Caroline Rose

LONER

Sortie le 15 juin 2018

New West Records

L’obsession de l’argent, un amant infidèle, la grossesse accidentelle d’une amie, la mysogynie, la solitude, la mort… Ce sont quelques-uns des joyeux sujets abordés par LONER, le deuxième album à la fois sinistre et drôle de la compositrice et productrice Caroline Rose. Armée d’un arsenal de nouveaux instruments et équipements, de deux années d’exploration et d’un terrible sens de l’humour, Caroline Rose nous offre une série de chansons sérieuses enveloppées dans un burrito pop gai et angoissé. Comme elle le dit elle-même : « Parfois les chansons tristes ont juste besoin d’un cocktail. »

 

LONER est comme une satire, des rêveries comiques, et est souvent pris de sautes d’humeur – parfois bébête, parfois émouvant –, se faisant le miroir de la personnalité de Caroline. « Je l’appelle Schizodrift”. Je veux faire de la musique qui sonne aussi folle que moi. » Plein de synthés catchy, de Farfisa à la Ray Manzarek, de surf guitar, et avec une profondeur dans sa réflexion et une attitude punk, LONER reproduit l’énergie de groupes comme Le Tigre et The Cramps, et rappelle les styles de Blondie et DEVO, les accroches pop de stars comme Justin Timberlake, tout en s’inspirant du talent artistique de Kate Bush. « Je dirais que cet album s’inspire autant de Justin Timberlake et Britney Spears que du punk de la fin des années 1970. » Comment a-t-elle atteint un tel résultat ? Selon Caroline Rose, la transition s’est faite naturellement.

 

LONER a commencé il y a environ trois ans. « J’avais 24 ans, je me sentais seule, et je m’apercevais que la vie était peut-être bien aussi difficile qu’on le disait. Il était temps que Gandalf lève son bâton et ouvre les mers pour moi », dit-elle très sérieusement. « J’avais un peu perdu mes illusions quant à ma musique ; ma personnalité ne s’y retrouvait pas. J’étais célibataire depuis des années, j’étais sur le point de perdre ma couverture sociale. Je me sentais détachée du monde moderne. » Alors qu’a-t-elle fait ? « Je me suis inscrite sur Tinder. J’ai eu 25 ans et j’ai loué mon premier vrai appartement, que j’ai repeint avec des couleurs vives. J’ai commencé à sortir davantage, et peu à peu je me suis débarrassée de tous mes vêtements qui n’étaient pas rouges. J’ai embrassé mon côté queer. J’ai eu une petite amie, on a voyagé, on s’est séparées. J’ai discuté de politique, de capitalisme et de Rihanna. Et je suis devenue un membre du monde moderne. Au final le monde moderne est terrifiant. »

 

La prochaine étape étant d’écrire à propos de tout ça, le procédé a permis à Caroline Rose d’atteindre sa forme définitive. « J’avais besoin d’être plus agressive, de prendre les choses plus personnellement, avec plus d’humour et d’atteindre une plus grande diversité sonique qu’auparavant », dit-elle en pensant à l’album indé-folk-rockabilly I Will Not Be Afraid (2014). L’album avait été écrit plus de quatre ans avant, du temps où Rose vivait dans un van et traversait le pays, et avait reçu un très bon accueil de la critique, notamment NPR et Rolling Stone. LONER marque un véritable bond en avant en termes de son et d’émotion, affichant une nouvelle assurance et beaucoup de caractère. A propos de cette transition, Caroline Rose explique : « J’avais l’impression qu’une bulle en moi avait grossi, grossi, et qu’elle était sur le point d’éclater. » Grâce à une explosion créative elle a écrit et produit un tas de chansons qui ont circulé parmi les labels et la presse, et qui ont permis un concert Tiny Desk pour NPR Music.

 

Pendant un an et demi après, Caroline s’est consacrée « à fond à la production et au mixage. Je bossais dix heures par jour à la création de nouveaux sons, au peaufinage, au mélange de sonorités, au sampling de quasiment tout et n’importe quoi. Avoir un appartement [plutôt qu’un van] m’a donné l’espace nécessaire pour avoir plus d’instruments qu’une simple guitare. J’ai commencé à récupérer des synthés et du matériel d’enregistrement pour trouver ma matière. J’ai signé chez un label qui m’a offert beaucoup de ressources et de contrôle créatif. » A la suite de plusieurs sessions et rendez-vous avec plus d’une douzaine de producteurs, Rose a choisi de coproduire aux côtés de Paul Butler (Devendra Banhart, Michael Kiwanuka, Hurray For The Riff Raff) aux Panoramic Studios de Stinson Beach, en Californie, et dans leurs studios à eux. Multi-instrumentiste et productrice elle-même, c’est Caroline qui leur a fourni les fondations avec ses travaux pré-enregistrés, pour lesquels elle avait écrit et arrangé les cordes, joué et enregistré les claviers, la guitare et la basse, samplé des couches de sons et programmé les synthés et la batterie. « Le reste, c’était beaucoup d’expérimentation en studio, à essayer différents sons jusqu’à ce que ça devienne bizarre. Paul a énormément contribué de cette manière. Lui et moi on n’a pas peur d’essayer des choses et d’envoyer des sons contre le mur. »

 

Il y a une autre raison qui a poussé Caroline Rose à se lancer sérieusement dans la production, c’est le manque flagrant de femmes dans l’industrie de la musique. « J’ai remarqué lors de tous mes rendez-vous professionnels qu’il n’y avait pas une seule femme ou personne non binaire productrice. Puis je me suis renseignée, et je me suis rendu compte que nous sommes en fait nombreuses, c’est juste qu’on ne nous prend pas au sérieux, et que nous ne recevons ni ne demandons la reconnaissance que nous méritons. » Caroline décide alors de s’impliquer davantage, elle prend part au mixage et à la direction artistique de toute l’esthétique de l’album. « Je voulais m’assurer que l’album me ressemblerait autant que possible. »

 

Selon Caroline Rose, les visuels, l’esthétique de LONER sont un important vecteur de sa personnalité, ainsi que de nombreux éléments sarcastiques de sa musique. « Je me suis vraiment intéressée aux visuels au fil des années, via la production de vidéos et la fabrication d’images pour m’exprimer au travers de mon look. » Par exemple, dans le clip de « Money », écrit et réalisé par Caroline et Horatio Baltz, elle joue tous les rôles – une sorte d’histoire de deux minutes à mi-chemin entre les frères Cohen et David Lynch mettant en scène trois personnes (peut-être la même personne ?) qui nous fait nous demander… Mais qu’est-ce qui vient de se passer ? Un questionnement également provoqué par l’album LONER, en fait. Et c’est exactement ce que veut Caroline Rose.