LuxJury

Giving Up

Sortie le 27 mars 2026

Bella Union

Depuis qu’elle a quitté son précédent groupe, Nicole ‘Lux’ Fermie a fait son coming out en tant que personne queer, et son écriture s’en est trouvée profondément transformée. Elle puise désormais dans des expériences inédites liées à l’amour, au genre et à la sexualité — des réalités qu’elle n’aurait jamais pu imaginer auparavant.

 

« J’avais vécu la vie d’une musicienne toujours à court d’argent », raconte-t-elle sans détour. « Je sortais avec le batteur du groupe. On s’est séparés. J’ai réalisé que j’étais queer, je suis tombée amoureuse d’une femme, et j’ai fait une pause de plusieurs années dans la musique parce que j’avais l’impression que tout ce que j’avais écrit jusque-là sonnait faux. Il y avait tout un pan de ma vie que je n’avais pas vécu. Quand je suis revenue à la musique, j’avais enfin quelque chose à dire. »

 

À première vue, beaucoup de morceaux de Giving Up parlent de relations amoureuses — de leurs débuts exaltants comme de leurs ruptures les plus douloureuses. Mais au-delà de cela, l’album explore la quête de soi, la nécessité de creuser en profondeur pour faire émerger le sens véritable de son identité. En tant que femme queer, Nicole s’est découverte à travers les liens qu’elle a tissés avec les autres, et ces révélations constituent le moteur émotionnel du disque. Ce sont des chansons qui parlent spécifiquement de la manière dont les personnes queer aiment — et de la façon dont cette expérience peut servir de miroir au reste du monde, et non l’inverse.

 

« Le fil conducteur de l’album, c’est clairement ce que signifie vivre des relations marquées par une forme de précarité sociale », explique-t-elle. « Rien n’est écrit à l’avance. Il n’y a pas de scénario. Il existe une étrange forme de confiance qui n’a rien à voir avec ce que j’avais connu dans les relations hétérosexuelles. Et puis, il y a aussi le fait de sortir du moule. La société vous soutient tant que vous gagnez de l’argent, que vous avez des enfants et que vous contribuez à faire tourner l’économie. Cette pression existe, et quand on fait son coming out et qu’on accepte de s’en détacher, on devient capable de tout remettre en question. On réinterroge sa manière d’entrer en relation avec les autres — les amitiés, les relations sexuelles, celles qui ne le sont pas. Le cœur de cet album, c’est vraiment le lâcher-prise face aux attentes sociales. »

 

Rien n’incarne mieux ce rejet des normes que le plongeon dans la polyamorie, thème du titre d’ouverture, ‘Poly-Amerie’. Portée par des arrangements de cordes amples et des guitares puissantes et dynamiques, la chanson raconte une histoire de triangle amoureux : trois femmes qui tentent de vivre une relation ouverte tout en maintenant leur jalousie à distance.

 

« Le morceau parle des différences entre la façon dont les hommes et les femmes vivent les relations », explique Nicole. « Dans les relations entre femmes, on a parfois l’impression qu’on ne rompt jamais vraiment. Il existe un lien profond, presque étrange, qui persiste même quand les sentiments se transforment en rancœur. La séparation devient longue, étirée. ‘Poly-Amerie’, c’est la découverte de ces ruptures interminables que je n’avais jamais connues avec les hommes, où tout était plus net. » Écrit parmi les premiers morceaux composés avec LuxJury, ce titre marque sa première incursion dans un récit explicitement queer et donne immédiatement le ton de l’album.

 

Le premier single, ‘Hot Mess’, est une pièce indie au groove souple, flirtant avec le yacht rock, qui pourrait parfaitement s’échapper de l’autoradio d’une voiture filant le long de la Pacific Coast Highway. Le morceau évoque lui aussi une expérience queer très spécifique : la sensation de revivre l’intensité de l’adolescence lorsqu’on redécouvre sa sexualité à l’âge adulte. « On met complètement de côté le moindre réflexe d’auto-préservation », raconte Nicole. « On accepte de s’oublier totalement pour vivre ce premier amour queer arrivé tardivement, avec cette idée : «Je me lance à fond, quoi qu’il en coûte.» »

 

Cette trilogie s’achève avec ‘I Could Love You’, sans doute le titre le plus introspectif de Giving Up. Nicole admet volontiers qu’il lui est difficile d’en parler : le morceau agit comme un face-à-face brutal avec elle-même. « C’est la première fois que j’ai assumé une facette de moi dont je n’étais pas fière », confie-t-elle. « Je parle souvent des femmes comme de personnes attentionnées, mais ‘I Could Love You’ parle aussi de leur capacité à être cruelles. J’étais tombée amoureuse, puis j’ai cessé de l’être sans savoir comment m’en sortir. Je devenais amère, pleine de ressentiment envers la personne qui me faisait me sentir responsable d’elle. J’ai découvert quelque chose en moi que je n’avais jamais connu, et que je n’aimais pas. Alors j’ai écrit à ce sujet. »

 

« Honnêtement, la majeure partie de cet album, c’est moi en train de me remettre de ma première relation queer », reconnaît Nicole en conclusion. « Il n’y a rien de caché là-dedans. Je me sens comme une adolescente : ça devrait être un disque plein d’angoisse, mais s’il est sorti ainsi, c’est sans doute parce que j’ai un peu plus de recul aujourd’hui. »

 

Il s’en dégage pourtant une fraîcheur, une énergie jeune, exaltante — comme un voyage dans le temps vers les années lycée, avec la possibilité de réécrire l’histoire.

 

« Faire mon coming out en tant que femme queer m’a permis de mieux comprendre mon identité sexuelle féminine, que je percevais jusque-là comme davantage façonnée par la société que par moi-même. Cela a nourri les thèmes que j’explorais : comment les personnes queer vivent-elles leurs relations ? Comment traversent-elles les ruptures et les élans amoureux que les récits dominants ignorent, et qu’on apprend uniquement en les vivant ? »

 

En fin de compte, Giving Up ne parle pas d’abandonner ses rêves, mais d’apprendre à faire de la place pour de nouveaux horizons.