
Séléné EP
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Sortie le 17 avril 2026
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Notre part de nuit



Après Invisible figure, un premier EP criant de liberté, Roma Luca revient avec Séléné, un nouveau projet soft-rock qui fait se rencontrer le ciel et la terre.
Dans Séléné, l’artiste se dévoile en clair-obscur. On peut l’imaginer sur la colline brûlée ; dans les yeux le rire et le chagrin retiennent les mêmes larmes, sous l’éclat inlassable de la Lune silencieuse. On l’imagine tenir au bout d’un fil sa plume errante qui, tendue vers la nuit, reste accrochée aux cendres. Roma Luca voit clair dans le brouillard. Soucieuse de conserver son esprit rêveur dans un monde chaotique, elle poursuit le projet d’un soft-rock français contrasté : le rock alternatif et la folk s’entremêlent ; et la désinvolture y côtoie l’exigence, tant dans les textes, co-écrits avec son ami Romain Dolique, que dans les compositions et arrangements.
Car les textes : ils creusent dans un réel brut, criard. Un réel ravagé par le feu. ‘Du noir sur la colline’ élève en parabole les incendies qui ravagent les plaines, la chaleur sombre des étés suffocants. Ce réel écrasant appelle une plume directe: toucher juste, sans détour ; rager et espérer. ‘Ne baissons pas les bras’ : tout est dans le titre. Écrire avec colère pour héler les consciences, encore, tous les appels du monde ne sont jamais assez pour dire le désespoir des féminicides – dans ce titre, Roma Luca chante comme un hommage, comme un cri politique, le destin de cette femme poussée à se tuer par un homme destructeur. Forcément, l’écho rebondit sur toutes les autres ruines. Elle chante « elle », et « nous »: « qu’avons-nous fait ? » ; dans le « nous » s’enchevêtrent espoir, responsabilité collective, nécessaires appels à sortir de la nuit.
Reste l’éclat lunaire. Roma Luca, sous le ciel sans boussole, convoque ‘Séléné’, déesse de la pleine Lune. Ça remonte à l’enfance : la Lune avait éclairé ses pas, un soir perdue dans la forêt, ses pas et les arbres, les sols, le cœur – cette image fondatrice, restée intacte, dit un lien intime à la poésie. La poésie est un repère, elle montre la direction. La chanson ‘Les histoires que j’aime’ maintient ensemble la déception et l’auto-dérision, dans l’échec inlassable du rêve romantique. La poésie ouvre, aussi, à la mélancolie des amours pas vécues ; dans cette modernité marquée par l’urgence d’éprouver et l’arrêt brutal des années confinées, elle chante : ‘Seras-tu encore là ?’
Roma Luca creuse son sillon parmi ses contemporaines : on entend l’influence de la poétesse rockeuse PJ Harvey, mais aussi celle de l’américaine Angel Olsen. Folk, rock, chanson, se mêlent et font entendre encore l’écho de Françoiz Breut à ses débuts. Dans la continuité de son premier EP Invisible figure, ce nouveau projet revendique une rigoureuse liberté musicale. Variations, ruptures, sursauts, accompagnent une voix ample, tantôt douce, tantôt forte. Envoyer en puissance ou tenir le murmure. C’est dans ce spectre-là que Roma Luca a posé ses valises, confirmant avec Séléné son souci de justesse (et de justice) et son goût de la nuance.