
Here Because Of Hope
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Sortie le 18 septembre 2026
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Partisan Records



Peu de groupes de la scène musicale britannique incarnent aussi pleinement l’esprit de communauté, de culture et de transmission qu’Ezra Collective. Né dans les clubs de jeunes londoniens et façonné par la riche vie musicale des églises, des salles de concert et des rues de la capitale, le groupe a toujours entretenu un lien indissociable avec les environnements qui l’ont vu grandir. Femi Koleoso à la batterie, TJ Koleoso à la basse, Joe Armon-Jones aux claviers, James Mollison au saxophone et Ife Ogunjobi à la trompette : cinq musiciens qui ont grandi ensemble, traversé les mêmes étapes de vie et qui, depuis plus d’une décennie, racontent cette expérience commune à travers leur musique.
Depuis leur formation en 2012 et la sortie de leur premier EP, Chapter 7, en 2016, jusqu’à aujourd’hui, leur trajectoire constitue l’une des ascensions les plus remarquables de la musique britannique contemporaine. Solidement ancré dans le jazz sans jamais s’y laisser enfermer, Ezra Collective est devenu la preuve éclatante qu’un groupe de jazz peut être à la fois festif, actuel et profondément connecté à son époque, aussi à l’aise dans l’intimité d’un club que sur la scène principale des plus grands festivals.
Dans le sillage de Where I’m Meant To Be, leur album phare de 2022 récompensé par le Mercury Prize en 2023, le groupe a atteint un nouveau sommet avec Dance, No One’s Watching en 2024. Véritable aboutissement de tout ce vers quoi il tendait depuis ses débuts, ce disque débordant d’énergie et de liberté a balayé les frontières stylistiques sur son passage. Le succès a été spectaculaire: l’album s’est hissé à la septième place des charts britanniques, les a conduits jusqu’à la Wembley Arena et leur a valu le BRIT Award du Groupe de l’année en 2025. Pour un groupe de jazz, un tel accomplissement relevait de l’inédit.
Pourtant, Ezra Collective n’a jamais été animé par le besoin de prouver quoi que ce soit au monde extérieur. Sa motivation a toujours été plus intime et plus essentielle : témoigner de ses propres expériences. « Je pense que ce nouveau chapitre marque le début de notre histoire en tant qu’adultes », confie TJ. « Plus seulement comme de jeunes enfants. »
Le prochain album du groupe, Here Because Of Hope, ne se présente pas comme une simple suite à Dance, No One’s Watching, mais comme une œuvre d’une ampleur bien plus vaste. Construit en trois mouvements à la fois spirituels et géographiques, il retrace les trajectoires de la diaspora noire à travers les continents et les générations, depuis les musiques d’Afrique de l’Ouest jusqu’aux rues du Royaume-Uni, en passant par les Caraïbes. Plus ambitieux que jamais sur le plan conceptuel, il est aussi leur projet le plus personnel.
L’idée de l’album a commencé à prendre forme bien avant l’enregistrement de la première note. Une question simple mais fondamentale occupait l’esprit du groupe : pourquoi tant de musiques noires nées de contextes douloureux dégagent-elles une telle joie? De l’afrobeat de Fela Kuti — conçu dans le contexte de la guerre civile nigériane — au calypso issu de l’histoire de l’esclavage, en passant par le grime né dans les quartiers défavorisés de l’est londonien, le constat revenait sans cesse. La musique semblait transcender ses origines.
« Nous avons commencé à réfléchir au nombre de genres musicaux noirs dont l’histoire est douloureuse, mais qui procurent pourtant cette sensation de fête et de piste de danse », explique Femi. « Et nous sommes arrivés à l’espoir. À l’idée qu’un jour cette douleur se transformera et nous conduira ailleurs. Alors nous écrivons en anticipation de cet avenir. »
Cette dynamique entre douleur, espoir et joie est devenue la colonne vertébrale de Here Because Of Hope. Chacun des trois mouvements explore une géographie particulière et son héritage musical : l’Afrique de l’Ouest, les Caraïbes et le Royaume-Uni.
Pour le groupe, il ne s’agit pas d’un exercice théorique. « Nous savons d’où vient cette musique », explique Ife. « Nous explorons ces sons, mais nous sommes tous reliés par Londres, qui est à la fois un lieu, une culture et un état d’esprit. Cet album reflète ce mélange de croyances, de couleurs et d’influences dans lequel nous avons grandi. »
Joe Armon-Jones souligne quant à lui le caractère presque circulaire de cette démarche : « La musique de cet album correspond déjà à l’essence même du jazz. Une combinaison de sons issus de différentes régions du monde. D’une certaine manière, la boucle est bouclée. »
Cette histoire est aussi celle des familles du groupe : celle des frères Koleoso, dont les parents ont quitté le Nigeria pour s’installer à Londres, mais également celle des membres aux racines caribéennes. C’est le récit de ce que signifie grandir au carrefour de plusieurs héritages culturels dans la capitale britannique.
TJ développe cette idée en reliant l’histoire collective à l’expérience humaine universelle : « Quand on réfléchit à ce qu’est l’espoir, on réalise qu’il existe deux réalités communes à tous : la douleur et l’espoir. Peu importe leur forme ou leur intensité, chacun connaît la douleur. Et dès lors qu’on la connaît, on comprend aussi l’espoir, parce qu’on choisit malgré tout de continuer. »
L’album a été enregistré en grande partie lors d’une résidence d’une semaine à Miraval, dans le sud de la France. Installé au cœur d’un vaste domaine viticole, le studio a offert au groupe un environnement idéal pour se consacrer entièrement à la création. Comme le résume James : « Nous étions loin de toute distraction, simplement là pour faire de la musique. »
L’ambiance de travail reposait avant tout sur le partage et la convivialité. « Nous avons créé une sorte de salon chaleureux », raconte Femi. « Les steel pans que l’on entend sur l’album sont joués par un club de jeunes. Je suis allé passer du temps avec eux, assister à leurs répétitions. Ces petits moments-là, c’est le son même de la communauté. »
L’album s’ouvre sur une atmosphère ouest-africaine avec ‘Part 1’, un monologue introductif interprété par l’actrice britannique Letitia Wright, lauréate d’un BAFTA. Déterminé, contemplatif et empreint d’espoir, ce texte pose les fondations du voyage à venir.
Les différents interludes de spoken word qui relient les mouvements sont également portés par Wright, dont Femi souligne la pertinence : « Elle incarne cette histoire à bien des égards. Elle a traversé des épreuves personnelles importantes et apporte aujourd’hui énormément de joie à travers son art. »
‘Part 1’ débouche sur ‘Blow Your Trumpet’, porté par des grooves profonds dont le rythme agit exactement comme le suggère son titre : une déclaration d’intention claire et puissante.
Avec ses influences highlife, ‘Sweet Echo’ éclaire une autre facette du continent africain. Le morceau rayonne d’une lumière qui rappelle l’âge d’or des musiques ghanéennes à la guitare. Joe reconnaît d’ailleurs que le highlife a représenté l’un des terrains d’apprentissage les plus exigeants pour le groupe. « Certains éléments du genre nous étaient moins familiers », admet-il. Pourtant, le morceau porte cette exploration avec une remarquable aisance.
‘Don’t Worry’ évolue quant à lui dans un registre presque céleste. Pensé pour évoquer le paradis, il suspend le temps dans un sentiment de sérénité et de grâce. L’un des moments les plus délicats et émouvants de l’album, démontrant qu’Ezra Collective sait toucher autant par la retenue que par l’exubérance.
Sur ‘Only Love’, le groupe accueille Pa Salieu dans le cadre d’une collaboration mûrement réfléchie. Leur volonté était de représenter la diversité du continent africain au-delà des influences nigérianes et ghanéennes déjà présentes dans leur univers.
« Nous voulions travailler avec un rappeur africain qui ne soit ni nigérian ni ghanéen », explique Femi. « Nous cherchions une autre facette de l’Afrique, un son profondément africain mais encore sous-représenté. Il était important qu’il trouve sa place sur l’album. »
Si le premier mouvement parle des origines, le second s’intéresse au voyage : celui des peuples, des cultures et des musiques à travers l’Atlantique.
‘Well Organised’ repose sur une réinterprétation de ‘I Chase The Devil’ de Max Romeo, revisitée par la chanteuse jamaïcaine Lila Iké. Le morceau plonge profondément dans l’héritage des sound systems jamaïcains.
‘El Corazón’ injecte quant à lui toute l’énergie de la salsa dans l’album. Congas, cuivres éclatants et rythmes de clave témoignent de l’influence des Caraïbes hispanophones. Pour TJ, cette incursion dans l’univers de la salsa constituait l’un des choix artistiques les plus importants du projet.
« Je ne pense pas que la salsa soit vraiment comprise dans ce pays », explique-t-il. « Nous voulions montrer qu’elle peut exister comme quelque chose d’authentique, qui porte un véritable sens au-delà du simple exotisme. »
James souligne combien ces influences s’intègrent naturellement à l’identité du groupe : « Nous écoutons tous du reggae, de la funky house, du grime ou du hip-hop britannique. Tous ces genres sont liés à ces différentes cultures. Musicalement, cela s’est fait très naturellement parce que cela fait déjà partie de nous. »
‘Bunny on the Rise’ conclut ce mouvement caribéen avec une impression de familiarité immédiate, comme un morceau qui aurait toujours existé.
L’instrumentation de l’album a fait l’objet d’un soin particulier. Steel pans, congas, cloche ágogô ou wood block : chaque instrument a été choisi pour représenter fidèlement les traditions musicales évoquées. « Nous voulions que les instruments eux-mêmes racontent ces régions du monde », précise James.
Le troisième et dernier mouvement nous ramène au Royaume-Uni, et plus particulièrement à Londres. La ville qui a façonné le groupe et transformé toutes ces influences en quelque chose de totalement nouveau.
‘All I Need’, en compagnie de Leona Lewis, en constitue le cœur émotionnel.
« Leona représente beaucoup plus pour les jeunes Noirs britanniques de notre génération que ce que nous avions réalisé au départ », affirme TJ. « Quand les gens découvrent qu’elle chante sur le morceau, ils revivent instantanément le moment où elle remportait The X Factor. »
Sa présence dépasse largement le cadre d’un simple featuring : elle symbolise la rencontre entre deux parcours britanniques construits grâce à la persévérance et à l’espoir.
‘Jubilee Feeling’ puis ‘Black Flag’ prolongent ce dernier acte. Cette dernière chanson, enregistrée en une seule prise selon Femi, conserve toute la spontanéité et la vulnérabilité que cette méthode implique.
L’album s’achève avec ‘Most High’, en featuring avec Libianca. Le morceau évolue d’une confession intime vers une célébration euphorique. Les paroles de la chanteuse évoquent une foi discrète, présente dans les instants silencieux du doute autant que dans les grandes révélations.
« C’est la fin d’album la plus porteuse d’espoir que j’aie jamais entendue », affirme Femi. « Elle nous emmène vers un espace sonore euphorique et triomphant. »
Here Because Of Hope est un album sur la migration, mais aussi sur la foi. Non pas seulement dans un sens religieux, mais dans sa dimension profondément humaine : la conviction qu’un avenir meilleur reste possible.
« Au cœur du groupe, tout tourne autour de l’inclusivité », explique Ife. « Cela a toujours été notre identité. Faire naître l’espoir chez les gens est essentiel. Nous pouvons tous nourrir des rêves et des aspirations pour l’avenir. »
L’album n’est pas né du besoin de prolonger le succès de Dance, No One’s Watching. Il existe parce que le groupe avait une nouvelle histoire à raconter et parce que cette musique devait voir le jour.
« Il y a toujours une histoire à raconter », résume simplement Femi. « Demain n’est jamais garanti. »
Ce qui rend Here Because Of Hope particulièrement remarquable n’est pas seulement l’ampleur de son ambition, mais aussi sa profonde chaleur humaine. Chaque morceau semble porté par des musiciens qui s’aiment et qui aiment sincèrement la musique qu’ils créent ensemble.
Le mouvement ouest-africain explore les racines ; le mouvement caribéen suit les chemins de la diaspora ; le mouvement britannique célèbre l’endroit où toutes ces influences se rejoignent. Ensemble, ils composent un portrait complet des origines d’Ezra Collective et de ce qu’ils sont devenus.
Et si l’album s’ancre dans ces trois territoires précis, ses thèmes résonnent bien au-delà. Ils embrassent l’ensemble de la diaspora africaine mondiale, notamment les Amériques, où ces mêmes racines africaines et caribéennes ont donné naissance au jazz lui-même.
« Cet album est une photographie », conclut TJ. « On peut se demander pourquoi nous parlons de certains sujets aujourd’hui. Simplement parce qu’ils existent maintenant, et qu’ils ne seront peut-être plus les mêmes demain. Alors prenons-en une photo. »
Quatorze ans après ses débuts, Ezra Collective continue ainsi de capturer l’instant, de documenter son époque et de croire en l’avenir. Et sur Here Because Of Hope, cet espoir résonne plus que jamais comme une certitude.