Bongeziwe Mabandla

iiMini

Sortie le 14 février 2020

Universal Music

Dans le titre « Khangela », issu du nouvel album de l’artiste Sud Africain Bongeziwe Mabandla, la musique au bout d’un moment ralentit et se fait si discrète qu’elle n’est plus qu’un murmure imperceptible, nous laissant entendre des voix. « L’amour ne s’explique pas », dit l’une d’elles, puis la chanson atteint son moment ultime, quelques notes de guitare et la voix envoûtante de Bongeziwe.

 

Avec iiMini, son troisième album, Bongeziwe Mabandla propose une série de chansons qui suivent l’éclosion de l’amour avec une beauté sonique telle que cet album mériterait d’être l’album de l’année 2019, voire de la décennie.

 

« Khangela » est une représentation du thème central de iiMini, et de sa nature profondément expérimentale. Débutée en 2017 avec Mangaliso, la collaboration entre Mabandla et Tiago Correia-Paulo va encore plus loin avec ce cycle de onze chansons, atteignant des sommets créatifs ancrés à la fois dans la terre fertile des instincts folk de Mabandla et dans la passion nomade de Correia-Paulo pour les côtés les plus charmants de la musique électronique. Outre le mélange de ces deux aspects, l’album incarne surtout un son extrêmement rafraîchissant.

 

L’album débute avec le titre « Mini Esadibana Ngayo » (« Le jour de notre rencontre »), une chanson à la grâce subtile qui nous emmène sur une route folk avant de croiser un beat fin comme on pourrait en entendre dans un club aux premières lueurs du jour. Le dancefloor s’invite aussi sur « Masiziyekelele », autre titre exceptionnel, qui oppose de douces notes de guitare traditionnelle à des beats électroniques jusqu’à ce que le calme apparaisse, laissant Mabandla s’installer pour la fin du morceau dans le royaume ascétique de Bon Iver du temps de For Emma, Forever Ago.

 

iiMini nous hyptonise. « Ndanele » possède une dimension chamanique, la voix de Mabandla est enveloppée d’un groove charnu, elle est en lévitation au-dessus de la rumeur de la rue avant l’apparition des premières notes du titre « Zange ». « Zange » (qui signifie « Jamais »), le premier single issu de l’album, est une superbe pépite créative qui distille l’essence de l’amour. “You mended/All of my heart/ When you told me/That you love me too”, chante Mabandla, donnant sa voix à ce moment unique et inoubliable que tous les amoureux ont connu. Tout aussi ensorcelant, le titre « Ukwahlukana (#027) », sur lequel chante Son Little, un artiste que Mabandla connaît depuis plusieurs années, et avec qui il a ressenti un lien immédiat. La voix de Son Little donne une âme à ce morceau riche, sur lequel se côtoient le glockenspiel, des percussions pressantes et des mains qui marquent le rythme.

 

C’est peut-être bien la cohésion qui ressort le plus de iiMini. « J’ai écrit les chansons pour Mangaliso avant de savoir que j’enregistrerais avec Tiago, et avant de savoir qu’on créerait un album bien plus expérimental que mon premier. Cette fois, je savais que Tiago et moi travaillerions à nouveau ensemble, du coup l’idée que je me faisais de l’album était plus abstraite – et j’ai écrit les chansons en fonction. »

 

Mabandla qualifie sa collaboration avec Correia-Paulo sur son deuxième album de « moment magique », qui laisse également son empreinte sur iiMini. « Faire un album dont on est vraiment fier n’est possible que grâce à ces moments-là, et ils furent nombreux entre Tiago et moi au cours de l’enregistrement de iiMini. C’était une expérience extraordinaire, et un vrai amusement. »

 

L’amusement n’est pas exactement ce qui viendrait à l’esprit des fans pour décrire Mabandla. Son premier album, Umlilo, en 2012, et Mangaliso en 2017 – qui a été sacré meilleur album de la catégorie musique alternative lors des South African Music Awards en 2018 – représentent une intention artistique de transmettre avant tout une profonde émotion. Mais rien qu’à la vue du clip de « Zange » (conçu par Correia-Paulo et tourné à Maputo) on découvre une insouciance dans le travail de Mabandla. Idem en écoutant « Jikeleza », second single de l’album : c’est une chanson qui parle de « notre besoin universel d’établir une connexion », elle unit des éléments sud-africains et des textures plus générales ; c’est l’un des titres les plus entraînants du disque.

 

iiMini va à l’encontre de la mode des singles, c’est un album à l’ancienne : un cycle de chansons avec un début, un milieu et une fin. « L’album débute avec une rencontre, les sentiments évoluent, puis la souffrance et les peines de cœur associées au fait d’être avec quelqu’un. Les dernières chansons parlent de la fin d’une relation, des liens qui se dénouent, et au bout du compte de la séparation de deux personnes qui étaient pourtant des âmes sœurs. iiMini parle du temps qui passe, de la manière dont les choses finiront par évoluer. Le temps peut changer tellement de choses. »

 

L’attachement de Mabandla pour les albums au thème unique (la notion de miracle était ce qui habitait Mangaliso) vient du désir de révéler ce qui est important dans sa propre vie. « La difficulté lorsque l’on fait un album qui aborde un seul sujet réside en la capacité à trouver plusieurs histoires au sein de ce thème unique », explique-t-il. En cherchant ses histoires, Mabandla s’est à nouveau inspiré de ses racines – une enfance à Tsolo, dans une zone rurale du Cap-Oriental d’Afrique du Sud, puis des études de comédie à Johannesburg. « J’ai toujours aimé écouter les paroles. Les Sud-Africains adorent que les chansons racontent des histoires, et je veux honorer cette tradition lorsque j’écris. »

 

iiMini a été enregistré en 21 jours au cours du mois de décembre 2018 et début janvier 2019, à Johannesburg et Maputo. « L’enregistrement a été fait à l’instinct », raconte Correia-Paulo. « Travailler de cette façon a fait des merveilles chez Bongeziwe. On enregistrait beaucoup de chant et de guitare sur mon téléphone, et on a utilisé pas mal de ces parties sur l’album. Il jouait quelque chose, je lui disais que c’était top, je sortais mon téléphone et je le passais de sa guitare à sa voix. Le son de ses doigts sur les cordes et d’autres textures étaient ainsi captés, et le rendu est vraiment magnifique. »

 

Sur « Bambelela Kum » on peut percevoir cette intimité authentique, et s’enivrer de la voix extraterrestre de Mabandla. De même sur « Isiphelo (#untitled) », l’une des chansons les plus éloquentes du disque. Le plus bel exemple de l’écriture instinctive de iiMini est peut-être le dernier titre, « Ndiyakuthanda » : en 2 minutes et 39 secondes il révèle toute l’envergure de la patte musicale de Mabandla, une délicate guitare indie en intro, puis un chant étouffé beau comme une prière.

 

« J’ai commencé en tant qu’artiste folk, mais ma musique évolue, elle change, et iiMini représente parfaitement où je me situe aujourd’hui. »