Fabiola

Check My Spleen

Sortie le 19 avril

Dear Deer

Vous cherchez les Fabiola? Vous les trouverez certainement attablés au café albanais du coin, dans leur fief de Schaerbeek (Bruxelles).

Le thème de l’album c’est l’échec, ou plutôt la résilience. Comment on survit à l’échec. Comment on s’assied dessus. » l’homme qui parle, c’est Fab Detry et Failure, c’est justement le titre d’un des singles de son premier disque, Check my spleen. Un tube imparable de garage pop qui, loin de plomber notre après-midi, nous donne à voir la lumière.

Fab, on croise sa route depuis 15 ans, depuis ce “Subtitles” sorti sous le nom d’Austin Lace. Cinq potos qui ont grandi avec Blur et Built to Spill, et qui pendant dix ans vont signer les plus belles heures de l’indie pop made in Nivelles en Belgique. On en voit qui rigole et c’est nul : réécoutez “Easy to Cook” (2006), vous verrez. Vous entendrez : des mélodies fringantes, du gimmick relax et cette espèce d’insouciance, de douceur même, qui fait qu’on y revient. C’est un classique.

La suite est en zig-zag. Le groupe se sépare, suite à cette insouciance, sans doute (la pop c’est cool un temps, mais ça paie pas des masses). Sauf que Fab Detry, lui, n’a pas envie de lâcher l’affaire. Il va tatônner du Tellers, déconner avec Hallo Kosmo (le projet de Daniel Offermann des Girls in Hawaii). Puis il y a ENDZ (avec Loïc Bodson – ex-Flexa Lyndo – et Kevin Guillaume – ex-He Died While Hunting). Ou encore Les Juliens, parenthèse enchantée (un supergroupe de covers de Julien Clerc). Bref. Notre homme a besoin de se (re)trouver. Plus de s’éparpiller.

C’est là que je tombe sur Aurélien (Auchain), des Moutain Bike”. Bon groupe, ça. Nos Black Lips à nous. Fabrice lui demande de l’aide. Un avis extérieur. Des conseils de confrère. Sur ses démos qui traînaient depuis trois ans dans l’arrière de son crâne. “On a tout jeté et tout refait”. Il était temps : le mélodiste hors pair d’Austin Lace commençait vraiment à nous manquer.

Cette fois, plus question donc de niaiser. Fabrice tient haut la barre : reste à trouver l’alchimie. Chose faite avec Aurélie (Muller, une vieille copine mais surtout une daronne de la scène indie pop bruxelloise : soy un caballo, V.O., Blondie Brownie et on en passe), Lucie (Rezsöhazy, une vraie fan d’Austin Lace passée pro aux claviers) et Antoine (Pasqualini, un Brestois exilé en Belgique, ex-Arch Woodman et fantômas de l’électro darkos avec Monolithe Noir). Deux filles deux garçons un nouveau groupe une nouvelle couronne : Fabiola est là, et bien là. Pour les plus Français d’entre vous, Fabiola est aussi le nom d’une reine belge aux colorations manquées.

Le disque est mis en boîte, il sort sur le micro-label bruxellois deer.dear.records (le bébé de Kevin Guillaume de ENDZ). Et pour la première fois, sans se mettre la pression, commerciale et/ou critique. « On le sort parce qu’on l’aime. Par passion ». De toute façon Fabrice le sait : le hors-champ, c’est plus intéressant. Et il a passé l’âge de douter de sa personne, de son talent, de sa réussite. Et c’est une réussite. Faire un disque et l’aimer. Et le partager. « Le plus important c’est d’être bien entouré, et que chaque geste artistique qu’on pose ait du sens…». Exactement. « Je fais ce que je veux », et la Terre tourne, les modes passent comme le temps, alors autant aller de l’avant, « droit au but », sans s’infliger sans cesse des coups de rétroviseur, de miroir ou de spleen.

Le disque parle donc de ça, entre autres. De cette volonté de lâcher prise et d’enfin accepter ses limites, la douceur de sa voix, mais en la doublant de textes à double tranchant et d’arrangements goguenards ou menaçants. Tout est là et c’est comme ça. On peut parler aussi des mélodies, brillantes et addictives comme toujours, du songwriting en règle générale, de Wayne Coyne, Ariel Pink et Trevor Horn sur un bateau, de « fête boiteuse comme le Hot Chip de ‘Over and Over’ » (ou le « Dress Sexy at my Funeral » de Smog), de Vladimir Cosma (l’instru « The Fox of Scotland ») et de la transe façon Sunns, de « Revolver » sur la tempe et de ce track en bout de course, « Bottom of the Well » (magique), qui marque la fin du disque mais l’avènement de Fabiola… Et ce n’est qu’un début.