!!! (Chk Chk Chk)

Wallop

Sortie le 30 août 2019

Warp

Vous n’avez pas l’impression que tout le monde flippe en ce moment ?

!!! connaissent bien ça. Les New-Yorkais du groupe dance-punk racontent depuis vingt ans la catastrophe perpétuelle qu’est la société américaine, depuis le choc de leur single devenu culte instantanément « Me and Giuliani Down by the Schoolyard (A True Story) » jusqu’à Shake the Sudder, album dark disco magnifiquement éclectique.

Leur huitième album, Wallop, perpétue la tradition du groupe de se connecter directement au système nerveux collectif pour envoyer des ondes de choc funky au cœur de l’organe politique. Vous êtes-vous déjà retrouvé à vous masser les tempes tout en contemplant la chute d’à peu près tout autour de nous ? Hé bien !!! sont là pour vous fournir la bande originale de votre prochaine dépression nerveuse.

Tel un jukebox apocalyptique, Wallop regorge de sons divers et variés issus de l’histoire prolifique de la musique dance – du dance-rock psychédélique anglais de la période Madchester à la techno bornée, et au son flashy et explosif du grime britannique. Les sons sirupeux de la rave des années 1990 sont essentiels aux joyeuses ténèbres de Wallop, un saut dans le temps vers une époque où tout semblait sur le point de s’effondrer. « Nous plonger dans la nostalgie des années 1990 nous fait beaucoup de bien », explique le leader Nic Offer. « Je connais déjà tous les trucs des années 1980, du coup je me dis, “Qu’est-ce qu’il y a vraiment eu dans les années 1990?” Parce que dans ces années-là, on écoutait surtout James Brown. »

Wallop a été enregistré l’année dernière dans l’appartement de Nic Offer, à Brooklyn – une première pour le groupe, le processus créatif du dernier album de !!! ayant été globalement une suite d’expérimentations : « Notre objectif était de se lâcher et d’explorer des territoires inconnus », résume-t-il. Cela revenait à s’amuser avec un matériel qu’ils ne connaissaient pas bien, pour créer de nouveaux sons et inviter des amis pour qu’ils posent leurs voix – dont Angus Andrew, leader de Liars, Maria Uzor du duo anglais dance Sink Ya Teeth, et Cameron Mesirow, magicien synth-pop de Glasser.

« On avait des orchestrations qui nous plaisaient, alors on les a envoyées au hasard à plein de gens », raconte Offer à propos du processus collaboratif de Wallop. « On écrit et on enregistre en masse, ensuite on envoie tout ça à nos amis pour qu’ils votent. On ne sait pas ce qu’on fait tant que c’est pas terminé. L’album aurait pu être totalement dark ou totalement pop. »

« On est pas du genre à se poser et à dire : “Faisons un album” », explique le producteur et multi-instrumentiste Rafael Cohen. « On continue de faire ce qu’on fait, ce qui est très bien car du coup les albums se font sans histoire derrière. » Avec ses nombreux producteurs, Cole M.G.N. (Ariel Pink’s Haunted Graffiti, Julia Holter), Graham Walsh (Holy Fuck), et Patrick Ford, collaborateur de longue date, Wallop a fini par se tisser petit à petit pour dévoiler une œuvre joyeuse et dansante.

Le contexte socio-politique dans lequel Wallop a été créé était bien entendu différent de celui de l’époque de Shake The Shudder – mais aborder frontalement ce contexte a été plus difficile que ne le pensaient Offer et Cohen au début. « Toutes les chansons politiques qu’on écrivait étaient nulles », se souvient Offer, tout en expliquant que la paranoïa sociétale contenue sur l’album s’est révélée naturellement. « Quand on s’éloignait de la politique, elle se frayait toujours un chemin jusqu’à notre musique. »

Wallop présente effectivement une chronique de ces temps étranges au travers de la perspective personnelle de !!!, reproduisant le simple fait d’exister au milieu de tous ces changements de paradigme. Le sautillant « Domino », titre IDM, s’intéresse aux émotions contradictoires générées par l’expérience de la gentrification, tandis que « UR Paranoid » palpite intensément comme une spirale existentielle – une urgence qui parle à l’admiration de !!! pour la musique club. « On essaie toujours de faire des trucs purement club, c’est là qu’on trouve notre son », explique Cohen. Offer ajoute : « Nous sommes des compositeurs plutôt classiques, mais la musique qui nous inspire est la musique club. Elle est toujours en mouvement, et c’est une bonne source pour nous. »

Côté morceaux, « Off the Grid » ondule et vibre à la manière d’un titre de Primal Scream à l’époque de XTRMNTR, « Slow Motion » se pare de la joyeuse énergie du trip-hop britannique des années 1990 et du rock rythmé, « This is the Door » rayonne d’une disco vive et effervescente, et « Couldn’t Have Known » est un pur choc urbain couronné de la voix d’Offer. L’origine du beat splashy de « Serbian Drums » est plutôt surprenante : l’enregistrement avec un iPhone du batteur Chris Egan lors d’un concert du groupe en Serbie. « Chris vient de Washington, tout comme moi, et ce groove est tellement go-go », explique avec enthousiasme Cohen à propos du son explosif de la chanson.

Wallop est un témoignage des temps matériels et rock qu’il reflète et surtout du moteur artistique de !!! – un ethos en création perpétuelle qui a permis au groupe de continuer longtemps et d’innover constamment en termes de son. « Nous travaillons très dur, nous essayons de faire les meilleurs albums possibles », affirme Offer. « Il est primordial pour chacun de nous de nous lancer des défis, “Qu’est-ce que nous n’avons pas encore fait?” » Et cette soif de découverte a donné Wallop, un monde sonique kaléidoscopique et riche. Pourvu que !!! n’arrêtent jamais de relever des défis.