Sam Vance Law

Homotopia

Sortie le 2 mars 2018

Caroline

« Plusieurs choses me frustraient, en particulier la musique queer/gay que j’entendais », explique Sam Vance-Law en parlant de ce qui l’a poussé à réaliser HOMOTOPIA, un premier album franchement direct. « Elle semblait être axée autour de deux thèmes : la victimisation et la fierté. Thématiquement et musicalement, cela paraissait assez pauvre, et le mouvement des droits homosexuels évoluait rapidement. Qui a encore des relations sexuelles avec des inconnus dans les toilettes publiques ? Qui fait son coming out à quarante ans ? Quand on regarde Paris Is Burning, on voit un mode de vie qui a complètement disparu. Au fil de plusieurs histoires, j’ai voulu retranscrire ce que c’est d’être gay aujourd’hui, sans porter aucun jugement (enfin, autant que possible), et peut-être le faire sur un ton suffisamment polémique pour que les gens s’intéressent à ces histoires et à ces comportements. »

 

Il n’y a pas si longtemps, le monde semblait prêt à accepter les modes de vie « non-conformistes ». Mais en très peu temps, il semble que les libertés que nous pensions acquises soient devenues plus fragiles que jamais, le sectarisme et l’intolérance devenant soudain des discours légitimes. HOMOTOPIA est donc un album en phase avec son temps, qui offre une série d’instantanés candides et frappants de la vie homosexuelle au XXIème siècle. Courageux, franc et intelligent, il dévoile un artiste trentenaire qui pose ses histoires d’amour, de désir, de violence et de bébés sur des musiques ingénieuses.

 

De la musique de chambre de « Wanted To » à la ballade « Stat, Rap » en passant par le très indie « Prettyboy », le charmant « Gayby », le titre hallucinogène « I Think We Should Take It Fast », le rageur « Faggot » ou la satire touchante de « Narcissus 2.0 », HOMOTOPIA est un véritable exercice de pop lettrée encré dans la tradition classique. Voilà un disque proche de ceux de John Grant, The Magnetic Fields et Father John Misty, mais qui ose également s’inspirer entre autres du théâtre, de l’opérette et de la pop orchestrale. Etant donné le parcours de Vance-Law, cela n’a rien d’étonnant…

 

Vance-Law est né à Edmonton au Canada. A cinq ans, il déménage à Oxford en Angleterre, où il fait partie du célèbre New College Choir, avec lequel il chante cinq fois par semaine en parallèle de ses leçons de violon (après avoir commencé le alto à quatre ans). « On se dit que lorsqu’on est intéressé par quelque-chose, cette chose parait inéluctable », sourit-il, « mais c’est là qu’est né pour moi un amour de la musique qui, même s’il a changé avec le temps, ne m’a pas encore quitté. » Après trois ans dans l’un des pensionnats les plus huppés d’Angleterre (« je pense vraiment qu’à cet âge-là, j’aurais eu du mal dans n’importe quelle école », avoue-t-il), Vance-Law rentre au Canada à 16 ans avec sa famille. C’est là, après avoir commencé des études en littérature anglaise, qu’il commence à élargir ses horizons.

 

A 23 ans, Vance-Law revient en Europe, où il s’installe d’abord à Paris avant d’explorer Berlin, une décision qui s’avèrera capitale. « Au bout de 24 heures, j’avais décidé de m’installer là-bas », explique l’intéressé. « La ville m’a offert l’espace dont j’avais besoin pour décider ce que je voulais faire de ma vie ». Trois ans plus tard, un voyage à Ummanz, une ile de la mer baltique près de la côte allemande, inspirera l’artiste, qui écrira les chansons de son album en seulement quatre jours. De retour à Berlin, il terminera les arrangements avant de rassembler l’argent nécessaire à l’enregistrement de trois premiers titres, puis de répéter le processus sans se presser jusqu’à ce que l’album soit terminé. « Le disque était censé être uniquement pour moi », explique-t-il. « Je n’avais pas du tout prévu que ça devienne autre chose qu’un projet personnel avec lequel je m’amusais bien. Et puis les gens ont commencé à me dire qu’ils aimaient. » Parmi ces personnes se trouvait le producteur Konstantin Gropper, également connu sous le pseudo de Get Well Soon. C’est lui qui a aidé à coproduire l’album.

 

Bien que les dix chansons d’HOMOTOPIA soient écrites à la première personne, Vance-Law prend soin de souligner qu’elles sont « basées sur des histoires que j’ai lues ou entendues. Aucun des personnages ne devrait être pris au mot, mais une partie de l’importance de ces histoires, ce sont ces vérités personnelles qui n’ont rien d’objectif. » Sur HOMOTOPIA,

 

aborde de plein front ce que certains considèrent encore comme des tabous, toujours avec sincérité, jamais sur un ton moralisateur, et parfois avec un certain humour. C’est un album honnête qui ne cache rien, et c’est tant mieux. Un album audacieux comme peu aujourd’hui, à la fois provocateur et réfléchi, ludique et chaleureux. « L’objectif avec ce disque », conclut-il, « c’est de mettre en avant la question de l’égalité. Il s’agit de tester le public et sa capacité à se retrouver dans les histoires que je raconte. Il s’agit de faire appel à l’empathie et à la compassion comme réponse primordiale à toute rencontre avec une personne ou une situation, et non comme un luxe dont on ne ferait usage qu’avec parcimonie quand on en a envie. »

 

Destiné à galvaniser, à éclairer et à choquer, HOMOTOPIA pourrait bien être l’un des albums les plus audacieux de l’année.