Emel Mathlouthi

Ensen

Sortie le 24 février 2018

Partisan Records

Le premier album d’Emel, Kelmti Horra (My Word is Free), a dévoilé son alliance révolutionnaire de sons empreints de rythmes tunisiens et de beats électroniques. Sur Ensen, elle a développé un style encore plus personnel, combinant des sons organiques et électroniques pour faire un disque qui plaira aux amoureux de musique innovante et sincère. « Il m’a fallu deux ans pour concrétiser les visions que j’avais en moi. J’ai dû affronter les oppositions de gens qui souhaitaient me confiner dans une “boîte ethnique” et essayaient de limiter ma liberté créative. »

 

En dépit de la censure gouvernementale en Tunisie, Emel a puisé de la force et du réconfort dans la musique de Baez, Dylan, Lennon, Pink Floyd et Led Zeppelin – elle a même monté son propre groupe de metal à l’université. Elle s’est vite fait connaître sur la scène alternative tunisienne grâce à ses chansons de protestation ; « Petit à petit, de plus en plus de gens venaient voir mes concerts, me disaient que mes mots les réconfortaient, mais je savais que je n’arriverais à rien en Tunisie, peu importe mon talent. »

 

En économisant grâce à ses concerts, Emel a déménagé en France en 2008 et a créé une communauté internationale grâce aux réseaux sociaux. Durant la révolution tunisienne en 2011, sa chanson « Kelmti Horra » (« My Word Is Free »), écrite en 2007, a atteint des millions de vues sur YouTube et est devenue l’hymne du Printemps arabe.

 

« Les chansons de mon premier album, Kelmti Horra (My Word Is Free), se sont développées sur scène pendant six ans, tandis que Ensen est un album totalement studio. Le produire a requis de l’introspection et une expérimentation musicale libératrice. Je recherchais un moyen plus profond de m’exprimer, sans aucune limite. »

 

Aux côtés de son principal collaborateur, le producteur franco-tunisien Amine Metani, Emel a façonné un album musicalement expansif. Ensen a été enregistré dans sept pays sur trois continents, en collaboration avec plusieurs autres producteurs tels que Valgeir Sigurðsson (Sigur Ros, Bjork) et Johannes Berglund (The Knife, Shout Out Louds, Ane Brun).

 

« On a d’abord enregistré les prises acoustiques des chansons, avec piano, guitares et percussions tunisiennes. Après j’ai eu l’idée d’établir ma propre bibliothèque de beats organiques en modifiant les percussions au moyen d’effets et installations maison. Ensuite on a ajouté des claviers analogiques, des effets, de la distorsion, et le résultat ne sonnait comme rien d’autre. »

 

L’approche de l’équipe a révélé le côté cinématique de la musique d’Emel, inspirée également par la musique électronique théâtrale de Forest Swords, Samaris, Ben Frost et James Blake.

 

« Ensen Dhaif » (« Helpless Human »), le title track, est mené par un éclatant gumbri (luth à trois cordes tunisien utilisé dans la musique gnawa), un zukra fiévreux (flûte tunisienne), des bendirs hypnotisants (tambours nord-africains) et une lourde grosse caisse. « Les paroles appellent à la désobéissance lorsque l’oppression et les injustices sociales vont trop loin. »

 

Des gongs battants et une percussion nord-africaine ouvrent le titre « Layem », chanson sur la situation désespérée des sans-abri. Le chant d’Emel renferme une émotion contenue durant la montée de la chanson vers un final rempli de textures riches et distordues de synthétiseur.

 

« Fi Kolli Yawmen » a des échos solennels de musique d’église accompagnant le chant improvisé d’Emel au-dessus d’un horizon d’orgues et de synthétiseurs. Les flûtes et le gumbri donnent à « Thamlaton » (« Drunkenness ») des accents funk, un titre qui associe le dabke iraquien à des rythmes industriels et au chant sauvage d’Emel.

 

« C’est de la prose abstraite contemporaine : Où sommes-nous? Que faisons-nous? Que diable de passe-t-il en nous? C’est la chair et le corps qui se transforment en anarchie intérieure, en états de rage encore inconnus… c’est presque érotique. »