Gumba Fire

Bubblegum Soul & Synth Boogie in 1980's South Africa

Sortie le 9 mars 2018

Soundway

En 2016 Soundway présentait les sons boogie, pop et disco du Nigeria des années 1980 sur son incroyable compilation Doing it in Lagos. Il s’agissait d’un album que même Frank Ocean avait pu écouter, puisque, peu de temps après sa sortie, en 2017 il chantait des reprises live de « Only You » de Steve Monite. Cette fois les découvreurs de pépites Miles Cleret (Soundway) et DJ Okapi (Afrosynth Records) se sont intéressés aux sons méconnus de l’Afrique du Sud, sélectionnant le meilleur de la soul bubblegum & du synth boogie des années 1980, sachant qu’aucun de ces sons n’était ressorti ou disponible en version digitale.

 

La musique s’intéresse à une période pendant laquelle le boom du disco s’essoufflait, mutait et prenait une autre forme, totalement nouvelle. Le son était souvent décrit comme « bubblegum » – souvent dépouillé et lo-fi, avec une prédominance de claviers et de boîtes à rythmes, et habillé de voix profondément soul, marque de fabrique de la musique sud-africaine. Les seize titres de cet album mettent en lumière une période qui se niche entre les années 1970 (où le jazz aux influences américaines, le funk et la soul dansaient avec le mbaqanga local) et les années 1990, quand le Kwaito et finalement la musique house étaient les maîtres des dancefloors de l’Afrique du Sud urbaine.

 

Ces grooves pop, ces claviers scintillants et ces mélodies rayonnantes irradient la joie et l’éclat avec une énergie folle, mais ils sont en fait la musique d’une période de terrible chaos politique dans le pays. Au milieu de toute cette agitation – un état d’urgence national a duré cinq ans –, l’industrie musicale du pays prospérait comme jamais. Boostée en partie par une politique qui exigeait du contenu pour le réseau de stations de radio ethniques de la South African Broadcasting Corporation (avec pour mission d’assurer un prétendu « développement séparé » pendant l’apartheid), ainsi que par un foisonnement de scènes live dans les zones à la fois urbaines et rurales, l’industrie de la musique sud-africaine a profité de plusieurs années de prospérité et de créativité jamais égalées. De longs catalogues de musique ont été enregistrés sur plusieurs labels et des millions de disques ont été vendus dans tout le pays.

 

Cette compilation est une version condensée de cette période de boom, un disque qui pioche abondamment dans le catalogue de Teal Records (entre autres), un label des années 1980 dont la production était représentative de ce son tout au long de cette décennie. Cet album souhaite former un tout avec tous ces genres méconnus, mais propose une grande diversité dans ses titres. Du véritable spectacle électro-funk de The Survivals aux lents grooves tropical de Ozila, l’album explore les archives d’un son et d’une époque en perpétuels développement et expérimentation.

 

Certains des noms sur ce disque sont méconnus, mais beaucoup de gens reconnaîtront la patte de Stimela un peu partout. Stimela étaient possiblement le plus grand groupe d’Afrique du Sud à cette époque, et ils ont aussi joué un rôle décisif sur un album qui allait se vendre à des millions d’exemplaires : Graceland, de Paul Simon, sur lequel certains des membres de Stimela ont joué. Ils sont également partis en tournée pour cet album avec Paul Simon. On entend aisément sur le reste de la compilation, comme sur le titre « Hayi Ngodlame » de Zasha, que Paul Simon avait manifestement puisé énormément dans la scène vibrante de cette époque.

 

Cet album tient son nom du titre du groupe Ashiko, « Gumba Fire », qui y figure. Il vient de « gumba gumba », un terme donné aux enceintes grondantes des vieilles radios qui diffusent de la musique dans les villes et villages sud-africains. C’est plus tard devenu « gumba fire » en référence à une fête endiablée. Ce titre reflète tout l’album, seize titres qui irradient une chaleur éclatante à la fois dans les voix et l’intensité de certains rythmes ici et là.

 

Bien que le terme « bubblegum » implique quelque chose de fugace, une dose de sucre temporaire dont on se débarrasse une fois sa mission remplie, les titres de cette compilation sont non seulement demeurés intacts – et offrent un aperçu important et enivrant de l’histoire de la musique sud-africaine –, mais semblent par endroits incroyablement contemporains.