Jay Som

Anak Ko

Sortie le 23 août 2019

Lucky Number

Les chansons dream pop de Melina Duterte évoluent dans un univers unique de sa propre création. Le monde intimement timide et tourbillonnant de Jay Som, son nom de scène depuis 2015, évoque une facilité déconcertante, une étincelle surnaturelle, une humilité indie-rock intrinsèque. En ces temps difficiles, le title track de son très apprécié Everybody Works en 2017 est comme un hymne, un onguent protecteur.

 

La vie de Duterte a complètement changé à la suite de l’album Everybody Works. Après une dizaine d’années à explorer toutes sortes de styles musicaux – elle a joué de la trompette jazz dans son enfance, est une fervente adapte du karaoké de par ses racines philippines, et a enregistré discrètement des chansons indie pop seule dans sa chambre –, cet album abouti l’a emmenée dans des festivals internationaux, partageant la scène avec Paramore, Death Cab for Cutie ou encore Mitski.

 

En novembre 2017, à la recherche d’un nouveau décor, Duterte quitte la Bay Area de San Francisco pour Los Angeles. Elle y effectue de nouvelles démos, elle saisit toutes les occasions possibles de partager des sessions de travail, produire, et mixer pour d’autres artistes (Sasami, Chastity Belt). La vie de musicien étant relativement instable, Duterte se referme sur elle-même, se tourne de plus en plus vers ses ressentis, ses émotions, ses désirs, une manière de rester concentrée au milieu de gros changements. Elle trouve une communauté, elle tombe amoureuse. Elle arrête définitivement de boire, ayant pourtant commencé sa carrière en sortant des premières démos – le flou mais délicat Turn Into en 2015 – après un regain de confiance alcoolisé un soir de Thanksgiving. « Je me sens totalement différente », affirme-t-elle. La positivité a été la clé pour avancer.

 

Ce changement est reflété par l’évidente lucidité de sa nouvelle musique. Après des mois d’exploration sous une montagne de démos, Duterte, à 25 ans, a tout simplement repris depuis le début. Elle a écrit la majeure partie de son exceptionnel nouvel album, Anak Ko, au cours d’une retraite solitaire d’une semaine seulement à Joshua Tree. Comme d’habitude, Duterte a ensuite enregistré chez elle (dans certaines chansons on peut entendre la machine à laver à côté de sa chambre) et s’est occupée seule de la production et du mixage. Néanmoins pour la première fois Duterte a fait appel à des amis – dont Laetitia Tamko (Vagabon), Annie Truscott (Chastity Belt), Justus Proffitt, Taylor Vick (Boy Scouts), ainsi que ses musiciens Zachary Elasser, Oliver Pinnell et Dylan Allard – pour les voix, les percussions, les guitares, les cordes et la pedal steel. Se fondant essentiellement sur le groove et la simplicité, améliorant ses capacités de productrice, Melina Duterte a subtilement mis à jour sa musique, révélé ses meilleurs aspects. Elle s’est épanouie.

 

Inspiré des sons riches et pop des années 1980 de groupes comme Prefab Sprout, the Cure et Cocteau Twins – ainsi que la guitare extatique du groupe contemporain canadien Weed – Anak Ko sonne extrêmement tactile, et résolument actuel. Le son est précis. Sur le délicatement explosif « Superbike », Duterte recherchait le mélange de génie entre « Cocteau Twins et Alanis Morissette ». « Night Time Drive » est un titre agité qu’on écoute sur la route, empreint de satisfaction et de sang-froid. Cette chanson « résume ma vie entière ces deux dernières années », toujours en mouvement, mais « en l’acceptant, en en tirant de la force ». Duterte s’est focalisée davantage sur la basse : « Je voulais faire un disque plus groovy. »

 

Le titre « Tenderness » débute minimal, comme un coup de fil un peu étouffé, puis se révèle jazzy, catchy et éblouissant. Duterte le qualifie de « chanson positive, funky et plutôt sexy » concernant la partie sur « la malédiction des réseaux sociaux » et combien elle complique les relations. « Ce titre parle complètement du fait de scroller une page sur son téléphone, de voir quelqu’un, d’être hanté par quelqu’un, il n’y a pas d’échappatoire. J’ai une relation bizarre avec les réseaux sociaux et la façon dont les gens me perçoivent – en tant que personnage public avec une plateforme, en tant qu’artiste solo, et personne marginale. Ça me prenait vraiment la tête. Je voulais partager ces émotions, mais je me sentais étouffée. Je crois que beaucoup des thèmes des chansons ont émergé d’émotions refoulées, de la frustration, et de l’acceptation. »

 

Le titre de l’album, Anak Ko, signifie « mon enfant » en philippin. Il vient d’un message de la mère de Duterte, qui l’a toujours appelée comme ça : « Bonjour, anak ko, je t’aime, anak ko. » « C’est adorable de dire ça, c’est réconfortant », avoue Duterte, rapprochant cela du processus de création et de sortie d’un album, comme un accouchement. Anak Ko est pétri de cette affection, à l’instar d’un concept cher à Duterte, auquel elle revient régulièrement : l’importance de la patience et de la bienveillance.

 

« Si l’on veut changer, il faut faire beaucoup d’erreurs », explique Duterte, revenant sur sa récente maturité en tant qu’artiste avec un calme olympien. « Me forcer à faire preuve de calme et de bienveillance envers moi et envers les autres m’a beaucoup aidée. Les projecteurs et l’argent quand on est musicien peuvent faire oublier l’humilité. On apprend davantage de l’humilité que des lumières de la scène. Je veux de la bienveillance dans ma vie. Avec l’empathie, c’est la chose la plus importante dans ce travail. »