Liraz

Naz

Sortie le 19 octobre 2018

Dead Sea Recordings

Reprenant les mots de féroces et provocatrices icônes musicales féminines iraniennes comme Googoosh et Ramesh, le premier album de Liraz, Naz, réinvente leur esprit combatif des années 1970. Elle chante en farsi, et les influences de ses ancêtres persans et de leurs instruments traditionnels à la sensibilité pop sont omniprésentes sur un album dont les paroles ciblent le rôle de la femme dans la société, un album dominé musicalement par le hip hop et l’électronique grâce à la collaboration du producteur israëlien Rejoicer.

 

Liraz a grandi à Tel-Aviv, en Israël. Ses parents sont iraniens, mais elle n’a jamais eu l’occasion de se rendre dans leur pays en raison des circonstances politiques. La distance imposée l’a rendue très curieuse vis-à-vis de cette culture, qui marque tout son travail artistique. Liraz a une carrière d’actrice à la fois en Israël et à Hollywood, elle a joué aux côtés de Philip Seymour Hoffman (A Late Quartet) et Naomi Watts (Fair Game). Pendant ces dix dernières années passées sur les plateaux de tournage, Liraz a appris seule la musique iranienne, les bases de ce nouvel album.

 

Liraz s’inspire des histoires qui ont jalonné son héritage. Sa musique a fait d’elle un emblème d’un mouvement naissant défendant les droits des femmes, en Iran et ailleurs. C’est à Los Angeles, en 1998, qu’elle a entendu pour la première fois une musique qui allait à l’encontre de ses idées préconçues sur le rôle de la femme dans le pays de ses parents. C’est avec émotion qu’elle se souvient de l’esprit encore inconnu invoqué par cette musique : audacieux et insouciant, il touchait tout un monde – avant la révolution iranienne de 1979 – de liberté artistique féminine.

 

« Les Persans voient la femme iranienne d’une manière élégante, agréable. Elle doit être bonne avec son mari, avec sa famille, être très polie… Je ne connaissais que cette vision », dit-elle. Liraz prend pour référence la carrière de la légendaire chanteuse pop Googoosh. C’est grâce à sa musique qu’elle a vu pour la première fois une femme iranienne s’affirmer, avec une grande confiance, et lui ouvrir les yeux sur cette vision poussiéreuse des personnalités publiques féminines en Iran. Mais après la révolution, son pays interdit à Googoosh toute représentation publique, et elle finit par le quitter afin de pouvoir continuer à chanter. C’est un reflet des nouvelles règles restrictives appliquées aux femmes musiciennes après la révolution – en particulier aux chanteuses qui n’ont pas le droit de se produire en solo devant un public masculin.

 

Le rôle de la femme dans la société est omniprésent dans ses paroles. Dans « Nozi Nozi », Liraz s’intéresse à l’idée de « noz ». Ce terme fait allusion à un archétype iranien d’une femme gentille et souriante, essayant subtilement de soutirer ce qu’elle veut à son mari. La musique elle-même se joue des points de référence culturels : un refrain répété aux cordes persanes, montant intensément au côté de la voix de Liraz, est sublimé par un beat arrogant. Liraz, via ses paroles et sa musique, se moque des stéréotypes, révélant de nouvelles formes inspirantes pour la femme iranienne.

 

L’influence de ses ancêtres unie à une perspective contemporaine est un élément clé de sa musique. Son intérêt pour la musique iranienne est né il y a dix ans, et ses voyages lui ont donné l’occasion de faire de nombreuses découvertes musicales. Par exemple la collection de disques d’un vieil homme iranien de Tel-Aviv, une vraie mine d’or de nouvelles idées. Un séjour à Istanbul pour un tournage l’a menée sur la route d’un musicien ambitieux qui avait quitté Téhéran pour lancer sa carrière – ils ont même échangé des clés USB.

 

Plusieurs titres sont des reprises d’artistes iraniens, comme « Hala Bavar », d’après l’une des chansons de Googoosh. Les paroles méditent sur les bouleversements intérieurs et la façon dont ils affectent la réalité quotidienne, tandis que la musique met en place une toile de fond mélancolique, battante, radoucie par un doux ronronnement de cordes ambient. Liraz, en revendiquant ses connexions avec les icônes de son héritage iranien, attire l’attention de la communauté iranienne dans le monde entier.

 

C’est la rencontre avec son producteur Rejoicer, qui vit à Tel-Aviv, qui a beaucoup aidé à la naissance du projet Naz. Liraz lui a fait écouter les artistes qu’elle avait choisis pour référence, puis l’a guidé dans la découverte de toute la gamme d’instruments traditionnels iraniens. L’alchimie a été évidente et immédiate : un style hypnotique, solide et lourd qui donne à ses morceaux un caractère direct très fort.