
Brennan Wedl
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21.08.2026
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ANTI Records



Pour Brennan Wedl, la boucle est enfin bouclée. Auteure-compositrice originaire du Minnesota et aujourd’hui installée à Nashville, elle a longtemps eu le sentiment de se chercher, explorant différentes facettes de son identité sans jamais connaître pleinement cette sensation euphorique que procure le fait d’être bien dans sa peau. À travers ses explorations de la spiritualité et du développement personnel, l’investissement qu’elle a consacré à son art et l’apprentissage d’une attitude plus légère et spontanée, Brennan Wedl est désormais capable de savourer les joies de l’existence avec une clarté nouvelle. Sur son album éponyme, qui marque ses débuts chez ANTI-, elle se libère du poids des attentes extérieures, abandonne l’angoisse de devoir correspondre aux désirs des autres et embrasse enfin le bonheur d’être pleinement elle-même.
Artiste particulièrement prolifique, Brennan Wedl publie de la musique en solo depuis 2012. En 2015, elle cofonde également le groupe queercore Dazey & The Scouts. Cette expérience lui a appris, selon ses propres mots, « la vulnérabilité totale et la collaboration », tandis que le succès viral inattendu du groupe sur les réseaux sociaux a constitué une étape décisive dans son parcours. « Cela m’a montré l’humanité que peut créer la musique live », explique-t-elle. « J’ai aussi beaucoup appris sur l’écriture de chansons comme démarche collective. » Après une série de singles publiés en 2024, ce nouvel album rassemble les moments marquants qui façonnent une existence et témoigne de l’assimilation de toutes les leçons qu’ils lui ont apportées.
Les chansons de Brennan Wedl évoquent des néons diffus, des taches de café ou encore des silhouettes indistinctes derrière des vitres embuées, accentuant l’anonymat d’une ville inconnue où mille possibilités semblent l’attendre. Après avoir passé près d’une décennie sur les routes, elle associe désormais le sentiment de chez-soi à des choses simples : ses en-cas préférés, une longue conversation avec un ami ou une chanson chère à son cœur diffusée à la radio d’un chauffeur Uber.
Élevée dans une famille pratiquante, elle garde des souvenirs tendres de ses visites auprès de ses tantes au couvent. Si la spiritualité demeure centrale dans sa conception du foyer, elle dépasse aujourd’hui largement le cadre religieux traditionnel. Après avoir arrêté de boire, Brennan Wedl s’est tournée vers la méditation, les « pages du matin » et l’écoute de son intuition. Désormais, elle s’appuie sur ce qu’elle appelle son « réseau dans le ciel » pour repérer les signes et les schémas qui orientent sa route.
Pour donner vie à cet album, Brennan Wedl s’est entourée de Katie Crutchfield (Waxahatchee) et de Brad Cook (Bon Iver, Hurray for the Riff Raff, Mavis Staples), qui en assurent la coproduction tout en participant à son interprétation. Ils sont rejoints par les musicien·nes Colin Croom, Lindsey Jordan et Matt McCaughan. Ensemble, ils façonnent un territoire commun entre punk, grunge et Americana ; un mélange affectueusement baptisé « grungetry ». L’ensemble des morceaux a été enregistré en dix jours dans le studio de Cook à Durham, en Caroline du Nord.
Sous le regard placide de Remy, le chien adoré de Cook, les chansons ont été captées en direct avec le groupe afin de préserver l’énergie collective des sessions et d’écarter toute forme d’artifice. Le résultat ressemble à un manège de fête foraine où coexistent une adolescente du Midwest élevée dans la foi, une punk DIY à la langue bien pendue, une vagabonde au cœur brisé et une nouvelle venue sur la scène honky-tonk de Nashville.
« J’avais peur d’être perçue autrement que comme quelqu’un d’agréable », reconnaît-elle sur ‘High Priestess’, où elle affronte une ancienne version d’elle-même. Les plaintes mélancoliques de la pedal steel accompagnent les négociations intérieures du deuil, tandis qu’une narratrice sous influence passe devant la maison d’un amour aussi ancien qu’indélébile. Mais c’est sur ‘Pretty Little Fantasy’ qu’elle affirme le plus clairement son émancipation, revendiquant son pouvoir personnel et son expression de genre en se détachant du regard des autres pour embrasser pleinement sa sexualité.
Ce morceau de rock rugueux, quelque part entre Hole et Sheryl Crow, mêle images de roses et dents ensanglantées, innocence et monstruosité. « Je ne suis pas une fille, je suis une freakazoid », rugit-elle avant qu’un refrain fédérateur ne rappelle qu’elle n’est « pas tout ce que vous croyez voir ». En remettant en question les perceptions imposées par la société, Brennan Wedl décrit la chanson comme une célébration des tâtonnements de la vingtaine et de la manière dont le fantasme permet parfois d’accéder à une vérité plus profonde sur soi-même.
Cette dimension fantasmée irrigue également ‘Let’s Be Models’, tendre ode au jeu de rôle partagé avec ses meilleurs amis. Jeans pailletés, apparitions sur écran géant et baignades seins nus dans la piscine d’un motel composent un montage cinématographique qui révèle la magie cachée dans l’ordinaire. Ayant travaillé dans plusieurs cinémas indépendants durant son adolescence et au début de sa vie adulte, Brennan Wedl y retrouve cette imagination débordante qui permet de transcender la banalité du quotidien.
Avec ‘Two Dollar Pistol’, elle livre un véritable hymne à la confiance en soi. Portée par des accords acoustiques épurés et les harmonies chaleureuses de Crutchfield, la chanson traverse le vacarme des distractions pour rappeler la joie de poursuivre ses aspirations. Elle nous invite à « entrer dans la lumière du désir » et à aller chercher ce qui nous revient.
Brennan Wedl est avant tout un album sur la collaboration : celle que l’on entretient avec nos anciennes versions, avec celles que nous sommes en train de devenir et avec les personnes qui nous accompagnent tout au long du chemin. Véritable chronique d’un éveil spirituel, il mesure le chemin parcouru et rassemble autant les échecs que les victoires qui jalonnent l’abandon d’une voie toute tracée au profit d’un avenir plus incertain.
L’ensemble dégage une forme de nostalgie précisément parce qu’il touche à quelque chose d’universel : le rire familier d’un inconnu ou un souvenir flou que l’on peine à saisir. Grandir est à la fois maladroit et audacieux, déroutant et étrange. Il est donc naturel de chercher un point d’ancrage au milieu du chaos. Comme elle résume : « J’ai passé ma vie à chercher une figure paternelle. Puis j’ai compris que le père que je cherchais, c’était moi depuis le début. Soyez votre propre père. »