Slow Pulp

Melodie

Sortie le 18 septembre 2026

ANTI Records

Slow Pulp connaît mieux que quiconque l’art de la renaissance. Au milieu des années 2010, la chanteuse et guitariste Emily Massey retrouve ses amis d’enfance Henry Stoehr (guitare), Alex Leeds (basse) et Teddy Mathews (batterie) à Madison, dans le Wisconsin. C’est le début d’une aventure musicale qui dure depuis maintenant une décennie.

 

Nourris par les radios rock alternatives des années 1990 et arrivés à maturité durant l’explosion indie des années 2000, les quatre musiciens développent une vision résolument américaine du rock. Refusant les frontières stylistiques, ils façonnent un son que les critiques peinent à définir mais saluent unanimement. Cette singularité leur permet de se démarquer sur la scène musicale fragmentée de Madison. En 2018, pourtant, les natifs du Wisconsin quittent leur environnement familier pour rejoindre Chicago, passant du terreau fertile de Madison au quadrillage de béton de la grande métropole du Midwest.

 

Ce n’est toutefois que le premier d’une longue série de nouveaux départs. Fort du succès de son deuxième EP, Slow Pulp arrive à Chicago avec un bel élan. La ville les accueille chaleureusement, mais d’autres difficultés émergent rapidement. En vivant et en tournant constamment ensemble, les membres du groupe prennent conscience que cette proximité permanente n’est « pas la meilleure façon d’apprendre à fonctionner comme un groupe », selon Massey. « Nous avons traversé beaucoup de difficultés de croissance. »

 

Les emplois du temps professionnels se télescopent. Massey contracte la maladie de Lyme puis la mononucléose, tandis que ses parents (dont son père, musicien de longue date) sont grièvement blessés dans un accident de voiture. Revenue dans le Wisconsin pour les aider, elle profite de cette période pour enregistrer avec son père plusieurs parties vocales qui figureront sur Moveys, le premier album marquant du groupe, paru en 2020.

 

En 2022, une alerte au COVID oblige Massey à écrire une grande partie des paroles du successeur de Moveys, Yard, depuis un chalet isolé du nord du Wisconsin. Une fois encore, le groupe s’adapte, échangeant des pistes audio à distance. « J’ai découvert à quel point j’aimais être complètement seule », confie-t-elle. « Cet isolement a profondément nourri mon processus créatif. »

 

Malgré ces circonstances particulières, Yard reste une œuvre profondément collective. Dès les premières notes, cette cohésion saute aux oreilles. Alliant l’énergie brute de leurs premières démos à des textes plus incisifs et des arrangements mettant en valeur toute l’étendue de leur palette sonore, l’album propulse Slow Pulp parmi les groupes importants du moment. Si Moveys leur avait ouvert les portes de la scène internationale, avec des tournées aux côtés des Pixies, de Death Cab for Cutie et d’Alvvays, Yard confirme définitivement leur légitimité à ce niveau.

 

Lorsque Slow Pulp commence à travailler sur son troisième album, Melodie, attendu le 18 septembre chez ANTI-, le groupe n’a plus rien à prouver. Pourtant, le retour sur leurs histoires personnelles et leurs relations passées les pousse à repenser leur manière de créer et à repartir de zéro, une nouvelle fois. Le résultat est un disque qui trouve un équilibre subtil entre l’euphorie du power pop, la mélancolie des ballades acoustiques et les vastes paysages sonores qui ont toujours caractérisé leur musique.

 

Cette fois, l’inspiration vient directement de leur histoire commune. Pendant leurs années à Chicago, Massey assumait l’essentiel de l’écriture des paroles. Mais de retour à Madison, elle retrouve avec Stoehr une dynamique créative plus spontanée, faite d’échanges constants et d’idées qui se répondent jusqu’à prendre forme. Les chansons de Melodie naissent ainsi d’un véritable dialogue.

 

« Emily et moi avons renoué avec la façon dont nous écrivions lorsque nous nous sommes rencontrés », explique Stoehr.

 

‘Better Man’ surgit comme une déflagration. Le morceau s’ouvre sur un son évoquant la cloche d’un ring de boxe, obtenu lorsque Stoehr frappe les cordes de sa guitare derrière le chevalet afin de créer un carillon atonal. Cette entrée en matière donne le ton d’une chanson qui met en scène le combat entre la personne que l’on rêve de devenir et celle que l’on est réellement.

 

Premier single de l’album, ‘Better Man’ fait partie des cinq morceaux dont Stoehr a signé seul les paroles. Entendues dans la voix de Massey, elles prennent une dimension nouvelle, notamment à travers les jeux de genre qui traversent le texte et

 

Premier single de l’album, ‘Better Man’ fait partie des cinq morceaux dont Stoehr a signé seul les paroles. Entendues dans la voix de Massey, elles prennent une dimension nouvelle, notamment à travers les jeux de genre qui traversent le texte et culminent dans la dernière ligne du dernier couplet : « Peut-être me mènera-t-il vers un homme meilleur / Qui saura me dire de partir. »

 

Pourtant, Stoehr n’a jamais écrit en pensant à l’interprétation de Massey. « J’écrivais simplement avec sincérité », explique-t-il. « Quand j’essaie d’adapter mes textes à son point de vue, ça fonctionne moins bien. »

 

L’une des grandes réussites de Melodie réside justement dans cette fusion des voix et des sensibilités. Sans consulter les crédits, il est souvent impossible de savoir qui est à l’origine d’une chanson. C’est particulièrement vrai pour les morceaux écrits à quatre mains. ‘Entertainer’, par exemple, leur a donné l’impression de revenir à leurs débuts, lorsqu’ils échangeaient librement couplets et refrains. Le morceau, qui traite finalement de la peur de Massey d’être enfermée dans l’image de l’artiste tourmentée et émotionnellement instable, est né de la fusion de deux versions distinctes écrites séparément.

 

Melodie refuse toute limitation stylistique. Les morceaux folk délicats qui ouvrent l’album répondent aux décharges électriques qui le clôturent. Entre les deux se glissent des touches de dream pop et plusieurs ballades bouleversantes. Au cœur du disque se trouvent toutefois quatre morceaux de power pop particulièrement remarquables. Avec ‘Better Man’, ‘Entertainer’, ‘Melodie’ et ‘Red Car’, le groupe fonce à toute allure, porté par les guitares saturées de Massey et Stoehr, la frappe incisive de Mathews et la basse imperturbable de Leeds.

 

L’origine de ‘Red Car’, sans doute la chanson la plus lumineuse et la plus immédiate de l’album, est étonnamment simple. Alors qu’elle écoute beaucoup les Cars, Massey aperçoit au volant de sa voiture une Mazda sportive rouge diffusant à plein volume une chanson portée par un rythme de batterie aussi kitsch qu’entraînant. Rentrée chez elle, elle reproduit ce motif sur une boîte à rythmes, donnant naissance à l’ossature du morceau.

 

Chez Slow Pulp, pourtant, rien n’est jamais totalement léger. Malgré son esthétique résolument années 1980, ‘Red Car’ porte en elle une forme d’inquiétude. Derrière son apparente simplicité se cache l’angoisse de ne pas être au même stade émotionnel qu’une personne prête à faire évoluer une relation. Le groupe peine d’abord à traduire cette tension musicalement jusqu’à l’arrivée d’Elliot Kozel, premier producteur extérieur à collaborer avec eux, qui affine subtilement l’arrangement pour y insuffler cette inquiétude latente.

 

La collaboration avec Kozel représente une expérience inédite pour tout le groupe, et plus particulièrement pour Stoehr, qui avait jusqu’alors produit seul tous les disques de Slow Pulp. Melodie marque également la première fois qu’il partage véritablement ce rôle avec Massey. Lui qui se décrit comme un perfectionniste habitué à tout contrôler découvre rapidement les avantages de cette ouverture. Déléguer lui permet de se concentrer davantage sur son travail d’auteur-compositeur tout en renforçant la confiance qui unit le groupe.

 

« Quand Emily et moi avons commencé à écrire ensemble, il y avait une confiance naturelle », raconte-t-il. « Avec Elliot, j’ai ressenti la même chose. »

 

Même si travailler avec Kozel signifiait s’aventurer vers l’inconnu, son parcours résonnait déjà avec celui du groupe. Véritable figure de la scène du Wisconsin, il était depuis longtemps admiré par Stoehr, Mathews et Leeds. Son expérience auprès d’artistes comme SZA, Rosalía ou Yves Tumor a également contribué à faire franchir une nouvelle étape à Slow Pulp.

 

« Nous voulions voir plus grand avec cet album », résume Leeds. « Et pour cela, il fallait revenir à nos racines. »

 

Maîtres dans l’art de dissimuler la tristesse derrière les mélodies les plus accrocheuses, les membres de Slow Pulp savent aussi l’exprimer sans détour. ‘Not for Nothing’, placée au cœur du disque, en est la preuve. Écrite par Stoehr, cette ballade au piano évoque l’accumulation des blessures émotionnelles : l’impuissance face à ses propres sentiments, la certitude qu’ils finiront par vous submerger, puis les conséquences qui en découlent.

 

Portée par la voix intense de Massey, des accords sombres de Stoehr et un banjo mélancolique joué par Kozel, la chanson demeure poignante sans sombrer dans le désespoir.

 

Si les dix premiers titres de Melodie ne parviennent pas à vous faire pleurer, ‘Slip Away’ s’en chargera probablement. Dépouillée à l’extrême, la dernière chanson de l’album ne laisse entendre que la guitare électrique de Stoehr et la voix nue de Massey. Elle évoque ce besoin de s’effacer pour ne pas devenir un poids pour les autres.

 

« Je me suis rendu à pied à la quincaillerie / Je suppose que tu ne me connais plus », chante-t-elle.

 

Derrière cette phrase discrète se cache une histoire bien réelle. Dans sa vingtaine, Stoehr traverse une période difficile et s’isole progressivement. Un jour, en marchant vers un magasin de bricolage de Madison, il croise deux anciennes connaissances qui l’ignorent complètement. Ce moment banal agit comme un choc existentiel, la confirmation brutale de son éloignement du monde.

 

Aujourd’hui âgé de 32 ans, il se sent plus stable, mais ne cherche plus à fuir cette part de lui-même. « J’essaie désormais de la comprendre et de vivre avec », explique-t-il.

 

Pour Leeds, Melodie raconte lui aussi une forme de retour aux origines. « Nous avons l’impression de boucler une boucle », dit-il. « Nous renouons avec certaines choses et nous nous transformons à travers elles. »

 

Massey partage cette vision. Revenue une nouvelle fois dans le Wisconsin pour enregistrer avec son père, elle considère l’écriture de chansons comme un processus fondamentalement cyclique.

 

Cette idée traverse tout l’album, à commencer par son ouverture, ‘Yellow and Green’, l’un des morceaux les plus nostalgiques et les plus ancrés dans le passage des saisons. Son titre constitue également un clin d’œil aux Green Bay Packers, dont les familles de Massey et de Stoehr font partie des quelque 539 000 copropriétaires.

 

À leur manière, les Packers incarnent aussi la résilience qui caractérise Slow Pulp. Peu importe où la vie les mène, ils resteront toujours profondément attachés au Wisconsin.