Jesse Mac Cormack

Now

Sortie le 3 mai 2019

Secret City Records

Certaines choses ont besoin de temps. Le stupéfiant premier album de Jesse Mac Cormack arrive sans se presser : un travail art-rock ardent et kaléidoscopique qui est à la fois une première œuvre éblouissante et l’apogée d’une évolution méticuleuse pendant cinq ans. En trois EP – Music for the Soul en 2014, Crush en 2015 et After the Glow en 2016 –, le Montréalais a glané beaucoup d’éloges et affiné sa vision, entretenant une écriture abondante et déterminée. Le travail précédent de Jesse se nourrissait principalement de folk et de roots-rock – Les Inrocks l’avaient surnommé « nouveau héros de la folk moderne » –, les chansons de Now sont prismatiques et tournées vers l’avenir, à l’instar de la pop aventureuse de Tame Impala, Talk Talk et Perfume Genius.

Comme d’habitude, Jesse joue lui-même la plupart des instruments sur cet album, de la basse au steel-drum, en passant par les synthétiseurs analogiques. C’est un génie du home-studio, et un guitariste éclatant, qui a rendu hommage à Stevie Ray Vaughan lors du dernier Festival international de jazz de Montréal. Son approche s’est précisée grâce à des années de collaboration avec différents artistes – jouant aux Etats-Unis et en Europe avec des artistes et des groupes comme Patrick Watson, The Barr Brothers et Cat Power, et produisant des albums à succès pour Helena Deland, Emilie Kahn, Philippe Brach et bien d’autres encore. Pour son tout premier LP, Jesse savait qu’il voulait un environnement live pour sa musique – embrasée par des chœurs et des riffs de guitare incendiaires, des synthétiseurs fluorescents et une percussion mise en avant. Au lieu de travailler à partir de mélodies et d’accords, des chansons comme « Give a Chance » se sont construites d’abord sur la section rythmique, en imaginant comment un public réagirait.

Les dix chansons de Now sont baignées de ce sens de l’exploration, et aussi d’une dimension onirique : l’idée que les découvertes se font aussi par l’intermédiaire des sensations, des ressentis. Les saisons se succèdent, les relations changent, on peut tirer des leçons de tout, même de situations inattendues. « Hier a déjà disparu, demain n’arrivera peut-être jamais », explique Jesse. Des chansons comme « No Love Go » et « Nothing Lasts » se fondent sur ce présent fragile. D’autres titres évoluent autour de sensations de rêverie et de transe, de désir et de pulsion.

Malgré toutes ces explorations, la musique de Jesse ne paraît jamais confuse ou désœuvrée. Ses chansons sont directes et lucides. Si l’album était un paysage, il serait le désert de Mojave – « vaste et étrange », le lit paisible d’un océan impétueux aujourd’hui disparu. La Vallée de la Mort a longtemps habité l’imaginaire de Jesse ; il y est retourné pour la photo de pochette d’album, et pour deux clips à venir.

« Si vous parvenez à être vous-même, rien ne pourra vous arrêter », dit Jesse. Pour certains, les albums sont des déclarations : la récapitulation de qui vous êtes et de ce que vous voulez. Pour d’autres, ce sont des reportages : l’enregistrement d’un moment particulier, avant qu’il ne disparaisse. Now est un peu des deux : une déclaration de principes, et un battement de cils ; une composition méticuleuse et une acceptation du courant. A 30 ans, Jesse Mac Cormack réunit le monde autour de lui. Il vit dans l’instant présent – une chanson aux lèvres et une guitare entre ses mains.