Chelou

Out Of Sight

Sortie le 26 avril 2019

Concrete Dog Records

Le premier album de Chelou s’est construit sans hâte. Et cette approche tout en douceur a payé : Out of Sight est un trésor exquis et enivrant de folk-blues et de beats, enveloppé de la voix envoûtante de Chelou, un album qui rayonne d’une beauté ardente des Baléares. Voilà qui va très bien à un type qui vit en bord de mer, adore surfer et choisit de suivre son propre rythme.

 

Adam Gray a avancé avec prudence pour cet album. La seule photo à être apparue de lui sur une couverture d’album le représente à 12 ans, et tous ses clips sont des animations. « Out of Sight », donc. « J’ai passé beaucoup de temps à ne rien révéler, mais ce n’était pas tout à fait intentionnel. C’est juste que je voulais être un compositeur uniquement, pas un artiste de scène, ni même un chanteur ! Mais j’ai commencé à créer un monde à part de mon existence quotidienne, d’abord en choisissant le nom “Chelou”, et une fois que tout a été lancé, ma personnalité a pris le dessus. »

 

Le son de Chelou est hypnotique et superbement flou, plein de tension ardente et de puissance, même s’il ne sait pas vraiment quelles sont ses origines. Il a grandi en écoutant les cassettes de son père pendant des voyages en famille – Neil Young, Led Zeppelin, Bob Marley, Nick Cave – avant de commencer à jouer de la guitare, sous l’influence de Kurt Cobain. En termes de composition, il privilégiait systématiquement la « musique acoustique morose ». « Je suis vraiment nul pour faire la fête dans les soirées », avoue-t-il. « J’ai envie de mettre du Leonard Cohen ! J’aime tout ce qui est en la mineur, et j’adore les bonnes mélodies. »

 

Le son de Chelou n’est en rien déprimant, il est simplement habité d’une sublime mélancolie, et l’artiste a raison de préciser qu’il est malgré tout ancré dans le XXIe siècle. « Je n’écoutais que de la dance quand j’étais jeune pour faire la fête, mais avec le temps j’ai découvert des trucs cool comme Aphex Twin et Hot Chip, des groupes qui mélangent l’électro et des lignes de voix de style ballade. Je suis vraiment content de la tournure qu’ont pris ma musique et mes concerts, c’est plus upbeat et versatile. »

 

L’un de ses mentors est la productrice et DJ Maya Jane Coles. Il a chanté sur deux de ses titres, « Believe » (sorti sous son alias Nocturnal Sunshine en 2013) et « Darkside », tandis que Coles a été la principale collaboratrice de Chelou dans le façonnage et la création de Out of Sight. Deux autres producteurs ont également participé : Cam Blackwood (George Ezra, London Grammar, Florence & The Machine) et LOXE. Ces contributions, ainsi que celles du batteur live de Gray Al Anderson, des animateurs qui ont réalisé ses clips, et de son manager (qui lui a offert son premier ordinateur pour enregistrer ses albums) sont la raison pour laquelle Adam Gray considère Chelou comme un « nous » plutôt qu’un « je ».

 

« Ils m’ont aidé à acquérir la liberté, le sens, ils m’ont aidé à trouver ma place. Sans eux je me serais fait avaler tout cru. »

A leur contact, Chelou a sans cesse évolué. Après la sortie de son premier EP The Quiet, le titre phare de son deuxième EP Mothership, « You’re So Good », a été joué par la DJ de Radio 1 Annie Mac dans ses émissions « Music Hot Water Bottle » et « Sunset Moment », et a été aussi soutenu par les DJ de la BBC Tom Ravenscroft, Guy Garvey, Lauren Laverne et Huw Stephens. Chelou a vraiment explosé grâce à son single digital « Don’t Hate on Me » et à sa reprise de Nirvana avant son 7 pouces Halfway to Nowhere en 2017 : il a atteint les 4 millions de lectures sur Spotify et dépassé les 5,5 millions de vues sur Youtube.

 

Il a continué à faire parler de lui via ses remixes, tout en se focalisant sur ses objectifs. Le single digital « Damned Eye See » est sorti en 2017, et son meilleur titre à ce jour, le single « Out of Sight » (sur son propre label Concrete Dog), a été édité fin 2018, en même temps que son concert le plus récent, en première partie de Charlotte Gainsbourg. Aujourd’hui il sort son album de douze nouveaux titres. Chelou a toujours été fidèle à l’ADN brut, intime, organique de son son. « J‘aime approcher les choses au travers d’un regard de novice, comme si tout était toujours nouveau. Par exemple, “Sorry” est la version démo, parce que je ne suis pas parvenu à recapturer la même émotion. C’est de là que doit venir la musique. »

 

Côté paroles, c’est le même processus, elles restent succinctes et viennent directement du cœur. Deux des titres de l’album ne contiennent que deux lignes de paroles chacun, et tandis que « Sorry » est un titre indépendant, « She Rocks, I Roll » nous « invite au voyage », dit Adam. L’unique titre instrumental de l’album, « Old Maccy », nous attire dans les paysages merveilleusement tissés d’Adam, mais il y a une vraie vie dans ces grooves, et des histoires à raconter. A commencer par l’image d’une femme qui sort d’un canon sur la couverture de l’album, un autre exemple du fait de se déplacer « out of sight ».

 

La femme sur cette photo est en fait la mère d’Adam, qui a fait une fugue à 15 ans pour rejoindre un cirque. (Elle était aussi la star de la couverture de l’EP Mothership). Le titre « Lil Sis » est également inspiré de sa famille, plus précisément du moment où il a découvert que ses frères aînés et lui n’avaient pas le même père, pour découvrir ensuite qu’il avait d’autres demi-frères et sœurs. Sa demi-sœur a chanté les chœurs sur plusieurs titres de Chelou. En revanche la voix féminine sur « It’s Not Easy » n’est pas sa demi-sœur mais la chanteuse et compositrice Grace Lightman, dont les paroles I can’t save it for myself / I just don’t know how to feel / When I’m searching for myself / It’s a disappearing actressemblent à la voix intérieure de Chelou.

 

« Si je devais donner un thème à l’album, alors il viendrait de la frustration et du manque de confiance en ce qu’on fait. Comment puis-je être musicien quand je bosse derrière un bar 40 heures par semaine, ou que je creuse des trous ? Je me suis rendu compte, seulement après avoir fini l’album, que plusieurs des chansons contenaient des mots et des concepts similaires, comme rentrer chez soi, tourner la page sur une période et chercher à récupérer une certaine sérénité. J’écris sur un moment et un endroit plutôt que sur des sujets, mais j’utilise toujours un point de vue émotionnel, afin que chacun puisse trouver à s’identifier. »

 

Chelou n’est plus « out of sight », il est serein et dans le moment présent, avec un album qui mérite amplement toute l’attente qu’il a suscitée.