Dungen & Woods

Myths 003

Sortie le 16 mars 2018

Mexican Summer

Avant le prochain festival Marfa Myths 2018 au Texas, Mexican Summer dévoile les fruits de la résidence de la précédente édition. Pour ce troisième opus de Marfa Myths, ce sont Dungen, maîtres de la musique psychédélique de Stockholm, et Woods, pionniers de l’indie-folk de Brooklyn, qui ont écrit et enregistré sept toutes nouvelles chansons. Langoureuses, curieuses et dynamiques, ces chansons vont bien plus loin qu’une semaine de collaboration en studio. Elles représentent une compréhension et un respect mutuels de la musique de chacun, et une expérience superbement psychédélique.

 

Au fil de la progression de cette série Marfa Myths, la nature des collaborations entre les artistes sélectionnés – un membre de la famille Mexican Summer, l’autre suscitant toute l’admiration du label – définit plus nettement la nature de la démarche elle-même. Pour Dungen et Woods, les deux groupes ont assuré une tournée estivale américaine ensemble en 2009, et se sont ainsi rapprochés. Ensuite, la même année, ces deux groupes ont été la tête d’affiche du festival Woodsist, organisé par Jeremy Earl, membre de Woods, à Big Sur, en Californie. La connaissance mutuelle de la musique et des personnalités de chacun était déjà présente, et les huit ans qui ont suivi leur première tournée et la sortie de cet album n’ont fait que confirmer cette harmonie. Ce dernier EP est celui qui contient le plus de titres de la série, et qui ainsi voit renaître le lien rare et précieux entre Dungen et Woods.

 

Conformément au processus de fabrication d’un album Marfa Myths, les deux groupes ont été invités aux studios d’enregistrement du Marfa une semaine avant le festival, donnant aux participants – Gustav Ejstes et Reine Fiske de Dungen, et Jeremy Earl et Jarvis Taveniere de Woods – la liberté de s’acclimater à l’ambiance unique de l’expérience Marfa.

 

Le seul objectif était de faire de la musique ensemble, et de la partager dans le monde entier. Jarvis raconte : « Mes meilleurs souvenirs de cette expérience ne viennent même pas de l’enregistrement, mais de l’état d’esprit qu’on nous a permis d’avoir pendant tout le séjour. Par exemple le premier matin dans la maison avec tout le monde – Woods, Dungen, les gens de Mexican Summer et leurs familles –, on buvait du café, on regardait le désert par la fenêtre, le soleil nous éblouissait un peu mais on pouvait distinguer les silhouettes des enfants qui jouaient dehors. Mon deuxième souvenir, c’est quand j’ai regardé un film porno au cinéma du coin en compagnie de ce qui me paraissait être la ville entière. Deux moments totalement différents, mais qui m’ont donné un sentiment très fort de communauté. »

 

Pour les deux groupes, la résidence de Marfa Myths était l’occasion de tout remettre à plat, de reprendre là où ils s’étaient quittés, et de se concentrer sur la création avec une nouvelle lucidité favorisée par l’environnement. En préparation de l’enregistrement, les leaders des deux groupes ont écrit chacun une chanson à jouer ensemble (Jeremy Earl a écrit « Turn Around » et Gustav Ejstes « Jag Ville Va Kvar », en anglais « I Wanted to Stay »). « Turn Around » est nappé de touches ornementales – les lignes de piano dans le registre aigu durant le refrain, cette guitare insistante et descendante, le ronronnement légèrement stroboscopique du mellotron – qui font le lien entre la pureté conceptuelle de Woods et les talents de studio hors du commun de Dungen.

 

« Jag Ville Va Kvar » est comme un morceau de Dungen plus doux, avec un rythme ancré dans des breakbeats et enrobé de congas. Comme dans tous les titres de Dungen, la voix d’Ejstes introduit l’accroche instrumentale, ici un piano qui porte lentement le morceau avant de se dissoudre dans une avalanche de synthés. C’est une orchestration qui se retrouve assez rarement dans la musique de Dungen, mais il permet au titre de se transformer pour devenir l’un des plus méditatifs et chaleureux du groupe. Partout dans Marfa Myths 003, on entend les styles du groupe se répondre, via cinq orchestrations uniques écrites sur place par le quatuor, sans possibilité de distinguer qui a écrit quoi. Marfa a insufflé camaraderie, tendresse et générosité à cette expérience.

 

La venue de Dungen à Marfa poursuit la reprise des activités du quatuor suédois. A la suite de la sortie de leur sixième album (Skit I Allt en 2010), le groupe a fait une pause pendant cinq ans, durant lesquels le guitariste Reine Fiske s’est consacré à son autre projet, The Amazing. C’est en 2015 que Dungen reviennent avec Allas Sak, et montrent une nouvelle sérénité, un nouvel équilibre, rendant hommage à leur passé sans pour autant le répéter. Peu de temps après, le Festival international du film de Stockholm leur a commandé une bande originale pour un film muet, Les Aventures du prince Ahmed, révolutionnaire film d’animation allemand de 1926, ce qui les a poussés à écrire et jouer sous de nouvelles contraintes. Cette bande originale, qui a été compilée sur l’album Häxan en 2016, montre que Dungen s’approchaient d’une spontanéité dans leur musique, qui s’accordait totalement avec la rigueur et la perfection de leurs anciens travaux ; le commencement d’une seconde étape dans leur carrière qui allait surprendre leurs fans, même ceux de la première heure.

 

Woods, qui étaient d’abord un projet de l’ancien groupe de Jeremy Earl Meneguar, sont devenus partie intégrante des cercles grandissants de la musique folk lo-fi. Rejoint par son ancien partenaire Jarvis Taveniere, Earl a fait de Woods un vrai groupe, créé un label (Woodsist) qui a sorti dix albums pour le groupe, et a encouragé et soutenu des artistes comme White Fence, Purling Hiss et Wooden Wand. Il a également aidé à lancer la carrière solo d’un ex-membre de Woods, Kevin Morby.

 

La toute dernière sortie de Woods (Love Is Love en 2017) a été tout sauf discrète, se répandant sur le monde comme une réponse positive aux inquiétudes dues aux événements politiques, notamment les élections présidentielles aux Etats-Unis.

 

Dungen et Woods jouent comme s’ils avaient toujours joué ensemble, accomplissant de grandes choses avec l’esprit fédérateur de Marfa comme catalyseur. Reine Fiske raconte son expérience : « Etre à Marfa et avoir une liberté totale de création… être entre les deux – studio, terre et ciel parmi d’autres explorateurs de la culture et de la musique –, ça nous a donné une conception de ce que cette musique pourrait être, et une occasion de la faire. Pour nous c’est gravé dans le temps, et ça restera ici avec nous pour toujours. »