You Tell Me

Sortie le 11 janvier 2019

Memphis Industries

Peter Brewis, en tant que moitié de Field Music, aiguise son talent d’écriture de chansons pop depuis plus de quinze ans. De son côté Sarah Hayes a exploré la folk contemporaine en solo, ainsi que la pop indé par le biais de son groupe Admiral Fallow. Leur premier album éponyme, You Tell Me, le dernier à avoir été enregistré dans le vieux studio de Field Music, sortira en janvier via Memphis Industries.

 

Les deux compères de You Tell Me se sont rencontrés lors d’un concert en hommage à Kate Bush, et ils se sont tout de suite bien entendus. Sarah se souvient :  »J’admirais depuis longtemps Field Music quand j’ai rencontré Peter au concert. J’ai été ravie de découvrir qu’il ne jouait pas les divas, et que l’idée de travailler ensemble lui plaisait. » Peter, lui, a été  »scotché » par la voix de Sarah sur une reprise de  »This Woman’s Work », et a par la suite découvert pas mal d’échos de ce qu’il essayait de faire avec Field Music en écoutant son travail solo.

 

Sarah avait écrit exclusivement de la musique instrumentale et des arrangements jusqu’à ce moment-là, préférant souvent interpréter les paroles des autres ou travailler sur des chansons traditionnelles.  »J’ai toujours aimé les mots, mais je n’avais jamais envisagé d’être parolière. » Initialement Peter devait produire le travail de Sarah, mais lorsqu’elle lui a envoyé des chansons qu’elle avait écrites, ils ont choisi de former un groupe. Ils ont discuté des artistes qu’ils aimaient tous les deux, comme The Blue Nile, Jon Brion, Rufus Wainwright, Tortoise, Randy Newman, et se sont mis au travail.

 

En alliant leurs talents de composition individuels, ils ont créé un disque qui a à la fois ses propres styles et une toute nouvelle voix. En écrivant les chansons et les textes à deux, Peter décrit leur travail comme  »une sorte d’album personnel double ». En termes de sons, l’album est subtilement façonné, doté d’un sens de la composition riche et complexe, aux cordes planant sur plusieurs couches de claviers et percussions, et aux mélodies vocales battant douillettement à l’unisson. C’est un album classique de compositeur de chansons à première vue – parfaitement exécuté, aux chansons et arrangements riches, avec une somptueuse interaction des voix –, et pourtant il a un style contemporain, sans aucune nostalgie.

 

A propos des paroles, Peter dit :  »La plupart des chansons semblent constituer des conversations, évoquer le fait de parler ou de ne pas parler. » Sarah le rejoint :  »Le sujet de la communication – parler et écouter, deviner et interroger – plane constamment sur cet album, et sur moi en général. C’est un thème auquel je pense beaucoup. » C’est d’ailleurs logique puisque cet album est essentiellement une conversation musicale entre deux récents collaborateurs et amis, un échange perpétuel de nouvelles idées, d’influences communes, et l’annihilation des sentiments intérieurs.

 

L’album représente une lutte au niveau personnel, mais un sentiment de joie sans retenue au niveau collectif, selon Peter.  »Je pense que nous traversions tous les deux, personnellement, des changements lourds et difficiles, mais nous essayions de nous amuser en même temps. Il y a eu un moment où faire ce disque a probablement été une façon de s’échapper du reste. Nous pouvions nous faire plaisir grâce à ce que nous faisions, et à la manière dont nous le faisions. »

 

Côté morceaux,  »Get out of the Room », titre acoustique sombre et discret émaillé de notes de saxophone,  »parle de la jalousie, du manque d’assurance, et de leur capacité à alimenter le ressentiment, la colère et même une forme de désir », raconte Peter.  »Invisible Ink » propose des lignes de piano tout du long, un joli refrain, et, selon Sarah, ce titre aborde  »es attentes des gens et la façon dont ils les vivent individuellement ». A propos de  »Water Cooler », Peter explique :  »J’ai seulement imaginé deux collègues de bureau qui n’arrivaient pas à se parler autour de la fontaine à eau. Il n’y a vraiment pas de métaphore. » Le titre  »Clarion Call », inspiré par le groupe Fairport Convention, parle de  »la notion d’attente : se sentir prêt à se lancer dans l’action, à se libérer de toute peur ou inquiétude, et se rendre compte finalement que ça vaut le coup de persévérer malgré les obstacles. »

 

Tandis que le sujet abordé peut parfois être personnel et explorer les échanges conflictuels ou difficiles autour d’un tourment intérieur, une beauté exaltante émane de ce disque ; une impression d’horizons nouveaux, une envie d’aller de l’avant plutôt que de rester bloqué dans le passé. Une telle implication personnelle dans un projet de la part de deux artistes qui travaillaient pour la première fois ensemble pour parvenir à créer quelque chose de cohérent et d’assuré fait de cet album une remarquable réussite musicale.