Ala.ni

Acca

Sortie septembre 2019

Sony Music

La première fois qu’on a entendu Ala.ni, il y a plus de quatre ans, c’était sur la vidéo confidentielle de la chanson Suddenly. Elle ressemblait à une chanteuse en noir et blanc, une silhouette à contre-jour, dont la voix s’élevait en tendres volutes. La Londonienne (d’origine caribéenne) Ala.ni était un rêve, devenu réalité. Depuis, elle a sorti des EP’s, d’autres vidéos faites maison, l’album You & I (début 2016), fait tout un tas de concerts dans des pays et des environnements variés (de l’appartement au Château de Fontainebleau), montré qu’elle dansait aussi bien qu’elle chantait, et qu’elle savait faire rire autant qu’émouvoir. Finalement, avec sa musique entre folk d’alcôve et comédie musicale miniature, Ala.ni était une artiste en couleurs vives, la chanteuse qui dansait sur l’arc-en-ciel.

Et de l’autre côté de l’arc-en-ciel, bienvenue à Acca. Un monde palindrome, un territoire acronyme, un pays merveilleux qui n’existe que parce qu’Ala.ni l’a inventé, parce que c’est sa vie – son éclectisme en musique, son rire qui pétille, son énergie, sa spontanéité. En vrai, Acca n’est pas un lieu, c’est d’abord une voix. La magie d’une voix, qu’on ne peut ni voir ni toucher, et qui pourtant habite l’espace et le fait vibrer. Acca, c’est pour « a cappella ». Car oui, ce second album a été (entièrement) conçu et (largement) réalisé a cappella. Au chant : Ala.ni et ses quatre octaves. A la basse sur deux morceaux : Phil Simmonds. Aux machines, aucune machine justement, seulement le beatboxer Dave Crowe. Quelques cordes aussi. Et à l’inspiration : des amis, des histoires de cœur, des souvenirs, des fous rires, des voyages, l’appétit de vivre et le goût du risque. Et des histoires qui fusent.

En 2017, Ala.ni a fait la liste de tous les pays où elle a chanté. Elle a rempli quatre pages. Acca fait partie de l’odyssée. Le voyage a commencé il y a longtemps, quand la petite Ala.ni écoutait des vieux classiques reggae dans la voiture de son père. Elle en a donné sa version sur Acca, et ça sonne comme Kingston sous la neige. Sur une chanson, il y a de la basse dont Ala.ni a dirigé l’enregistrement à 3 h du matin au bord d’une piscine à Los Angeles, au téléphone, pendant que le bassiste était en studio à Londres (alors qu’il habite Los Angeles). A la rythmique : un pot de nocciolata bio, une bouteille de bière hollandaise et une balle de tennis. Le Diplomate est la deuxième chanson de l’album, mais c’est avec celle-là qu’Ala.ni a commencé à composer Acca. En pensant à un véritable diplomate qui habitait dans le même immeuble qu’elle à Paris, Ala.ni a composé un début de chanson, 40 secondes juste avec la bouche. La chanson a grandi en prenant son temps, pour se terminer en studio à Miami avec Iggy Pop. C’est monsieur Iggy, grand fan d’Ala.ni, qui fait la voix du diplomate, en français dans le texte, sur la chanson. Il a aussi emmené Ala.ni à la plage dans sa Rolls Royce, et c’est encore sa voix qui dit « Alani, stop being a bitch » à la fin de la chanson Bitch. Bitch, justement, est un texte qu’Ala.ni a d’abord écrit pour présenter ses excuses à quelqu’un. Resté sans réponse, Bitch est devenu une chanson qu’Ala.ni a enregistrée sur son ordinateur portable, avec garage-band et le micro intégré. C’est cette version qui est sur Acca. La chanson Van P s’appelle ainsi parce qu’elle a d’abord été composée pour Vanessa Paradis, qui ne l’a pas retenue parce qu’elle l’a trouvée trop sombre. Et c’est normal : Ala.ni l’a composée de nuit, en Sardaigne, en faisant le rythme sur une chaise en plastique – prise gardée telle quelle sur Acca, en y ajoutant la voix de l’acteur rappeur Lakeith Stanfield, enregistré à Los Angeles dans les studios du label Stones Throw. Papa, qui sonne comme les racines de Beyoncé, a été composée sur une plage au Mexique, avec une copine et le bruit de vent qui caresse le sable. Shalala, Ala.ni l’avait faite il y a très longtemps, après une rupture amoureuse. Elle a commencé à la jouer seule à la guitare, puis en a enregistré une version reggae, puis une autre façon Phil Spector, et enfin celle d’Acca, qui sonne comme un mélange des deux, avec Damon Albarn au mélodica. Puis elle l’a refaite à Barcelone, pendant qu’un bus passait. Your Silence Will Not Protect You emprunte son titre à la poétesse Audre Lorde, et son inspiration à un fan transi qui a répondu « J’ai entendu toutes les choses que tu n’as pas dîtes ». Et Wales s’appelle ainsi parce qu’Ala.ni l’a écrite au Pays de Galles. Et pour finir, Go Away From My Window, une reprise toute simple et pleine de grâce du Merlin des Appalaches John Jacob Niles. La seule chose qu’on peut reprocher à cette ultime chanson, c’est d’être arrivée trop tard pour Noël. Mais ce n’est pas grave. Avec Ala.ni, c’est tous les jours Noël.