Eivør

Tungl

Sortie le 16 octobre 2026

Nuclear Blast Records

Depuis plus de deux décennies, l’artiste féroïenne Eivør est considérée comme l’une des voix les plus envoûtantes et audacieuses de la scène musicale nordique. Du rock à la pop sombre, en passant par le jazz, le folk et la musique électronique, son parcours s’est déployé à travers 11 albums solo, de nombreuses collaborations, des albums live et des bandes originales, notamment pour The Last Kingdom, God of War et God of War Ragnarök. Un itinéraire musical qui témoigne à la fois d’un esprit infatigable et profondément explorateur, et d’un attachement viscéral à ses racines féroïennes, récompensé notamment par le Prix de musique du Conseil nordique.

 

Eivør a grandi dans la petite ville côtière de Syðrugøta, sur l’île féroïenne d’Eysturoy. Entourée par la nature, le regard tourné vers la mer et vers un monde lointain qui se déployait au-delà de l’horizon, elle y a trouvé tout l’espace nécessaire pour rêver. Très tôt, elle a compris que devenir chanteuse lui permettrait de donner corps à ces rêves.

 

« Vivre dans un endroit comme celui-là s’accompagne d’une certaine nostalgie », explique Eivør à propos de ce besoin de composer avec les éléments, mais aussi de chercher à les dompter. « On est souvent dans un état de calme, car c’est un endroit où le temps semble s’écouler lentement. On a envie de faire des projets, mais cela peut s’avérer difficile, car c’est la météo qui décide si l’on doit ou non les annuler. »

 

Héritant de l’amour du chant transmis par sa mère, qui lui enseignait aussi bien des chansons folkloriques que les tubes de la radio, Eivør fait ses premiers pas dans la musique à l’âge de 15 ans, au sein du groupe de rock Clickhaze. Un an plus tard, elle publie son premier album solo, Eivør Pálsdóttir, aux accents folk-pop. Désireuse d’affiner et d’élargir sa technique vocale, elle s’installe ensuite en Islande pour étudier le chant classique. Son album suivant, Krákan, lui vaut deux Icelandic Music Awards.

 

Depuis, son public n’a cessé de s’élargir, réunissant aussi bien les amateurs de métal que la scène folk païenne nordique, pour laquelle sa voix saisissante, son tambour en peau et son chant guttural incantatoire, ‘Trøllabundin’, sont devenus un hymne officieux, et le grand public. Une diversité qui témoigne de la dimension à la fois singulière et universelle de la musique d’Eivør, qui ne cesse de repousser ses propres frontières. Tous semblent comprendre instinctivement qu’une musique née d’une authenticité véritable ne connaît pas de limites.

 

Si son dernier album, Enn, marquait l’entrée dans une phase plus sombre et atmosphérique, son prochain opus, Tungl (un mot féroïen signifiant « lune ») et son premier album pour le label allemand de métal Nuclear Blast, l’emmène plus loin que jamais dans ces royaumes élémentaires. Immersif, affranchi de toute contrainte et traversé par un sentiment de drame où le temps semble se dilater, où les repères familiers s’effacent au profit d’une boussole intérieure qui se dessine progressivement au fil de ses dix titres, l’album répond aussi à un besoin profondément contemporain de repères, de confiance en soi et de renouveau, dans une époque plus incertaine que jamais.

 

Comme le dit Eivør elle-même : « Tungl explore les cycles en constante évolution de la vie, ses chansons oscillent entre moments de tendresse et de chagrin, d’amour et de perte, et les marées émotionnelles qui nous façonnent. À l’image de la lune qui a inspiré son titre, Tungl sert de guide bienveillant à travers les passages les plus sombres de la vie, mettant en lumière la beauté, la résilience et la transformation que l’on trouve en chemin. »

 

À la suite de la fermeture du seul studio d’enregistrement des Îles Féroé, situé dans la capitale Tórshavn, Eivør a choisi de louer une maison dans sa ville natale de Velbastaður afin d’y enregistrer Tungl avec l’ensemble de son groupe. Cette configuration a favorisé une approche plus organique et insufflé à l’album un nouveau degré d’intimité.

 

« C’est le sentiment que je voulais capturer », explique-t-elle, « en enregistrant à l’ancienne. Surtout aujourd’hui, alors qu’on peut demander à l’IA d’écrire une chanson à notre place, j’aime la lutte créative, les hauts et les bas, et le fait de traverser toutes ces différentes phases. Cela transparaîtra dans la musique et lui donnera son propre ADN. C’est dans ces couches superposées que réside la magie. »

 

Bien que l’album Larva, sorti en 2010, ait marqué la rupture d’Eivør avec son passé folk au profit d’une orientation plus électronique, Tungl demeure profondément enraciné dans cette tradition. Avec ses rythmes profonds et lancinants qui entraînent l’auditeur dans une procession vers l’inconnu, le morceau d’ouverture, ‘Og mánin græt’ (Et la Lune pleura), s’inspire fortement de la « danse en chaîne », une forme d’hymne a cappella apparue au Moyen Âge et perpétuée dans la tradition féroïenne. Un cercle de danseurs se formait alors, les pieds martelaient le sol tandis que se transmettaient des récits de batailles vikings et de bravoure. Mais tout au long de l’album, des rythmes profonds aux vastes étendues atmosphériques, Tungl compose un écosystème émotionnel et sonore aussi singulier et changeant que le climat féroïen lui-même.

 

Premier single de l’album, ‘Healer’ est un acte d’émancipation à la fois intime et troublant. La voix arctique et finement ciselée d’Eivør se déploie sur des courants sous-jacents de trip-hop, gagnant peu à peu en lumière jusqu’à devenir presque fantomatique, comme une apparition qui se dissipe. Drekafljóð’ (Femme-dragon ) envahit la conscience telle une brume enveloppante: son groove ondulant, porté par des basses puissantes et une riche trame de claviers, donne du poids à un mélange de murmures encourageants et de chants errants qui s’élèvent dans les octaves. Quant à ‘Fangað’ (Piégée), morceau tout en retenue, il constitue un acte de reconnexion : avec la participation d’Elinborg, la sœur d’Eivør, mais aussi à travers un retour subtil au chant guttural, déjà réapparu sur ‘Upp Úr Øskuni’, extrait de Enn.

 

Qu’il s’agisse de ‘Verjugarðar’ (Murs), qui oscille entre la complainte et une célébration dévotionnelle de l’espoir, où Eivør se montre aussi délicate qu’indestructible, à l’image du mithril, ou de ‘Spøkilsir’ (Fantômes), qui nous guide à la lueur de lanternes dans les profondeurs d’un château avant de nous conduire vers des espaces verdoyants, Tungl puise dans ces états de transition pour en extraire une insondable envie de voyage et d’émerveillement.

 

L’ensemble culmine avec ‘Everyone But Me’, deuxième titre de l’album chanté en anglais. Fruit d’une collaboration avec le compositeur Danny Saul, avec qui Eivør a travaillé sur la bande originale de The Last Kingdom: Destiny Is All, le morceau déploie des voix glaciales et exilées sur de profondes nappes de claviers. Il évoque autant la musique composée par Angelo Badalamenti pour Twin Peaks que Julee Cruise, muse vocale de Badalamenti et de David Lynch : un phare scintillant qui appelle dans l’obscurité.

 

« C’est l’une de mes chansons préférées parmi celles que j’ai écrites depuis longtemps », explique Eivør. « C’est une chanson qui parle de navigation : tu es perdu sur ce vaste océan qu’est la vie et tu essaies de t’y retrouver. C’est effrayant, mais c’est aussi une belle idée. Tu sais que tu dois t’aventurer dans cette obscurité pour trouver tous les trésors, toute la magie. En matière de création, il faut que ce soit un peu inconfortable et qu’on soit un peu loin au large pour découvrir quelque chose d’intéressant sur soi-même et en apprendre davantage sur soi, n’est-ce pas ? »

 

Que vous soyez déjà plongé dans l’univers en constante expansion d’Eivør ou que vous n’ayez pas encore succombé à son charme, Tungl s’impose comme un voyage de découverte qui vous emmènera loin.