Sir Was

Holding On To A Dream

Sortie le 20 septembre 2019

Memphis Industries

Il aura fallu quinze ans d’auto-motivation à Joel Wästberg pour enfin sortir sa musique. Ayant grandi dans une petite ville de la côte ouest de la Suède, ce rêve de musicien s’était éloigné, mais il est revenu sous la forme de l’EP Says Hi en 2016 et du premier album très apprécié Digging a Tunnel en 2017.

Toutes ces années passées à écrire et à enregistrer pour lui uniquement, ainsi que les réactions qui ont suivi ses premières sorties ont changé quelque chose chez Wästberg, remplaçant la nervosité qui l’empêchait d’avancer par de nouveaux désirs. « Faire cet album m’a délivré de la peur d’être jugé. J’ai fait mon premier album sans savoir si un “vrai” label me suivrait. J’ai été frappé par le nombre de gens qui ont vraiment entendu ma musique – je le suis toujours. »

Deux ans après ce premier album, le producteur de Göteborg revient avec une toute nouvelle série de chansons, Holding on to a Dream. Ce nouvel album est empreint de cette nouvelle confiance en soi, les obstacles qu’il a franchis l’ont mené sur un chemin spectaculaire bordé de prairies électroniques denses, de nouveaux schémas et de nouvelles couleurs miroitantes. C’est une célébration de la conviction, un disque qui met Wästberg dans la lumière.

« Je suis prêt à faire preuve de plus de franchise, de clarté. Je ne cherche plus à faire plaisir à tout le monde. Je me suis rendu compte que ce que j’écris – ou n’écris pas – dans mes paroles n’est pas si important que ça. Les chances de toucher quelqu’un sont plus grandes que le risque de méprise. C’était une source d’angoisse avant, mais j’ai moins peur d’être mal compris à présent. Je craignais tellement de fournir mes paroles avec le premier album, mais cette fois je vais les inclure dans le livret du disque. Si une personne y trouve du sens, alors j’aurai atteint mon objectif. »

Ecrit, enregistré et produit par Wästberg – puis mixé, une nouvelle fois, par Henrik Alser dans une petite cabane de la campagne suédoise – Holding on to a Dream est personnel, mais pas privé, un compte rendu détaillé de la vie de Wästberg, des relations trouvées et perdues, et c’est aussi une collection de thèmes universels : l’amour, la peur, et nos éternelles tentatives d’établir un lien avec les autres. « J’essaie d’aborder les éléments de base de la vie. Pas plus, pas moins. Je ne peux explorer que ce que je connais, mais je suis convaincu que si l’on creuse profondément, cela résonnera chez d’autres personnes. »

Passer d’un studio en centre-ville à une banlieue calme a eu une grande influence, amenant Wästberg à se concentrer davantage sur le monde au-delà de ses murs plutôt que sur celui qu’il se créait dans son cocon. « Le premier album a été fait dans ce qu’on pourrait définir comme un espace de répétition, avec juste un micro – très lo-fi. Cet espace se situait à côté des trams qui parcouraient la ville, il y avait pas mal de bruit, il fallait donc que moi-même je fasse du bruit pour couvrir les sons extérieurs. Le nouveau studio m’a permis de faire ma musique dans le silence. Les soirées sont très calmes là-bas, je pouvais travailler seul sans être dérangé. Ça m’a donné plus de latitude pour façonner le son de l’album. Je pouvais me permettre d’être beaucoup plus délicat. »

Holding on to a Dream n’est pas pour autant un album calme. C’est un mélange envoûtant de genres – de la soul classique, du hip-hop old school et de superbes structures pop. C’est un album aventureux qui fourmille d’idées, un immense pas en avant. « Je recherchais un son plus riche. Avec le premier album, j’avais cette envie de le faire sonner comme un vieux vinyle. Je voulais un son lo-fi, old school. Quand je me suis rendu compte que j’allais vraiment faire un autre album, j’ai eu un peu peur, mais j’ai vite compris que je devais faire quelque chose qui avait du sens pour moi. J’ai compris qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur. Je suis prêt à explorer davantage. »

Le sens de l’exploration habite tout l’album, il commence et finit avec lui. Le titre d’ouverture, « Fly Away », entame l’expédition, ses beats subtils et ses explosions crues de guitares surgissent : “All I wanna do is fly away”, chante-t-il. “Show them who you are / singing out of joy, out of pain, out of love / Been holding on to dream just a bit too long.” Le dernier titre de l’album, « Pin Me Down », est tout aussi touchant, l’espoir auquel on se raccroche qui finira par enfin nous libérer, sa composition poignante monte progressivement pour culminer dans une explosion de couleurs.

Le titre « No Giving Up » est un émouvant et tendre album de souvenirs d’une relation passée, un brillant exemple du talent de compositeur de Wästberg. « The Sun Will Shine » montre une autre facette du talent de Joel, une production joyeuse regorgeant d’idées inspirées et de nuances ; une douce brise dans la chaleur de l’été.

Le moment le plus puissant de l’album porte le nom de « Deployed », une collaboration avec Yukimi Nagano, de Little Dragon. « Little Dragon et moi nous connaissons depuis de nombreuses années, ils m’ont été d’un grand soutien quand j’ai sorti mon premier album. Je me souviens que Yukimi me demandait souvent si je faisais ma propre musique. Un jour, je travaillais dans une petite pièce dans un studio, et Little Dragon étaient à l’étage au-dessus. Yukimi est venue frapper à ma porte et m’a demandé si elle pouvait écouter ce que je faisais. Je lui ai joué quelques-unes de mes chansons, et elle a dit : “C’est génial, fais écouter ça au monde !” C’était avant mon premier album. C’est donc totalement logique d’avoir Little Dragon sur ce single. »

Magnifiquement brillant et sincère, « Deployed » est probablement la chanson pop la plus vivante jamais sortie par sir Was. « Au moment où je pensais avoir terminé ce nouvel album, cette chanson est arrivée et m’a pris par surprise. J’ai tout de suite entendu la voix de Yukimi, il fallait que je lui demande de chanter. Je lui ai envoyé le titre, elle a répondu qu’elle adorerait chanter dessus, alors je suis allé à leur studio et elle a écrit quelques lignes basées sur mon couplet et sur le refrain de la chanson. La chanson a été terminée très vite. C’était vraiment fun. »

 

« Deployed » montre parfaitement l’évolution Wästberg. Récit sincère de relations, savoir quand laisser tomber et quand se battre pour elles, Holding on to a Dream, à l’instar des vieux disques de soul qui ont tant marqué Wästberg, signifiera beaucoup de choses aux chanceux qui s’immergeront totalement en lui. « Cet album parle des choses qui se passent dans ma vie. En le réécoutant, je trouve que les paroles et l’ambiance générale résument une sorte de noyau dans l’album. Il s’agit de savoir ce que j’attends d’un rêve, et pourquoi. C’est en quelque sorte un rêve qui m’a hanté toute ma vie. D’être quelqu’un. De montrer au monde et à moi-même que je n’ai pas échoué. De me sentir libre. D’être heureux. De ne pas m’inquiéter constamment, comme n’importe qui d’autre. Ces choses sont très importantes pour moi, et j’espère que ça signifie qu’elles sont importantes pour d’autres personnes. La plupart d’entre nous savons combien la musique est salutaire, peut nous aider à maintenir la tête hors de l’eau. Par-dessus tout, je voudrais faire de la musique qui aide à avancer – quels que soient les objectifs de chacun. »