The Nightcrawlers

The Biophonic Boombox Recordings

Sortie le 23 février 2018

Mexican Summer

The Nightcrawlers explorent la musique électronique ambient des années 1980 de Philadelphie avec un album profond, varié et inattendu, The Biophonic Boombox Recordings. Ce disque rassemble les enregistrements faits maison et auto-produits du trio kosmische, sortis sur plus de 35 cassettes entre 1980 et 1991.

 

Enregistrées en totale improvisation dans le micro d’une JVC Biphonic Boombox, ces performances n’ont jamais été sorties dans un autre format que l’original, et sont d’ailleurs épuisées depuis que Peter D. Gulch en a eu assez de les copier sur des cassettes vierges pour les envoyer par courrier, sous son label Synchronos, et les vendre à des concerts. En version restaurée et recalibrée, la musique de The Nightcrawlers bénéficie d’une qualité et d’une accessibilité jamais égalées.

 

Les membres de The Nightcrawlers étaient à la fois le sel de la terre (Peter Gulch était chimiste, son frère Tom était facteur et le troisième membre plus jeune Dave Lunt était graphiste) et des techniciens excentriques (particulièrement en termes d’innovation MIDI). Ils ont créé un son évoquant la grandeur des pionniers allemands de la musique synthétique de la décennie précédente, comme Tangerine Dream et Klaus Schulze, tout en reflétant leurs influences classiques, en particulier le minimalisme et la structure schématique de la musique de Steve Reich et de Philip Glass. C’était la musique dont les frères Gulch et Lunt se gavaient à Philadelphie, via WXPN, station de radio de l’université de Pennsylvanie, et le Painted Bride Art Center, deux soutiens ultimes et forts du groupe.

 

Leur matériel entassé dans la Coccinelle de Peter (qui n’avait qu’un siège pour pouvoir ranger les claviers les uns sur les autres), le trio se produisait dans des galeries, des ateliers d’artistes comme le Painted Bride, des églises, en improvisant (souvent dans le noir complet), avec une intuition et une alchimie impressionnantes, laissant un public dans un état second. Peter a d’ailleurs fait une longue énumération du matériel qui recouvrait la scène du groupe en live pour l’édition été 1985 du magazine Syne : trois Roland Jupiter-6, un Korg PolySix, un Korg Poly-61, un Crumar DS-2, un Korg Poly-800, un Korg EX-800, un Korg MP-4, un Roland MSQ-100, un Roland TR-808, et un SH-1, un SH-101, un MC-202 et un TB-303 toujours de Roland, quelques pédales à effets et une boîte à rythmes Electro Harmonix Super Space Drum. Cet arsenal – toujours intact, mais plus utilisé depuis plusieurs décennies – allait bien sûr s’agrandir par la suite.

 

Quand The Nightcrawlers ne se produisaient pas sur scène, ils répétaient et enregistraient dans le garage de Tom, où la majorité de la musique de The Biophonic Boombox Recordings a été créée. Au dire de l’un de leurs collaborateurs, ils ont essayé de faire tenir chacun des morceaux improvisés sur une face d’une cassette de 60 minutes. On peut se demander pourquoi ces savants fous, obsédés par la performance et la fidélité, ont enregistré la plus grande partie de leur musique sur une boombox, et n’ont jamais fait de tournée officielle. Peter a une réponse plutôt directe : « Je n’aime pas du tout le travail en studio. Ça revenait à me planter un pic à glace dans l’oreille. » De la même façon, malgré l’enthousiasme de Dave pour les opportunités qu’offrait une tournée, les frères Gulch hésitaient à mettre de côté leurs vies professionnelles, même s’ils avaient acquis assez de matériel de pointe pour ridiculiser les aspirations de Duran Duran – pour lesquels l’ancien groupe de new wave de Dave avait d’ailleurs un jour assuré une première partie.

 

Le son de l’album reste le type le plus rare de musique outsider, farouchement anti-carriériste, mais aussi techniquement excellente, jouée avec émotion, réfléchie, et saine (même si elle est peu conventionnelle). Tandis que leurs contemporains se dirigeaient vers un avenir dance pour la musique électronique, The Nightcrawlers ont continué d’avoir foi en la musique cosmique, classique, ambient, et ont laissé une œuvre vaste, en grande partie inédite, qui attire l’attention sur une scène riche, aujourd’hui oubliée, qui aurait dû résonner davantage à l’époque.