The Dream Syndicate

The Dream Syndicate
These Times

Sortie le 3 mai 2019

ANTI-Records

Il y a deux périodes distinctes chez The Dream Syndicate. D’abord le groupe aux line-up perpétuellement renouvelés, de 1982 à 1988. Ils ont fait quatre albums, dont The Days of Wine and Roses et Medicine Show, tous deux présents dans les best-of de l’époque, qui ont influencé de nombreux autres groupes et ravi les fans durant des années.

 

Le groupe s’est ensuite reformé en 2012, et aujourd’hui cette seconde période est la plus longue des deux, pratiquement sans aucun changement dans le line-up. Cette version du XXIe siècle de The Dream Syndicate a sorti How Did I Find Myself Here en 2017. Un succès mondial pour ce groupe reformé après presque trente ans. On peut difficilement trouver d’autres exemples de groupes reformés qui ont sorti un album à la hauteur de leurs premières productions.

 

Steve Wynn, chanteur, guitariste, compositeur et fondateur du groupe, raconte : « J’avais trouvé qu’on avait fait un bon boulot sur le dernier album, en faisant référence à qui nous étions et à ce qu’on avait fait la première fois, tout en apportant de la nouveauté, de la fraîcheur. C’est un équilibre complexe. Si l’on oublie le passé, on se contente d’utiliser le nom du groupe par confort, et si l’on s’y complait un peu trop, alors on devient une parodie – on devient ses propres Rutles. On a fait ni l’un ni l’autre. On était fiers de l’album, et c’était super que les fans des premiers temps et les nouveaux fans ressentent la même chose. On a pu monter sur scène et jouer principalement nos nouvelles chansons, ça nous a vraiment fait plaisir de voir que le public connaissait l’album et que c’était ces nouveaux titres qu’il était venu écouter. »

 

Après ce retour et une tournée d’un an, The Dream Syndicate avaient toute la liberté qu’ils voulaient pour explorer de nouvelles choses, pour creuser plus loin. Leur nouvel album, These Times, (sortie le 3 mai via ANTI-) est comme une émission de radio nocturne qu’on aurait entendue quand on était petit en s’endormant, et en se demandant le lendemain si c’était réel.

 

« C’était comme ça que j’aimais écouter de la musique », dit Wynn. « La radio sous l’oreiller, KPPC-FM à Pasadena qui passait the Persuasions, Van Morrison, Captain Beefheart, Miles Davis, Neil Young, Yes, Curtis Mayfield et Roxy Music. Tout est cohérent en fin de compte, un ragoût embrouillé et psychédélique qui a du sens précisément parce qu’il est très tard, à l’heure où la conscience et la volonté nous laissent absorber sans filtre ni peur. Une immersion totale dans un autre monde. »

 

Alors, ça sonne comment ? Si How Did I Find Myself Here était un disque de dix heures du soir, tout en explosion cathartique et fanfaronnade, alors These Times est son frère de deux heures du matin, plus versatile, plus vif, le groupe devenant DJ de sa propre émission de radio nocturne, dissertant sur le concept de ce que serait l’album de The Dream Syndicate à ce moment précis. C’est Radio DS19.

 

« Quand j’écrivais les chansons du nouvel album, j’étais obsédé par “Donuts”, de J-Dilla. J’adorais son approche en tant que DJ, découvreur de pépites, fou de musique qui voulait mettre en valeur toute la musique qu’il aime, la retravailler, pour se l’approprier. Je bidouillais avec des séquenceurs, des boîtes à rythmes, des boucles – n’importe quoi pour me sortir de mon processus d’écriture habituel et essayer de faire comme si je bossais sur une compilation plutôt que sur “encore la même chose”. On peut peut-être pas rapprocher tout de suite The Dream Syndicate et J-Dilla, mais j’entends son album quand j’écoute le nôtre. »

 

Le line-up du dernier album a été conservée : Wynn, Jason Victor, Mark Walton, Dennis Duck and Chris Cacavas. Mais la cerise sur le gâteau cette fois, c’est la présence de Stephen McCarthy des Long Ryders aux chœurs de la plupart des chansons. Il ajoute de la nouveauté et du rêve, comme il l’avait fait sur Medicine Show à l’époque. Linda Pitmon (Filthy Friends, Arthur Buck, The Baseball Project) joue également les choristes. « On a enregistré tous les chœurs en une journée, le dernier jour, et ils ont tout transformé – ils ont leur place sur l’album au même titre que n’importe quel autre instrument. On n’a jamais été un groupe d’harmonie, mais cette fois ça a changé. »

 

Le groupe a enregistré à nouveau aux studios Montrose à Richmond, en Virginie. L’album a été coproduit par John Agnello (Phosphorescent, Waxahatchee, Hold Steady, Dinosaur Jr et plusieurs des albums de Wynn). « Comme presque toutes les chansons ont été écrites l’année dernière, tout nous paraît encore très nouveau, c’est très excitant », explique Wynn. « Comme la dernière fois, j’ai écrit les paroles après la musique pour que ce soit elle qui dicte les mots et non l’inverse. »

 

Alors, de quoi parle cet album ?

 

« These times, de notre époque. C’est tout. On ne parle que de ça, on ne pense qu’à ça. On ne peut pas fermer les yeux sur la panique existentielle d’un monde qui va à cent à l’heure, qui évolue, et qui change de cap toutes les heures. Ce serait mentir de ne pas parler ou réfléchir à ces choses auxquelles on pense constamment – le monde entier est là, à regarder. Les paroles sont le reflet de la terreur, la panique, la folie, la spéculation, la mélancolie puis enfin l’abandon, l’indifférence qui finiront peut-être par prendre le pas. Il s’agit de savoir où on en est. »

 

L’histoire de The Dream Syndicate est longue et riche. Mais où sont-ils aujourd’hui ? Ils sont là. Ici. In These Times.