
Eldorado
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Sortie le 25 septembre 2026
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Capitane Records



Près de dix ans après Nocturne, Girls in Hawaii revient avec Eldorado, son cinquième album. Un disque de retour, au sens le plus profond du terme : retour au groupe, retour à l’écriture instinctive, retour au plaisir simple de jouer ensemble, mais aussi retour sur une histoire commencée au début des années 2000 et traversée depuis par les joies, les pertes, les doutes et les métamorphoses.
Le titre Eldorado vient du deuxième single de l’album. Il évoque cette quête d’un idéal que l’on poursuit sans jamais être certain de l’atteindre : une forme de vérité, une bonne chanson, un endroit où poser ses peurs. Chez Girls in Hawaii, cet Eldorado n’a rien d’un mirage confortable. C’est une tension, une force qui pousse à continuer malgré la fragilité humaine, malgré les deuils, malgré le doute. Courir après l’inaccessible, c’est peut-être aussi ce qui permet de rester debout.
À la question de savoir qui sont vraiment Girls in Hawaii, Eldorado apporte des réponses essentielles. Le disque parle du groupe lui-même : de son amitié, de ses fantômes, de son rapport au temps, de ce qui reste quand les certitudes se sont effacées. Formé en 2000 autour de Lionel Vancauwenberge et Antoine Wielemans, Girls in Hawaii s’est imposé comme l’un des groupes majeurs du rock indépendant belge. Dès From Here to There en 2003, puis avec Plan Your Escape, Everest et Nocturne, le groupe a construit un univers immédiatement reconnaissable, entre mélodies limpides, mélancolie lumineuse et goût des atmosphères.
Avec Eldorado, Girls in Hawaii renoue aussi avec certaines de ses sources premières : le rock indépendant des années 1990, les chansons imparfaites mais habitées, les disques de Pavement, Grandaddy ou Radiohead, cette manière de faire tenir ensemble fragilité, beauté et désordre. Mais l’album n’a rien d’un exercice nostalgique. Il regarde le passé pour mieux retrouver une énergie présente, presque primitive : celle d’un groupe qui se remet en mouvement parce qu’il en ressent à nouveau la nécessité.
Tout aurait pourtant pu s’arrêter après Nocturne. Au lendemain de cette période dense, Girls in Hawaii perd ses repères. Le monde s’arrête, les horizons se referment, et le groupe traverse une zone d’incertitude. Puis survient, en juillet 2022, la disparition de Pierre Van Braekel, leur manager historique. Sa mort agit comme un choc, mais aussi comme un point de bascule. Pendant un temps, le groupe croit que cette disparition pourrait signer la fin de l’aventure.
« Paradoxalement, c’est la disparition de Pierre qui a redistribué les cartes du jeu. Sa disparition nous a plongés dans un état de nostalgie. On se refaisait le fil de l’histoire. On revenait sur les premiers jours du groupe et tout ce qui nous était arrivé par la suite. Dans ce contexte, nous avons pris du plaisir à revisiter les chansons du premier album », raconte Antoine Wielemans.
C’est dans ce mouvement de mémoire que le groupe accepte l’invitation de l’Ancienne Belgique à rejouer From Here to There pour les vingt ans de l’album. À l’hiver 2023, quatre concerts complets à Bruxelles rallument quelque chose. Sans disque à défendre, sans stratégie particulière, Girls in Hawaii retrouve sur scène une forme d’insouciance, d’énergie collective et de joie simple.
« Pour la première fois de notre carrière, nous sommes partis en tournée sans aucune pression. Nous n’avions aucun disque à défendre, rien à prouver. C’était juste le plaisir d’être ensemble et de retrouver le public. Cette tournée a vraiment ressoudé les liens entre nous. Nous étions juste heureux. C’était un moment de joie », confie Lionel Vancauwenberge.
De cette joie retrouvée naît peu à peu l’envie d’écrire. Un an plus tard, Lionel Vancauwenberge et Antoine Wielemans se remettent au travail. Pas dans un grand studio, pas sous la conduite d’un producteur extérieur, mais à la maison, entre la chambre et le salon. Les morceaux apparaissent par allers-retours, par intuition, par sensations. Une trentaine de maquettes voient le jour avant que l’album ne se dessine en l’espace d’un mois.
Ce retour à l’artisanat n’est pas un hasard. Il correspond à l’état du groupe : retrouver le premier geste, la première émotion, l’excitation de la chanson qui surgit avant qu’on ne la polisse trop. Les voix sont souvent gardées dans leur premier élan, avec leurs aspérités, leurs fragilités, leur humanité. La tentation d’un producteur extérieur a existé, mais le groupe est toujours revenu à son intuition première, ajoutant seulement quelques touches discrètes ici ou là, parfois un soupçon d’auto-tune dans un esprit Daft Punk / Giorgio Moroder.
« Les voix sont toutes des prises uniques. L’énergie initiale, le goût de la première salve, du premier jet. C’est un retour à l’essentiel, à l’authenticité, à ces petits défauts qui donnent de la saveur, de la personnalité, une singularité au projet », explique Antoine Wielemans.
Au centre du disque, il y a donc cette idée simple et immense : retrouver l’excitation. Celle d’une mélodie qui surprend, d’une phrase qui touche juste, d’un partenaire que l’on étonne encore après toutes ces années. « Le truc ultime dans l’exercice de composition, c’est de retrouver l’excitation. Il faut s’étonner soi-même, puis surprendre son partenaire. Et puis, il faut aussi y trouver du sens. L’Eldorado, c’est un peu l’objectif derrière lequel on court toute une vie. C’est le lot de chaque musicien, finalement, que de courir derrière une bonne chanson », résume Lionel Vancauwenberge.
Les chansons d’Eldorado avancent ainsi entre clarté pop, nervosité indie et mélancolie intime. Elles parlent du monde tel qu’il vacille aujourd’hui, de l’urgence climatique, de l’épuisement, des relations qui s’effacent, des adieux impossibles, des souvenirs d’enfance et de cette difficulté très contemporaine à trouver sa place dans un environnement instable. Mais elles ne s’abandonnent jamais au désespoir. Elles cherchent, au contraire, des points d’appui : dans la beauté du monde, dans les liens, dans le groupe, dans la sensation d’être encore vivant.
Premier single, ‘Is It Happening Right Now?’ avance par ruptures et contrastes. Le morceau invite à lever les yeux, à regarder le soleil, à écouter les battements de son cœur, à reprendre contact avec ce qui nous entoure. Plus loin, ‘Life Is So Fucked Up’ part d’un retour dans un quartier d’enfance et d’un arbre fraîchement abattu, entre amis perdus de vue et nostalgie diffuse. ‘Monday Mornings’, ‘Drifting In The Summer Rain’ ou ‘Who’s To Blame’ prolongent ce journal de bord émotionnel, entre vague à l’âme, séparations, doute de soi et moments de grâce.
Après des années passées chez 62TV Records, dans un paysage musical profondément transformé, Girls in Hawaii rejoint aujourd’hui Capitane Records, label bruxellois porté par Capitane Coop, une coopérative indépendante pensée en circuit court. Ce choix prolonge une histoire ancienne. Des années plus tôt, ce sont les Girls in Hawaii qui avaient confié à Nicolas Michaux les clés de leur ancien local — une salle de projection désaffectée de l’armée belge — pour qu’il y installe ce qui deviendrait peu à peu Capitane.
« Sans cette proposition des Girls in Hawaii, le label Capitane n’aurait peut-être jamais vu le jour », confie Nicolas Michaux. Cette nouvelle étape ressemble donc moins à un simple changement de label qu’à un retour naturel vers une constellation d’amitiés, de lieux et d’histoires partagées. Elle inscrit Eldorado dans une continuité : celle d’un groupe indépendant qui choisit de poursuivre sa route avec une structure indépendante, locale, coopérative, et attentive aux liens humains qui rendent la musique possible.
La pochette de l’album reprend les courbes d’une pierre de sang, aussi appelée héliotrope. Selon certaines croyances anciennes, cette roche serait associée au courage et à la stabilité. Deux qualités qui traversent Eldorado de part en part. Car derrière la douceur mélodique, les images fragmentées et les souvenirs qui remontent, le nouvel album de Girls in Hawaii est aussi un disque de courage : celui de continuer après la perte, de retrouver la joie sans oublier les absents, de croire encore qu’une chanson peut ouvrir un passage.
Avec Eldorado, Girls in Hawaii ne cherche pas à revenir exactement là où tout avait commencé. Le groupe revient autrement, plus conscient du temps, plus libre peut-être, plus proche de l’essentiel. Comme si, après avoir longtemps poursuivi un territoire imaginaire, il découvrait que l’Eldorado n’était pas un lieu à atteindre, mais ce mouvement même : chercher ensemble, écrire encore, et tenir debout dans la lumière fragile des chansons.