
Pale Bloom
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Sortie le 13 février 2026
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Unique Records



Contrairement aux albums précédents des Lost Boys, dont le rythme de production visait à saisir un instant précis, Pale Bloom s’est construit lentement. Tel un fleuve languissant, il a pris forme sur cinq années, déposant peu à peu ses sédiments de pensées et de sentiments le long des vies qui l’ont façonné. De ce point de vue, sa gestation progressive s’éclaire d’un nouveau sens : l’album tente de suspendre un mythe de la création dans son ambre, un récit des origines ancien et complexe, riche en mystères et en métaphores, qui ne cherche ni explication ni conclusion.
Chaque disque des Lost Boys explore un territoire musical et lyrique inédit. Parmi eux, Pale Bloom est celui qui remonte le plus loin, jusqu’à l’enfance. Il fouille les souvenirs troubles, révélant les rythmes et les schémas narratifs forgés par une éducation religieuse contraignante. En réexaminant les accords, refrains et mélodies enfouis dans les comptines et chansons populaires – récits qui, souvent, servaient davantage à brider la curiosité d’un enfant qu’à l’encourager – le groupe a découvert un désir de reconquête : celui de plier ces sons hérités vers des vérités plus intimes.
Cette impulsion traverse tout l’album. Elle s’entend dans la voix de Lucy Kruger, qui enveloppe les formes lyriques de son désir, de son deuil et de sa nostalgie. Elle se déploie dans une défiance nouvelle, affirmée avec lenteur, et dans la subversion des rythmes mémorisés, rappelant avec clarté qu’un son indocile peut révéler une signification plus profonde.
Dans les paroles de Lucy Kruger, un jardin se dessine peu à peu – vestige des anciennes contraintes : soigné, ordonné, mais stérile. Ses textes deviennent des fables centrées sur une figure obsédante, celle d’une jardinière anémique, perpétuellement confrontée à son incapacité à faire pousser quoi que ce soit. Elle découvre en elle des graines volatiles – désir, mort, obscurité – endormies dans son ventre. Peut-elle les enfouir, les arroser et espérer les voir éclore ? Le temps est tardif, et peut-être qu’aucun fruit ne naîtra. Mais même une fleur pâle serait déjà quelque chose : sauvage, négligée et étrange, elle aurait enfin l’espace de s’épanouir.
C’est avec une poignée de ces fleurs singulières et déviantes que Lucy Kruger and the Lost Boys façonnent leur septième album. Leurs notes se font douces, mélancoliques, planantes, chargées de désir. Leurs formes, arrachées à un sol rigide et conformiste, s’élancent désormais plus sombres, courbées mais audacieuses, habitées de leur propre résonance et majesté.
Pour raconter cette histoire, le groupe s’est nourri de tout ce qu’il a appris et expérimenté musicalement, sur scène comme en dehors. Contrairement à leur présence sur les albums Heaving ou A Human Home, les cordes s’y révèlent moins affectées, plus sombres et sérieuses. Elles s’élancent vers un paradis complexe, soutenu par le poids et l’ancrage de grooves à la fois stoïques et expressifs. Les guitares errent librement dans des espaces amples, grinçantes autant que douces. Tout cela compose un écrin luxuriant où la voix de Lucy Kruger – à la fois sonore et euphorique – peut se poser, se replier, plonger et s’élever, comme en quête d’une vérité encore enfouie.
L’album réunit Lucy Kruger (voix et guitare), Liú Mottes (guitare), Jean-Louise Parker (alto), Gidon Carmel (batterie) et Reuben Kemp (basse). Il a été enregistré à Berlin par Lucy Kruger, ses compagnons et son proche collaborateur André Leo, au fil de six mois passés dans différents studios. Le mixage a été confié à Simon Ratcliffe qui, après cinq albums aux côtés des Lost Boys, s’impose comme un membre incontournable de l’équipe.