Hugar

Varða

Sortie le 23 août 2019

Sony Masterworks

Des bornes balisent le chemin de chaque voyage, peu importe la distance.

 

Historiquement, de tels marqueurs indiquaient la bonne voie des voyageurs islandais se dirigeant vers le Parlement National d’Islande – connu pour être la plus vieille législature au monde. Au vu des jours très long du pays, les voyageurs ne pouvaient pas se fier aux étoiles pour se guider. Ils suivaient alors les Varða, que l’on peut traduire par « cairn ». Ces petits monticules de pierres annonçaient le chemin à suivre, le prochain cairn étant toujours visible depuis le précédent. Le duo de musiciens islandais HugarBergur Þórisson et Pétur Jónsson – ont imaginé un tel périple avec leur deuxième album (et premier au sein du label Sony Music Masterworks), le bien nommé Varða. Véritable collision tectonique entre esprit post-rock, ambiances alternatives et orchestrations classiques, l’album de 14 titres est une expédition épique au sein de paysages sonores aériens, mélangeant piano dépouillé, guitares électriques, envolées de cuivres, cordes puissantes et élans électroniques.

 

Au vu de son imprévisibilité, Varða est un voyage qui mérite d’être pris encore et encore.

 

« A l’instar de ces piles de roches, les chansons sont comme des petits cairns sur cet album » explique Bergur. « Le propos n’est cependant pas la destination, mais plutôt ce voyage sans fin que représente l’album ».

 

C’est un autre voyage intriguant qui a mené ces deux amis de longue date à cet endroit. Originaires de Seltjarnarnes, au Nord-Ouest de Reykjavik, le duo fréquentait la même scène, chacun d’eux jouant au sein de nombreux groupes locaux depuis leur enfance, développant ainsi leur amitié. Alors que Pétur suivait une formation d’architecte et que Bergur collaborait avec des musiciens renommés comme Ólafur Arnalds, ils décidèrent d’écrire ensemble « pour le fun », en 2013. Bergur travaillait pour un studio local, et quand le propriétaire parti en tournée, il appela Pétur. Ils amassèrent alors suffisamment de matériel pour enregistrer un premier album, Hugar, sorti en 2014.

 

Le groupe commença à faire parler de lui sur les réseaux sociaux avec cet album distribué gratuitement sur le site officiel du groupe, et les premières dates de concert autour du monde tombèrent très vite. Tirés de Hugar, les titres Inngangur et Felt cumulent aujourd’hui des dizaines de millions d’écoutes sur la plateforme Spotify, sur laquelle le duo est écouté par plus de 450 000 personnes chaque mois. Des médias et tastemakers comme The Independant ou The Line of Best Fit ont rapidement fait l’éloge du duo, alors que ces derniers livraient des concerts remarquables et remarqués lors de festivals, dont le célèbre Iceland Airwaves.

 

Dans le même temps, le duo débuta à assembler ce qui deviendrait Varða dès 2014, cette fois depuis leur propre studio.

 

« Il n’existait pas de plan pour faire un premier album ; c’est juste arrivé », continue Bergur. « Cette fois-ci nous souhaitions créer un disque qui fonctionnerait d’un seul tenant, où chaque chose était liée aux autres. C’est un album plus travaillé, du début à la fin ».

 

« Avoir notre studio nous a permis d’expérimenter et d’explorer », ajoute Pétur. « Nous avions la liberté de faire ce que nous voulions sans aucune barrière. Dans des conditions normales, il faut louer un studio. Là, nous avancions à notre rythme tout en apprenant à être patient et à travailler ensemble ».

 

Avec un tel espace à explorer, le duo se mit à intégrer des éléments électroniques à sa musique, élargissant par là leur palette sonore. La majorité de ces sessions studio prirent place la nuit, imprégnant leur produit final d’une énergie nocturne.

 

« Nous sommes évidemment très affectés par notre environnement », admet Bergur. « Enregistrer la nuit pendant l’été, alors qu’il fait encore soleil à minuit, c’est une énergie qu’il est difficile à cerner. En tant qu’êtres humains, nous sommes supposés être éveillés lorsqu’il fait jour, et dormir lorsqu’il fait nuit. Mais lorsqu’il fait jour la nuit, vous avez cette énergie un peu bizarre. Vous êtes fatigués, mais vous voulez aller plus loin. L’Islande est de manière générale une anomalie. On a des tremblements de terre, des fontes de glaciers et des avalanches. C’est un endroit insensé pour la vie humaine. Et en même temps, c’est si beau qu’on ne peut pas se résoudre à y échapper. »

 

La même chose pourrait être dite de Varða. Son single d’introduction, Saga, s’articule autour de notes délicatement pincées, soutenues par des cordes planantes. La guitare prend un rôle de percussions, tandis que les cuivres guident la mélodie à l’instar d’un solo de guitare, avec « des variables qui ne sont pas là où on les attend », comme le dit Pétur.

 

« Du point de vue du thème, on peut rapprocher Saga de l’histoire d’un road trip intense, ou d’une course de voitures de rally », continue Bergur. « C’est beau, puissant, mais il y a sur la route un tas d’obstacles et de difficultés ».

 

Le froid Frost, de plus de six minutes, est construit autour d’une rythmique au piano sujette à une tension qui s’accumule, comme si « vous étiez coincé à l’intérieur d’un glacier et que le chaos s’ensuit ». Le tout culmine sur le chœur de cuivres massif de Land, créant un dénouement puissant.

 

« C’est comme un navire retournant au port après une folle mission », élabore Bergur. « Vous réalisez que ce n’est pas si chouette d’être rentré à la maison, car tout est pété. Il y a un double effet, où c’est beau et joyeux, mais aussi schizophrène. »

 

Au-delà d’Hugar, Bergur compte Sigur Rós parmi ses collaborateurs, avec lesquels il a travaillé sur la musique de la série NETFLIX Black Mirror, mais aussi l’icone Björk, pour qui il a joué sur le dernier album et accompagne en tournée.

 

Au final, Varða marque la prochaine étape du voyage pour Hugar.

 

Pétur conclut en expliquant : « J’aimerais que les personnes qui écoutent l’album vivent une réaction émotionnelle, qu’il s’agisse de tristesse ou de bonheur.  Nous apportons tous les deux quelque chose d’unique à ce projet. C’est l’incroyable fusion de qui nous sommes. C’est cela que nous souhaitons partager ».