Field Music

Open Here

Sortie le 2 février 2018

Memphis Industries

Février 2018 marquera le grand retour de Field Music avec leur sixième album, Open Here. Les deux ans qui ont suivi Commontime ont été étranges et agités. Si vous pensiez que le monde avait un sens, vous en avez probablement douté plusieurs fois au cours de ces deux dernières années. Et ce questionnement, cette érosion de la foi – en les gens, les institutions, les expériences partagées – font partie de chaque chanson de ce nouvel album de Field Music.

 

Il ne faut pourtant y voir aucune morosité. Pour Peter et David Brewis, jouer ensemble dans leur petit studio au bord d’un fleuve a été un joyeux exorcisme. Open Here est le dernier d’une série de cinq albums faits dans ce studio, un endroit pas très attrayant situé dans une zone industrielle de Sunderland. Les frères ne se souciaient pas vraiment de ce qui allait arriver à cette zone de la ville, et lorsqu’ils ont reçu un avis d’expulsion au début de l’année 2017, il est alors devenu urgent d’enregistrer Open Here.

 

Le studio est devenu un sanctuaire, loin de toute dimension personnelle ou politique, un cocon dédié à la créativité. Et à l’inverse, faire cet album est devenu un nouveau moyen d’établir une connexion avec les gens, avec un large groupe de musiciens invités à apporter leur pierre à l’édifice, notamment Sarah Hayes à la flûte et au piccolo, Liz Corney au chant, Pete Fraser au saxophone, Simon Dennis à la trompette et au bugle, le chœur des Cornshed Sisters et le quatuor à cordes de Jo Montgomery, Ed Cross, Chrissie Slater et Ele Leckie. Cet album est ainsi plus ambitieux, plus grand que tout ce qui a été fait auparavant. David explique : « Commontime ressemblait à une distillation de tous les éléments qui composent Field Music, et ce nouvel album en est une expansion ; comme si on partait dans toutes les directions en même temps pour voir jusqu’où on peut aller. »

 

Le titre d’ouverture, « Time In Joy », change les moments sombres en funk pétillant. « Count It Up », critique ironique des privilèges, rebondit comme un « Material Girl » inversé. « Checking On A Message » pourrait faire partie de la playlist d’une fête apocalyptique au lendemain de n’importe quelle catastrophe électorale récente. Peter dit de la chanson : « Elle parle du fait d’être trop confiant, persuadé que les choses se passeront comme on s’y attend dans le monde. Puis d’apprendre les mauvaises nouvelles via un téléphone portable. »

 

Le combat politique va de pair avec le combat parental. Si nous ne comprenons rien nous-mêmes au monde qui nous entoure, comment peut-on faire avec nos enfants ? « Share A Pillow » est le fruit de toutes ces innombrables nuits sans sommeil à réprimander et tenter de faire dormir sa progéniture, transformant les petits pas des enfants qui courent en lourde marche tonitruante. « No King No Princess » est une diatribe contre les stéréotypes garçon/fille. David : « Mon petit garçon est né un peu avant le début du travail sur Commontime, et ma petite fille est née juste avant qu’on se mette à Open Here. Les gens ont tendance à attribuer chaque petite différence entre les uns et les autres au genre. Le truc de la princesse est tellement bizarre pour moi – c’est une ambition tellement passive. Je voulais écrire une chanson qui dise à mes enfants qu’on a le choix d’ignorer complètement ce genre d’attentes. »

 

La mélancolie parvient à s’immiscer sur quelques titres. « Front of House » dit un adieu tardif à un ami parti bien trop tôt. « Daylight Saving » regrette avec tristesse de ne pas avoir le temps d’être un couple quand on est trop occupé à être parent. Enfin, sur la dernière chanson, « Find A Way To Keep Me », un murmure implorant devient peu à peu un fracas sauvage et déferlant de trompette, de flûte et de cordes. C’est la musique la plus grandiose que les frères aient jamais produite.

 

Il n’y aura sans doute pas beaucoup d’albums de rock cette année, ou n’importe quelle année, qui contiennent autant de flûte et de bugle (aux côtés de saxophones, d’un quatuor à cordes et de percussions artisanales). Et tout ça s’accorde parfaitement. Depuis plus de treize ans et six albums, Field Music sont parvenus à façonner une niche où tous ces sons se retrouvent ; un endroit où la musique pop peut satisfaire son énorme appétit.