Emily Wells

This World Is Too _____ For You

Sortie le 22 mars 2019

Thesis + Instinct Records

Emily Wells rapproche la pop et la musique de chambre, elle explore les concepts autour de la relation entre les êtres humains et la nature, tout en partageant un réel amour pour les deux. Elle s’intéresse aux façons dont la performance et l’enregistrement s’influencent l’un l’autre, et navigue entre les deux. Parfois elle se produit seule à l’aide de plusieurs instruments sur scène (violon, synthétiseur, batterie électronique ou acoustique, voix), d’autres fois elle joue avec un petit orchestre, ou seuls un violoncelliste et un batteur. Son travail passe aussi par la vidéo, elle projette des images pendant ses concerts qui mélangent danse contemporaine, phénomènes météorologiques extrêmes, conséquences désastreuses de la crise climatique, ou encore extraits d’une manifestation de l’association Act Up. Elle est partie en tournée en Europe et aux Etats-Unis et a sorti plusieurs albums salués par la critique. Certaines de ses musiques sont également apparues au cinéma et à la télévision, et elle travaille actuellement sur sa première bande originale de film.

 

Son tout dernier album, This World Is Too _____ For You, était à l’origine une commande pour de nouveaux travaux autour des voix, des cordes et du cor d’harmonie, destinés à la scène. Emily dit, à propos des chansons : « Ces chansons sont une jonction entre le désir et le désir de se débarrasser de tout désir. Je me suis attachée à ces marges, qui permettent d’explorer l’humanité dans la poussière et la tragédie de nos incertitudes collectives. Mais ces chansons avaient besoin d’espace. Un endroit pour le _____ . J’ai écrit dans des tonalités majeures, en utilisant des formes familières, vives malgré le matériau plutôt lourd avec lequel je travaillais. Les dystopies ont besoin d’une orchestration. » Dans le cadre de cette commande, Emily a pu choisir un arrangeur pour l’aider à construire les chansons, le compositeur et violoniste Michi Wiancho. Emily a écrit et enregistré des esquisses des chansons avec des couches de voix et de vocoder, des synthétiseurs, des beats, et elle les a envoyées à Michi. Il a ensuite utilisé ces enregistrements pour créer l’orchestration, transcrire, arranger, composer, modifier les mélodies pour créer des duos avec le cor d’harmonie ou des cordes percutantes imitant les arpèges ou les rythmes au synthétiseur.

 

La première moitié du travail a été terminée en novembre 2017 et jouée à Minneapolis dans le cadre de la célèbre Liquid Music Series (se sont produits récemment Bon Iver, Blood Orange et Philip Glass). Il était clair à ce moment-là que ce nouveau travail deviendrait un album, Wells ayant trouvé une réelle complicité avec Wiancko. Elle a également sollicité plusieurs fois le Metropolis Ensemble qui l’a aidée à achever les autres chansons et à agrandir la formation originale. Le Metropolis Ensemble joue aussi les arrangements de musique de chambre sur l’album. La création de l’album dans sa totalité a nécessité un an et demi de travail au studio d’Emily Wells à Harlem. Les parties de la formation de musique de chambre ont été enregistrées en une journée dans un vaste studio à Brooklyn (studio Electric Garden), les cordes dans une grande salle, et le pauvre joueur de cor piégé dans une cabine.

« Je voulais garder le contrôle sur le cor d’harmonie, pouvoir le modifier ou l’isoler. Avec le vocoder ils étaient mes deux autres chanteurs. Nous faisions des duos, suivions certaines mélodies en commun. Le cor jouait aussi le rôle de pont entre les deux mondes, celui des synthétiseurs et des percussions que j’avais utilisés pour composer les chansons et celui des arrangements de musique de chambre. Je voulais que les cordes soient vivantes et brutes, pas qu’elles soient noyées dans la réverbération ou que les arrangements complexes de Michi deviennent une bouillie mièvre. Malgré tout j’aime un certain chatoiement sur les choses, une réverbération, aussi traiter le cor comme une voix ou un synthétiseur parfois, et en gardant ses sonorités naturelles, a aidé les deux mondes à se rejoindre. »

 

Une fois les enregistrements de musique de chambre terminés, Emily Wells a fait venir en studio l’excellente batteuse et compositrice Shayna Dunkleman (Xiu Xiu, Du Yun). Ensemble elles ont enregistré des parties complexes de percussions et de batterie pour habiter les décors soniques que Wells avait développés pour les chansons. Elle a ensuite enregistré les voix sur un magnifique vieux micro Neumann U87 et a assemblé le tout.

Elle a fait écouter les chansons à son ami producteur Jacob Plasse, avec lequel elle avait travaillé sur Promise, puis ils les ont peaufinées pendant une semaine. La version finale a été faite au cours de longues journées et nuits avec Christopher Botta dans son studio Fer Sounds à Brooklyn. L’album a été terminé en décembre 2018.

 

« J’ai grandi en écoutant des cantiques, et je suis souvent attirée par une forme en recherche de rédemption, même pour des transgressions inconnues. Ce sont des offrandes, un serment. Gamine queer ayant grandi dans le Sud et le Midwest, élevée par un pasteur et la fille d’un pasteur, je veux reconquérir les thèmes et les idées qui ont souvent été utilisés contre moi. »

 

A propos de la couverture d’album : en feuilletant The Paris Review, Emily Wells est tombée sur la photo d’une œuvre de Ugo Rondidone, « Seven Magic Mountains », qu’elle a découpée et affichée dans le studio pour l’inclure à son travail. « Ces chansons parlent des interactions entre l’être humain et la nature. Elles célèbrent autant qu’elles critiquent. La façon dont le travail de Rondidone accomplit exactement cela me fascine ; cette interruption qu’il installe dans le désert vaste et silencieux, c’est d’une intrépidité espiègle. Je veux la même chose pour les chansons. »

 

En écrivant l’album, Emily s’est entourée du recueil de conférences de Mary Ruefle, Madness Rack and Honey, et du livre About Looking de John Berger. Le fil qui parcourt tout l’album est de James Baldwin : « Nous devons être lucides les uns sur les autres, parce que nous sommes notre seul espoir. »