Pill

Soft Hell

Sortie le 28 septembre 2018

Mexican Summer

Soft Hell, deuxième album de Pill, est une missive bruyante et explosive venue tout droit de New York, animée par la folle ingéniosité de quatre personnes capables de trouver joie et amusement évidents dans l’humour noir et caustique. A l’image du titre de l’album, qui fait référence à notre acceptation des malheurs de la vie quotidienne, c’est un tas de dichotomies, une frénésie rigolote. Le saxophone, les larsens lustrés, aux accents pastoraux, et les crochets au venin subtil s’écoulent.

 

Les paroles de Pill sont graves et drôles, énigmatiques et directes, mais jamais didactiques. La chanteuse et bassiste Veronica Torres, poète et artiste visuelle, a cité comme influences Jiles Perry « The Big Bopper » Richardson et Ian Svenonius, des références qui conviennent parfaitement à son très large éventail expressif. Sur le fracassant titre d’ouverture « A.I.Y.M. », elle utilise un narrateur ambigu afin de brouiller les stéréotypes de genre, tandis que « Fruit », improvisation froide, explore la paralysie de l’angoisse politique. « Que suis-je autorisée à créer ou détruire ? », demande-t-elle dans « Power Abuser », soulignant combien il est stupide de devoir demander la permission.

 

Pill méprisent l’autosatisfaction, en politique comme en création. « Pour moi, ce groupe est provoquant par le son », explique le saxophoniste Benjamin Jaffe. Le batteur Andrew Spaulding a dit que le titre de l’album, Soft Hell, critiquait le cliché « work-to-play » de la vie new-yorkaise, avec son insensée et compétitive quête du confort. Torres a ajouté qu’il évoquait le bondage, décrivant « Soft Hell » comme une référence à la monotonie cyclique des humains se blessant les uns les autres.

 

Le titre est aussi en lien direct avec la thématique globale de l’album, à savoir la culture des gros titres, qui fait que l’information est tout de suite vidée de tout contexte et se répand rapidement comme de la propagande. Mais Pill ne veulent pas faire de leur musique une « tribune ou un manifeste », comme le souligne Spaulding. « Qualifier cette musique de politique en 2018 est tout simplement redondant. »

 

Le psychédélisme expansif et noirci du son initial de Pill – texturé par les instruments faits maison et les effets customisés du frère du guitariste Jon Campolo, Nick –, a pris la forme de quelque chose de plus dense, plus espiègle, tout en restant évocateur. C’est aussi le travail le plus mélodique du groupe, avec de nombreuses accroches.

 

Les chansons de Soft Hell comme « Plastic » montrent une sorte d’humour précis mais décalé que l’on trouve rarement chez leurs pairs. De la même façon, la couverture de l’album associe un chien majestueux jouant du piano et un nuage d’explosion atomique en forme de champignon. Cette illustration est l’œuvre d’un ami d’enfance de Spaulding, qui à son retour de service militaire en Afghanistan a fondé War Paints, association dédiée à la promotion de créations artistiques de vétérans.

 

Pill ont débuté en 2015 avec la sortie d’une cassette éponyme sur Dull Tools, label dirigé par des amis, Chris Pickering (Future Punx) et Andrew Savage (Parquet Courts), dont les guitares pour enfants Fisher-Price (baptisées « Sheila 1 » et « Sheila 2 ») apparaissent sur les premiers enregistrements. Pill ont ensuite sorti un 7 » pour Mexican Summer, avec des chansons commandées pour le film d’art d’un ami (la musique couvre l’ouverture des portes de l’enfer), puis le très apprécié LP Convenience, également pour Mexican Summer.

 

La première fois que les quatre membres de Pill se sont retrouvés dans la même pièce, ils ont communiqué par des sons, et non la parole ; Jaffe est entré en jouant du saxophone, Campolo a immédiatement répondu avec sa guitare. Soft Hell, à l’instar de son prédécesseur Convenience, est chargé de ce sentiment de libre-association, où les musiciens trouvent toujours une place pour les subtilités intuitives et les interactions mélodiques, même dans les compositions les plus dépouillées. Ils jouent du post-punk, peut-être du no wave, en tout cas presque toujours en repoussant les limites de la création.