais l’intimité et l’honnêteté qui rendaient ses chansons si spéciales mettaient également à nu les problèmes qu’il traversait. Alors qu’il poursuivait le travail sur son cinquième album à l’automne 2009 et au début de l’année 2010, enregistrant avec Steve Albini à Chicago et devant sa chère console de mixage Flickinger de 1968 dans son studio Static King, la dépression qui l’assaillait depuis de nombreuses années commença à s’aggraver. Le 6 mars, il met fin à ses jours à l’âge de 48 ans.

 

La nouvelle de sa disparition a suscité les hommages du monde de la musique. Patti Smith a comparé ses chansons à du « charbon compressé en diamants ». Colin Greenwood, de Radiohead, a décrit de quelle manière il avait « porté la musique dans [sa] vie et dans celle de [ses] amis ». Et bien qu’une collaboration avec le producteur Danger Mouse ait suivi, intitulée Dark Night of The Soul et achevée un an avant la mort de Mark, cet album a été reçu par les fans comme un splendide mais définitif point final à l’histoire de Sparklehorse.

 

Plusieurs années après pourtant, lorsque Matt, Melissa et Bryan Hoffa, un spécialiste de la préservation du son au musée d’archive audiovisuelle de la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis, qui avait travaillé avec Mark dans le passé, ont entamé le minutieux processus d’écoute et d’archivage des enregistrements de Mark, ils ont constaté que les idées dont Mark avait discuté avec Matt avaient été réalisées d’une façon bien vivante et puissante. « Alors qu’on s’approchait de ses derniers enregistrements, j’écoutais ces chansons et elles étaient d’une telle honnêteté et d’une telle pureté, confie Matt. Mark s’y livre sans aucun artifice. »

 

Mark était connu pour son perfectionnisme et la question de savoir s’il fallait terminer l’album pesait lourdement sur Matt. « C’est la décision la plus difficile que j’aie jamais prise, dit-il. Il est difficile de faire un choix au sujet de travail artistique de quelqu’un d’autre, même si vous l’avez connu toute votre vie et que vous avez travaillé avec lui, même s’il était votre frère et votre meilleur ami. On a eu de longues conversations sur le fait qu’on ne voulait pas prendre une autre direction. On voulait mettre en valeur ce qui était là. »

 

Le fait que Matt et Melissa aient été accompagnés par une équipe de musiciens qui avaient travaillé avec Sparklehorse et appréciaient beaucoup Mark – dont Alan Weatherhead, qui a produit Bird Machine avec eux, Joel Hamilton, qui a mixé l’album, et Greg Calbi, qui a masterisé la version finale – a été d’une grande aide. Et surtout, il leur est apparu clairement que la majeure partie de l’album était déjà en place. Mark lui avait donné son titre et avait établi une liste de morceaux sur des notes manuscrites reçues par Matt.

 

Une partie des chansons étaient sur le point d’être achevées, tandis que d’autres avaient seulement besoin d’un coup de pouce attentif pour prendre leur envol, comme l’ajout d’une instrumentation subtile et de voix d’accompagnement dans certains cas, ou un autre mixage minutieux dans d’autres. « C’était comme si les chansons nous le faisaient savoir, raconte Melissa. Mark a communiqué ces chansons. On a fait de notre mieux pour les transmettre. »

 

Instantanément et indubitablement, c’est du Sparklehorse. Il y a de la tendresse et de la beauté dans des chansons comme « Evening Star Supercharger », un titre sur lequel chante Spencer, le neveu de Mark, et « The Scull of Lucia », sur laquelle Jason Lytle, le chanteur de Grandaddy, ajoute des harmonies. Il y a aussi une énergie punk irrésistible, notamment sur « It Will Never Stop » et « I Fucked It Up », un hymne joyeusement éraillé à l’auto-sabotage.

 

Les paroles débordent d’une tristesse familière aux fans des disques de Mark. La fragilité et l’obscurité ont souvent été considérées comme synonymes de Sparklehorse et, à la grande frustration de Mark, l’histoire de son bref arrêt cardiaque suite à une overdose accidentelle lors d’une tournée en 1996 était devenue partie intégrante de son observation mystique des abysses. Mais cela se combine à une capacité d’émerveillement et à un amour profond du monde. « Il y a de la douleur dans sa musique, mais aussi de l’espoir et de la beauté, explique Melissa. Mark a transformé son expérience en chanson et en poésie : essayer de trouver la paix, travailler pour rester, les luttes qui font l’être humain. »

 

Entre le moment où Mark a commencé à travailler sur ces chansons et la sortie du disque, 14 ans se sont écoulés, une longue période pour une collection de morceaux qui étaient déjà bien avancés au moment de sa mort. Mais il y a aussi quelque chose dans la gestation longue et complexe de l’album, – le chaos des vieilles bandes, l’amour et le soin que la famille de Mark et ses amis musiciens proches ont apporté à chaque détail, et tout cela fait de cet album un disque de Sparklehorse à part entière.

 

« Ça représente beaucoup pour moi, ce dernier lot de belles choses que mon frère était en train d’assembler, dit Matt. Quand je m’assois avec mes écouteurs, je mets le premier morceau et je l’écoute jusqu’au bout. Partout, de “It Will Never Stop” à “I Fucked it Up” en passant par “Stay”, c’est Mark qui se révèle. »