
Human Assholes
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Sortie le 04 septembre 2026
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Bella Union



Il existe en néerlandais une expression amusante, « mijn ei kwijt kunnen », que l’on pourrait traduire maladroitement par « me débarrasser de mon œuf ». Elle désigne en réalité un espace, ou une activité, où l’on peut laisser libre cours à ses émotions, sa créativité et son énergie, sans contrainte. Au cours des dix dernières années, Willem Smit a trouvé cet espace au sein de Personal Trainer, groupe de rock indépendant néerlandais à l’imagination foisonnante, passé progressivement des scènes underground d’Amsterdam à des tournées internationales sous l’égide du prestigieux label Bella Union.
Sur la pochette du troisième album du groupe, Human Assholes , attendu le 4 septembre, Smit se met lui-même en scène dans une posture volontairement burlesque : les yeux bandés, il tente de maintenir en équilibre un œuf sur une cuillère tenue entre ses dents. Une image directement inspirée du dernier morceau du disque, ‘Letter from a Scentless Realm’.
Sous cette fantaisie apparente affleure pourtant une forme de désespoir discret. Smit a toujours éprouvé une certaine réticence à endosser le rôle de leader au sein d’un groupe en perpétuelle mutation. Lors de l’écriture et de l’enregistrement des précédents albums, Big Love Blanket et Still Willing, lui et son complice, le producteur Casper van der Lans, se sont souvent perdus dans des détails minutieux, rivés à leurs ordinateurs, au point de se demander s’ils n’avaient pas fini par perdre de vue l’ensemble.
« Il y a dans tout ça une méthode que je ne comprends pas encore totalement moi-même », confie Smit à propos de ce processus paradoxal. « Et dès que j’ai l’impression d’y parvenir, je passe à autre chose. Il y a toujours beaucoup de coupes, de retouches. » Le titre ‘Letter from a Scentless Realm’ fait d’ailleurs référence, avec une pointe d’ironie, à son absence d’odorat de naissance, une particularité que ses parents avaient d’abord prise pour une plaisanterie avant de la faire vérifier à l’hôpital.
Dans un quotidien rythmé par de longues tournées en van, souvent chargé du linge sale de tout le groupe, cette absence de sens pourrait presque sembler un avantage. « Sur ce morceau, j’imagine quelqu’un dont les sens s’éteignent peu à peu, jusqu’à disparaître », explique-t-il. « À la fin, on suggère qu’une personne joue une chanson pendant des années, et que les cordes cassent une à une… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucune. »
Avec Human Assholes, Smit choisit toutefois une approche plus ancrée, laissant ses sens, bien présents, guider sa création. Sur le morceau mélancolique aux accents club, ‘Tyres Skid’, le narrateur éprouve une sensation d’incomplétude depuis qu’il a tenté de tourner la page. Le monde, en apparence intact, les étoiles, les objets familiers, semble pourtant altéré à ses yeux et entre ses mains.
L’une des décisions majeures pour cet album a été de revenir à la guitare acoustique comme point de départ, et surtout de privilégier l’écriture collective, dans un même espace, plutôt que le travail fragmenté sur ordinateur. « Chaque prise jouée ensemble capture un moment réel, partagé. Les accidents, les dérapages font partie intégrante de la performance. On perd un peu de contrôle, mais, paradoxalement, les décisions deviennent plus simples. »
Après trois années de tournées intensives, le groupe a tiré une conclusion libératrice : aucune chanson n’est figée, aucun concert n’est définitif. « C’est sans doute là que réside l’esprit du groupe. On n’a plus besoin de tout manipuler avec précaution, ni de chercher frénétiquement notre son. Chaque concert devient à la fois une performance et une répétition pour le suivant. » Cette philosophie les a conduits à répéter intensivement avant d’enregistrer l’album en seulement six jours, dans une dynamique proche de celle de la scène. « J’ai été impressionné par le talent et la concentration de chacun. »
Cette approche plus organique se retrouve dans les teintes alt-country chaleureuses de ‘Scrambled Egg’ et du premier single ‘Punch Drunk Love’, où l’écriture de Smit gagne encore en liberté et en charme singulier. « Ce morceau évoque cet état amoureux intense qui peut pousser à adopter des comportements problématiques. Il y a quelque chose d’obsessionnel, presque de l’ordre de la psychose, mais nourri par un sentiment magnifique. » On y retrouve également Susanne Linssen, des Hospital Bombers, ainsi que l’ancienne membre Franti Maresova.
« Just because it’s common sense / Doesn’t mean it sits right with me » (Ce n’est pas parce que c’est du bon sens / Que ça me convient), chante-t-il sur ‘Object Permanence’, un titre d’indie rock tendu qui, au lieu d’exploser en solo de guitare, s’achève sur une harmonie boisée apaisante, portée par plusieurs membres du groupe, une manière subtile de détourner les attentes.
Human Assholes regorge ainsi de moments où Personal Trainer s’autorise toutes les audaces, fidèle à son esprit kamikaze. ‘Hole’ évoque presque une rencontre improbable entre Dirty Projectors et un groupe de mariachis, tandis que le morceau-titre transforme le pessimisme du narrateur en une vague apaisante, portée par un saxophone aux accents hypnotiques. « Tout cela a été possible grâce aux compétences de mes camarades et à l’oreille de Casper. L’enregistrement s’est déroulé avec une étonnante fluidité, et je trouve que le résultat surpasse nos albums précédents. J’ai vraiment l’impression d’un album de studio accompli, entouré de musiciens que j’admire autant que j’apprécie humainement. »
Au fond, même sans odorat, l’expression « s’arrêter pour sentir les roses » conserve tout son sens. « J’ai toujours abordé la musique avec enthousiasme, mais aussi avec un certain pragmatisme », conclut Smit. « C’est ma plus grande passion, et en même temps, ça reste “juste” de la musique ; et c’est précisément pour ça que c’est essentiel pour moi. C’est un bac à sable dans lequel je peux me plonger quand je veux. J’y ai toujours trouvé un exutoire, mais cela n’a jamais été aussi évident que pendant cet album. J’ai vraiment eu l’impression de disposer d’un refuge où me perdre pendant des jours, alors que le reste n’allait pas forcément très bien. »