Arab Strap

Half-Told Tales

Sortie le 04 septembre 2026

Rock Action Records

« Cette fois, on a tout mis dedans », explique Aidan Moffat, du groupe Arab Strap. « D’habitude, il nous reste trois ou quatre morceaux après une session, mais là, on s’est dit : “Et puis merde.” »

 

À l’approche d’un anniversaire marquant, le duo avait envie de se livrer sans retenue. « Ça fait 30 ans qu’on fait ça, alors pourquoi cacher quoi que ce soit ? Pourquoi hésiter ? », poursuit Moffat. « De cette façon, on donne une vision plus complète de ce sur quoi on a travaillé. Ça montre toute l’étendue de ce qu’on fait et, j’espère, réserve aussi quelques surprises. »

 

Et des surprises, il y en a dès les premières minutes de ce nouvel album de 14 titres, le troisième depuis la reformation du groupe en 2016, après une décennie de pause.

 

Le morceau d’ouverture, ‘I Get Noise’, associe des riffs de guitare puissants et abrasifs à une batterie fracassante et un saxophone déchaîné. Sur cette toile sonore explosive, Moffat imagine une quête de solitude et d’évasion dans un monde saturé de bruit. « Je trouvais assez amusant de chanter mon désir d’une vie tranquille alors qu’une tempête sonore rugit en arrière-plan », confie-t-il à propos de cette dualité.

 

À peine le temps de reprendre son souffle que surgit ‘You You You’, un titre qui semble ressusciter un joyau oublié de l’Italo disco. Le refrain entêtant de Moffat, construit autour du titre de la chanson, donne naissance à l’une des mélodies les plus irrésistibles jamais composées par le groupe. Puis les lignes de guitare tourbillonnantes et incisives de Malcolm Middleton viennent s’y greffer, créant une impression de genre musical inédit. « Une sorte d’incantation disco-metal », résume Moffat. « Avec un message de bonheur futur et de fraternité qui, avec un peu de chance, donnera envie de danser autant que de sourire. »

 

Sur le plan des paroles, ‘You You You’ illustre parfaitement plusieurs thèmes qui traversent l’album. « C’est une tentative de nous rappeler, à nous-mêmes comme aux autres, que le monde n’est pas uniquement peuplé de gens horribles », explique Moffat. « Des millions de personnes affrontent chaque jour les mêmes inquiétudes : la hausse du coût de la vie, la santé mentale et physique, le carnage et la tyrannie qui envahissent nos fils d’actualité, notre participation involontaire au complexe militaro-industriel ou encore la déformation permanente de la réalité. On a parfois l’impression que toute décence humaine a disparu. Il n’est donc pas surprenant que le découragement devienne notre état d’esprit par défaut. »

 

Mais si la chanson évoque ces difficultés et cette époque troublée, c’est avec une intention bien précise. « Elle a été conçue comme une sorte d’invocation », poursuit-il. « Une manière de faire surgir ces esprits obstinément insaisissables que sont l’espoir et la solidarité. »

 

Cette tension permanente entre légèreté et rudesse, entre rythmes entraînants et guitares rugissantes, reflète également la manière dont Arab Strap compose sa musique. « L’excitation vient du fait qu’Aidan et moi aimons et détestons des choses différentes », explique Middleton. « Certains éléments présents sur l’album ne sont pas forcément ceux que nous aurions choisis individuellement. Mais c’est justement ce qui me plaît tant. Ce n’est pas l’album que je voulais faire. Je ne pense pas non plus que ce soit celui qu’Aidan imaginait. C’est le résultat du compromis entre nous deux. Ce n’est peut-être pas exactement ce que chacun souhaitait, mais c’est ce qui fonctionne pour le groupe. »

 

Ailleurs, l’album s’aventure sur des terrains aussi éclectiques qu’électriques. ‘Glamour Magick’, par exemple, est né en grande partie de l’horreur que Moffat observe quotidiennement sur son téléphone. Le morceau prend la forme d’une satire sombre, presque digne de The Fall, de l’industrie du bien-être à l’ère des réseaux sociaux. À l’opposé, ‘Be a Man’, porté par des rythmes pétillants et un piano délicat, propose une réflexion touchante sur la paternité à l’époque de la manosphère et sur ce que signifie réellement devenir adulte.

 

‘Fighting for You’, inspiré d’une réplique tirée du roman satirique Les Universalistes de Natasha Brown, s’attaque quant à lui aux escrocs de l’extrême droite, au nationalisme de façade et aux dirigeants sans conviction. Les guitares féroces de Middleton renforcent la colère qui traverse le morceau. « Ça parle de certaines figures politiques et de démagogues dont je ne crois pas qu’ils défendent les intérêts de qui que ce soit, en particulier ceux des classes populaires », explique Moffat. « Mais j’essaie de le faire de la manière la plus ludique possible, pour que ce soit suffisamment divertissant sans sombrer dans la noirceur. »

 

Si l’album aborde de nombreux sujets lourds, du personnel au politique, Moffat tenait néanmoins à y préserver une forme d’optimisme. « Je pense qu’il y a de l’espoir là-dedans », affirme-t-il. « Et même une joie authentique. J’en étais très conscient, parce que le précédent album était vraiment sombre. »

 

Le thème le plus omniprésent reste toutefois celui du temps. « Le titre de l’album évoque un livre de contes de fées, jusqu’à ce qu’on arrive à la fin et qu’on réalise que je parle de vies interrompues trop tôt », explique Moffat. « C’est quelque chose qui s’impose naturellement lorsqu’on atteint la cinquantaine. On prend pleinement conscience qu’on est entré dans le dernier tiers de sa vie. Je pense que chaque chanson contient une réflexion sur le temps qui passe et sur la manière d’en faire le meilleur usage possible tant qu’il nous en reste. »

 

Il est assez remarquable qu’un album puisse naviguer entre disco, métal, post-rock et spoken word, tout en intégrant des touches de folk et d’électro, sans jamais perdre son identité. C’est précisément ce qui rend Arab Strap toujours aussi captivant aujourd’hui : le groupe conserve ses caractéristiques uniques tout en continuant à explorer de nouveaux territoires musicaux.

 

« Nous essayons constamment de nouveaux styles, mais ça reste toujours notre son », souligne Middleton. « Que ce soit un rythme de samba, une pulsation dance ou une batterie enregistrée en live, notre identité finit toujours par ressortir en studio. »

 

Pour Moffat, cette démarche résume parfaitement l’état d’esprit actuel du groupe. « La meilleure façon de célébrer notre anniversaire était de créer quelque chose de nouveau, d’intéressant et d’excitant à jouer », conclut-il. « La dernière chose que nous voulions, c’était devenir l’un de ces groupes légendaires qui passent leur temps à tourner en rejouant leurs anciens albums. »