Ghost Woman

Hindsight is 50/50

Sortie le 24 novembre 2023

Full Time Hobby

Même si Hindsight Is 50/50 est le troisième album de Ghost Woman en 18 mois, le compositeur et multi-instrumentiste Evan Uschenko estime qu’il s’agit du premier qui « capte pour de bon la vraie nature du groupe ».

 

Pour la majeure partie, l’album a été enregistré en live sur une période de trois jours, dans le studio analogique Kerwax, à Loguivy-Plougras en Bretagne, par Christophe Chavanon (The Good Damn).

 

« Les deux premiers albums n’ont jamais été conçus pour être des albums, explique Uschenko : ils ressemblent à des journaux intimes brûlés depuis longtemps. Avec l’arrivée d’Ille van Dessel comme coauteur et batteur, le projet semble avoir une direction. »

 

Le premier album éponyme, en 2022, puis son successeur Anne, If, dès janvier 2023, ont fait gagner confiance et assurance au groupe. « On préfère être occupés », explique les membres au sujet de cette urgence à progresser et à aller sans cesse de l’avant. « Mais on est paresseux aussi. On a toujours l’impression qu’on pourrait faire beaucoup plus. »

 

Le nouvel album paraît plus sombre que les précédents, mais le son, tout comme l’atmosphère qui s’en dégage, sont plus proches de ce que le projet était censé être à ses débuts en 2016, en concrétisant pour de bon les ambitions esthétiques de Ghost Woman.

 

L’immersion dans l’album est immédiate, avec le riff sans fin de « Bonehead » qui plante le décor. Puis vient le garage-surf de « Alright Alright ». Les premiers mots (“take a little walk with me…”, « viens faire un petit tour avec moi… » ont un petit côté malsain qui ne dépareillerait pas dans le Murder Ballads de Nick Cave ou dans Peaky Blinders.

 

Sur le plan sonore, l’album s’épanouit dans un monde analogique et chaleureux, mais avec peu de ces mélodies vocales faciles qui orientent des morceaux ou en livrent le sens. C’est une décision consciente, Uschenko explique qu’« il n’y a jamais de concept lorsqu’il s’agit de créer quelque chose, et aucune intention derrière ce qu’on crée, si ce n’est de faire du bruit et de finir un album. »

 

« Yoko » revient au boogie, prenant vie dans des rafales de guitares stridentes, et une rupture en plein milieu laissant supposer que la version live dépassera de loin les trois minutes et demie enregistrées.

 

Pour la plupart tenues dans leur durée, les chansons de l’album sont le fruit d’une grande capacité de synthèse et de montage qui ne les laisse pas s’emballer d’elles-mêmes. Seule « Juan » dépasse largement les cinq minutes et se pose comme la pièce maîtresse de l’album, en opérant la fusion des thèmes et des sonorités qui traversent l’album. Pour le groupe, « ces chansons sont faites pour la scène », et la fin de l’album collerait à merveille dans le club le plus sombre et le plus bruyant qu’on puisse trouver.

 

La chanson éponyme poursuit sur cette lancée. Le titre est un jeu de mots sur le dicton anglais « Hindsight is 20/20 » (avec le recul tout devient clair), tatoué sur un ami qui a mal tourné. « Ça veut peut-être dire que la vie n’est qu’un hasard. Et que le bon sens n’est peut-être pas si commun », disent les membres du groupe.

 

Les paroles sont pleines de réverbération et le sens est souvent suggéré plutôt qu’explicite. Les guitares sont plus lourdes et les paroles moins facilement discernables, mais Uschenko estime que « les paroles ne sont pas importantes. On préfère ne pas être compris. » Alors plongeons dans cet album et parlons-en aux amis.

 

Le groupe se réjouit d’être arrivé là où il a toujours voulu être : « Ce son, c’est celui qui devait être. Celui du groupe comme un tout. »