Malihini

Hopefully, Again

Sortie le 1er mars 2019

Memphis Industries

Le duo pop lo-fi Malihini sortira son premier album, Hopefully, Again, le 1er mars 2019 sur Memphis Industries. Cet album a été produit par Richard Formby (Wild Beasts, Ghostpoet, Darkstar), écrit en Sicile et enregistré aux studios Giant Wafer au pays de Galles.

 

Le nom « Malihini » signifie « nouveaux venus » ou « novices » en hawaïen, néanmoins l’approche musicale du groupe évolue autour des expériences vécues et d’une intelligence émotionnelle acquise avec le temps. Leur univers musical désarmant est très distinctif, et résonne pourtant avec la sophistication d’une pop européenne moderne, comme celle de Charlotte Gainsbourg, Jose Gonzales et Our Broken Garden. En écoutant les dix chansons co-écrites qui constituent l’exquis Hopefully, Again, on peut parfois avoir la sensation d’assister aux dialogues émotionnels intimes d’un couple, ce qui représente l’innocente sincérité de l’écriture du duo. En utilisant des arrangements texturés à la fois riches et minimaux (« Une composition classique alliée à une électronique réduite », selon Clash), de subtiles accroches mélodiques et moult refrains qui restent dans la tête, Malihini transforme le personnel en universel en faisant preuve d’une éloquence délicieusement naturelle.

 

La notion de l’art imitant la vie se reflète dans l’histoire de Malihini, qui ressemble au scénario d’un road-movie de Wim Wenders. Le couple s’est rencontré en 2015, Speziale rentrait à Rome en voiture et a pris une Caiozzo angoissée en stop à 5 heures du matin. « Je l’ai ramenée chez elle, elle avait de gros problèmes avec son ex-petit ami », se souvient Speziale. « Je ne l’ai revue que deux ou trois mois après, par hasard, à un concert. Au début on s’est un peu évités… et puis on a fini par se parler pour finalement rentrer ensemble chez elle plus tard. On ne s’est pas quittés depuis. » Caiozzo qualifie le moment de sa rencontre avec Speziale de « moment d’abandon ». L’idée de travailler ensemble, quant à elle, a mis du temps à germer. « J’ai toujours été attirée par les musiciens et les chanteurs », raconte Caiozzo en toute franchise, « mais nous avions décidé dès le départ de ne pas jouer ou chanter ensemble. Puis nous sommes partis en voyage en Italie, en Allemagne et en Pologne et on a fini par se dire “Pourquoi pas ?”. On a donc commencé à écrire des idées de chansons et on a joué ensemble dans des petits bars. »

 

Le parcours individuel des deux membres de Malihini renforce le thème cinématique et romantique. Caiozzo est née en Sicile, de parents italien et polonais. Elle emménage à Rome en 2009 pour étudier la musique, travaille sa voix rauque caractéristique, puis débute une bonne carrière solo sous le nom de Thony. Son succès lui vaut d’être contactée par le réalisateur Paolo Virzì pour participer à la bande originale de son film, Tutti i tanti giorni, en 2012. Impressionné par son travail, Virzì lui confie même le premier rôle de son film. Le Romain Speziale a également fréquenté les plateaux de tournage pour le cinéma et la télé, à la fois comme acteur et comme compositeur de bande originale. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer.

 

Le couple commence à construire son avenir en 2016, en se consacrant exclusivement à Malihini. Il signe avec l’estimé label Memphis Industries, basé à Londres. La première sortie est un single hypnotique, « Miss », à la fin de l’année, puis un autre, « Wait », au printemps 2017, suscitant grandement l’intérêt de la blogosphère. Un EP, « Lose Everything », sort ensuite en septembre ; construit, selon Speziale, pour « capturer ce moment où on écrit pour la première fois ensemble, où on offre sa vulnérabilité à quelqu’un d’autre ». Les titres ont été enregistrés dans la maison d’un égyptologue, dans le sud de Londres, sous la supervision du producteur Richard Formby. D’abord promu par Loud and Quiet, l’EP est vite mis en avant par d’autres médias comme Stereogum et The Line of Best Fit. Malihini se fait connaître également grâce à des concerts en tête d’affiche et une première partie pour Warpaint.

 

La machine étant lancée, le processus continue avec la sortie du premier album Hopefully, Again. Les enregistrements se déroulent cette fois aux studios Giant Wafer dans la région du Powys, au pays de Galles (« Juste nous et quelques moutons et poulets », se souvient Speziale). L’album est enregistré rapidement, Speziale et Caiozzo jouant la plupart des instruments live, aidés une nouvelle fois par Richard Formby et leur ami batteur de longue date Alberto Paone. L’écriture avait eu lieu plus tôt dans l’année au cours d’une longue retraite sur l’île de Vulcano, dans l’archipel des Eoliennes, au large de la Sicile. Des images, des atmosphères autour de la mer et de son bleu habitent logiquement les chansons de l’album. Speziale explique : « Nous avons toujours voulu un nombre restreint d’instruments. Nous écrivons en nous accompagnant uniquement d’une guitare, d’un clavier Casiotone, d’un synthétiseur pour enfant et d’une boîte à rythmes. Nous commençons généralement par des boucles, ensuite nous improvisons des mélodies par-dessus, puis nous les laissons reposer pendant trois ou quatre heures. » Les paroles viennent plus tard. « Certaines des chansons s’inspirent d’événements personnels qui se sont produits dans notre vie, mais il arrive que j’imagine des choses du point de vue de quelqu’un d’autre », raconte Speziale à propos des récits en apparence naïfs et très personnels de Malihini.

 

Que les chansons soient personnelles ou non, elles demeurent intrigantes et terriblement séduisantes, elles naviguent toujours habilement entre lumière et ténèbres émotionnelles. La preuve avec le title track « Hopefully, Again » : ses percussions langoureuses et sa ligne de guitare électrique murmurent comme dans une sorte de conversation entre deux amants – Caiozzo assure le premier couplet, Speziale le deuxième, puis les deux chanteurs unissent leurs voix sur le refrain entêtant « Love is Coming Back ». « Ca parle du moment où on se plaît vraiment l’un et l’autre. Quand on essaie d’être quelqu’un dans le regard de l’autre. » Le titre suivant, « Delusional Boy », avec un optimisme rayonnant (« un sentiment d’évasion de l’esprit », selon Caiozzo), des beats soutenus et une guitare presque africaine, bénéficie également d’un refrain, « Delusional Boy/Delusional Girl », bercé par une mélodie vocale euphonique.

 

L’album se termine avec « Song #1 », dont le nom pourrait évoquer une première composition à quatre mains née au cours de leur périple en Allemagne. Une ballade qui se construit lentement pour finalement s’envoler sur des accords de guitare brossés et des glockenspiels. Le titre se termine dans une apothéose proche du gospel, les deux voix jaillissent et s’entremêlent telle une ode à la vulnérabilité (« All of our terror at sea/And a breakable, breakable me »). Une fin parfaite pour Malihini qui représentent la fragilité des « nouveaux venus », avec l’élan, l’assurance et la synergie de deux artistes amoureux qui ont trouvé leur parfait langage.

 

Le road-movie continue, ce n’est encore que le début mais il nous a déjà envoûtés.